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Attentats de Bruxelles : les boxes des accusés jugés "grotesques" par les avocats des accusés, des arguments inaudibles pour les victimes

12 sept. 2022 à 08:15 - mise à jour 12 sept. 2022 à 17:28Temps de lecture3 min
Par Belga édité par D. V. Ossel

"Il n’y aura pas de procès si ces boxes sont maintenus", a affirmé Me Courtoy, l’avocat de Mehdi Nemmouche lors de cette première journée du procès des attentats de Bruxelles. Une première journée marquée par la question des box en verre des accusés. Le risque, selon lui, est que les accusés refusent de comparaître dans de telles conditions, rendant dès lors les débats peu utiles.

Lors des répliques, les avocats de la défense ont répété tout le mal qu’ils pensaient des boxes vitrés installés pour les accusés. Me Taelman, qui défend Bilal El Makhoukhi, a mis en avant une nouvelle fois que "le dispositif" de sécurité était "inédit". "Aucun box, qui n’avait pourtant atteint ce stade, n’a passé le contrôle de la CEDH", a-t-elle affirmé. Le risque existe, selon elle, de devoir faire annuler le procès si les boxes devaient a posteriori être jugés disproportionnés.

Les services de police sont d’avis, eux, que ces boxes sont nécessaires pour assurer une sécurité optimale. "Qu’on rase ces boxes totalement grotesques", a exigé lundi l’avocat Sébastien Courtoy, conseil de Smail Farisi.

"Un avocat et un client, c’est un binôme, on doit pouvoir percevoir ses émotions, pouvoir être en contact avec lui", a expliqué Me Vincent Lurquin, avocat de l’accusé Hervé Bayingana Muhirwa. "Si à chaque fois, vous devez téléphoner à votre client – puisque c’est cela qu’on nous propose —, ce n’est pas possible de travailler."

Pour Me Paci, avocate de Salah Abdeslam, si les boxes vitrés ne devaient pas être démontés, il y aurait alors violation de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Quand on parle de torture et de traitement inhumain et dégradant, c’est un vocabulaire inaudible pour les victimes"

Ces arguments, les victimes des attentats du 22 mars 2016 ne peuvent les entendre face à "cette violence extrême qu’elles ont subie", a souligné Me Marye Alié, qui défend les intérêts du collectif Life4Brussels. "La parole (des avocats de la défense, NDLR) est certes libre, mais quand on parle de torture et de traitement inhumain et dégradant, c’est un vocabulaire inaudible pour les victimes". D’après l’avocate, certaines victimes ont peur, d’autres sont en colère de l’attention portée aux accusés aujourd’hui.

"On parle ici du comment les juger. L’essentiel, pour les victimes, c’est le pourquoi. Les victimes ont des craintes par rapport au mutisme des accusés. Il est important qu’ils soient dans des conditions adéquates pour s’exprimer et que les victimes soient, elles aussi, dans de bonnes conditions pour écouter", a martelé l’avocate de Life4Brussels.

De son côté, le procureur fédéral Bernard Michel estime que ces boxes vitrés sont "la moins mauvaise des solutions".

C’est la présidente de la cour d'assises qui tranchera la question. Elle rendra sa décision vendredi prochain à 14 heures, en présence des parties.

Cet arrêt concernera plus exactement la "purge sur les nullités". S’il y a lieu, c’est-à-dire s’il n’est pas décidé qu’il y a nullité des débats et qu’il doit donc bien y avoir un procès devant la cour d'assises, la présidente rendra ensuite son arrêt sur les témoins devant être entendus le jeudi 22 septembre à 9h00.

Les accusés tous présents en début d’audience

Tous les accusés au procès des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 – à l’exception d’Oussama Atar, présumé mort – étaient présents lundi matin lors de l’audience préliminaire, a annoncé en début d’audience la présidente de la cour d'assises Laurence Massart. Cela concerne notamment Salah Abdeslam et Mohamed Abrini, dont les avocats avaient pourtant annoncé qu’ils seraient uniquement représentés.

Plusieurs avocats ont dès lors fait part de leur étonnement auprès de la présidente d’avoir vu leur client extrait de la prison où il se trouvait. Ça a notamment été le cas de Me Delphine Paci, l’avocate de Salah Abdeslam, qui a interpellé Laurence Massart : "Mon client a émis le souhait d’être représenté par cette audience comme le permet la loi. Mais il a tout de même été extrait", s’est-elle étonnée.

"L’ordonnance de prise de corps peut tout de même être exécutée", lui a répondu la présidente.

"On est comme des chiens ici", a tonné le Tunisien Sofien Ayari, complice de la fuite d’Abdeslam, en frappant du poing la paroi de son box.
Salah Abdeslam, avril 2022.

Plusieurs accusés décident de retourner en cellule

Plusieurs avocats ont prévenu la présidente qu’ils allaient consulter leur client pour vérifier si ceux-ci souhaitaient rester en cellule pour le reste de cette audience préliminaire.

Mohamed Abrini, Osama Krayem, Sofien Ayari, Smaïl Farisi et Ali El Haddad Asufi ont finalement décidé de retourner "en cellulaire", la plupart dénonçant les conditions dans lesquelles ils comparaissent, derrière des boxes vitrés.

"On est comme des chiens ici", a tonné le Tunisien Sofien Ayari, complice de la fuite d’Abdeslam, en frappant du poing la paroi de son box.

Salah Abdeslam refuse de comparaître "par solidarité"

Dans un premier temps, Salah Abdeslam avait fait un choix opposé, disant à la présidente "je souhaite assister à l’audience" avant de se rétracter. "J’ai décidé de refuser de comparaître par solidarité avec les coaccusés", a-t-il expliqué quelques minutes plus tard, en dénonçant la présence des boxes vitrés. "C’est inéquitable alors qu’on nous a promis un procès équitable."

Bilal El Makhoukhi, Hervé Bayingana Muhirwa et Ibrahim Farisi ont, eux, opté pour assister à l’audience.

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