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Attentats de Paris : au procès du 13-Novembre, la vie d'après des djihadistes

Ce croquis d'audience réalisé le 15 mars 2022 montre l'accusé Salah Abdeslam debout devant la cour d'assise spéciale de Paris lors du procès des attentats de novembre 2015 qui ont fait 130 morts au Stade de France à Saint-Denis, dans des bars, des restaur

© AFP

06 avr. 2022 à 20:03Temps de lecture3 min
Par Belga

Au procès du 13-Novembre, un enquêteur a levé mercredi un coin du voile sur la vie de la cellule djihadiste dans les mois qui ont suivi les attentats, entre préparatifs des actions futures, testaments et brouilles liées à la "promiscuité".

Le premier message audio diffusé dans la salle d'audience dure un quart d'heure. Il a été enregistré mi-mars 2016. On y entend le bruit de la circulation, et surtout le cliquetis répétitif du stylo que Najim Laachraoui tient vraisemblablement entre les mains. 

Najim Laachraoui - qui se fera exploser à l'aéroport de Zaventem - est l'artificier de la cellule responsable des attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, puis 32 à Bruxelles le 22 mars 2016.

Depuis le 13-Novembre, il vit caché dans des planques en Belgique, tout comme le seul membre encore en vie des commandos parisiens Salah Abdeslam et plusieurs de ses voisins de box jugés devant la cour d'assises spéciale de Paris.

La voix nonchalante de Najim Laachraoui résonne dans la salle. Il s'adresse à Oussama Atar, le commanditaire des attentats pilotés par le groupe Etat islamique depuis la Syrie. "Les frères veulent savoir", dit-il. "Tu préfères qu'on travaille à long terme" ou qu'"on fasse une grosse opération, on sort tous et puis c'est fini ?"

Si on veut travailler à long terme, il faut éviter de taper la Belgique pour qu'on ait une base de repli.

"Si on veut travailler à long terme, il faut éviter de taper la Belgique pour qu'on ait une base de repli. Les frères préfèreraient qu'on se concentre sur la France... eux ils veulent annuler l'Euro (de football prévu en 2016)", suggère-t-il, "ce serait une première".

A travers ses propos, ponctués de "tu vois", de mots en arabe ou de références religieuses, Najim Laachraoui éclaire le quotidien des membres restants de la cellule djihadiste.

"On est là, on n'a rien à faire, on est toute la journée dans l'appartement", dit-il, proposant que l'artificier en chef envoie des instructions, qu'ils "tentent" des expériences.

Najim Laachraoui ne manque pas d'idées. "En dix jours, on a fait 100 kilos de TATP (l'explosif utilisé pour les ceintures portées par les kamikazes)", se vante-t-il, il en espère "100 de plus" la semaine suivante.

"Moi, ce que je pensais, tu mets 600-700 dans une camion et tu déchires tout". Ou alors dans "des bonbonnes de gaz ?", propose-t-il. "Tu les vides, tu les remplis de TATP tu vois, et tu fais sauter le tout".

Quelques jours après l'enregistrement de ce message, l'interpellation de Salah Abdeslam forcera la cellule à abandonner ces projets et à planifier "dans la précipitation" les attentats de Bruxelles, indique l'enquêteur, entendu depuis la capitale belge.

Des enregistrement retrouvés dans un ordinateur abandonné

Cet enregistrement et d'autres seront retrouvés dans un ordinateur abandonné par la cellule dans un sac poubelle près d'une planque.

Dans l'ordinateur, les enquêteurs trouveront aussi des testaments audio ou écrits, des lettres et des photos des membres de la cellule dans leurs planques.

Diffusées à l'audience, on y voit le groupe poser tout sourire sur un matelas. Les images auraient des airs de photos de soirées étudiantes, n'était la présence de kalachnikovs et d'un drapeau du groupe Etat islamique au mur.

"Ne vous inquiétez pas, tout se passe bien", rassurait Najim Laachraoui à la fin de son message audio. "Les petits problèmes que nous avons pu avoir se sont dissipés en prenant plusieurs appartements. Cette promiscuité parfois, ça créée des tensions. Il y en a beaucoup moins", promet-il.

Ma petite soeur chérie, j'imagine que ça ne doit pas être facile pour toi d'être séparée de tes deux frères, en plus tout le monde nous traite de terroristes. Sache que nous avons seulement terrorisé les mécréants.

A l'écran, le policier belge montre enfin des lettres adressées à ses proches par Salah Abdeslam, rédigées d'une écriture adolescente sur des pages de cahier quadrillées et truffées de fautes.

"Ma petite soeur chérie, j'imagine que ça ne doit pas être facile pour toi d'être séparée de tes deux frères, en plus tout le monde nous traite de terroristes. Sache que nous avons seulement terrorisé les mécréants", écrit-il.

Un autre de ses messages met à mal la version du renoncement à se faire exploser à Paris, que Salah Abdeslam défend au procès. "J'aurais voulu être parmi les shahid (martyr) mais Allah en a décidé autrement", dit-il, en parlant d'un "défaut" dans sa ceinture. Pour "finir le travail", demande-t-il, "j'aimerais être mieux équipé".

 

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