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Attentats de Paris : au procès du 13 novembre, première plongée dans la logistique des attentats

01 mars 2022 à 20:19Temps de lecture3 min
Par Belga

Recherche endroit "discret", sans "trop d'humidité". Au procès du 13-Novembre, un enquêteur belge a commencé à détailler mardi les préparatifs des attentats, avec les locations de caches en Belgique pour les commandos jihadistes de retour de Syrie.

Suspendue depuis deux semaines en raison de plusieurs cas de Covid parmi les accusés, l'audience a repris avec une première plongée dans la logistique mise en œuvre les trois mois précédant ces attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015.

Apparaissant sur grand écran derrière la cour d'assises spéciale de Paris, l'officier de police déposant depuis Bruxelles sous le matricule "447761902" lance son PowerPoint énumérant les différentes planques cherchées ou louées dès fin août 2015.

C'est à partir de cette date que les membres des commandos du Stade de France, des terrasses et du Bataclan commencent à rentrer de Syrie par la route des migrants, puis à être acheminés jusqu'en Belgique à l'aide de fausses cartes d'identité.

Recherches infructueuses de caches

L'enquête a permis de mettre au jour plusieurs recherches infructueuses de caches, dont une ferme à la frontière belgo-française, à 90 km de Bruxelles, ou un entrepôt à Rochefort, une commune située à quelque 120 km au sud-est de la capitale belge.

Ce dernier n'était pas assez "discret", aurait-on fait savoir au propriétaire, entendu dans le cadre de la procédure, rappelle l'un des avocats généraux. 

En se basant en partie sur la géolocalisation de véhicules loués à cette période, les enquêteurs ont remonté la piste de six "appartements conspiratifs", dans lesquels ont été décelés les ADN de plusieurs accusés.

L'officier "447761902" se concentre sur trois de ces caches, louées sous des identités d'emprunt par le Belgo-Marocain Mohamed Bakkali pour l'une, par les futurs kamikazes des attentats de mars 2016 à Bruxelles pour les autres. 

"Petite visite"

Début septembre 2015, Mohamed Bakkali loue en liquide un appartement dans la commune bruxelloise de Schaerbeek. Mais il présente "trop d'humidité": mi-octobre, il change pour un duplex deux étages plus haut, qui sera perquisitionné près d'un mois après les attentats.

Croquis et photos à l'appui, l'enquêteur propose "une petite visite" de cette planque où ont été détectées des traces d'explosifs.

L'ADN de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre, y est retrouvé sur "une cuillère", un verre ou encore sur des "chaussettes". Les empreintes génétiques de son ami d'enfance et voisin de box Mohamed Abrini, et celles des accusés Sofien Ayari et Osama Krayem sont aussi mises en évidence.

La deuxième cache, localisée via les déplacements d'une voiture louée par Brahim Abdeslam, l'un des tueurs des terrasses, est située à Charleroi, soit à une soixantaine de kilomètres de Bruxelles.

Une troisième cache, une maison en briques à Auvelais, à l'est de Charleroi, a été découverte après un signalement du propriétaire le 23 novembre 2015.

Son locataire, Najim Laachraoui, considéré comme l'artificier de la cellule jihadiste, "+présentait bien, style informaticien+", avait souligné dans sa déposition le propriétaire, selon l'enquêteur belge.

Il aurait également demandé si le voisinage était "calme" et si la cave était humide car il "devait entreposer du matériel informatique".

Aucun élément ne permet de relier ce logement à la confection d'explosifs, mais la présence de plusieurs ADN - dont ceux de Sofien Ayari et d'Osama Krayem - "prouve que plusieurs personnes sont passées par là", commente l'officier de police "447761902". 

Un autre enquêteur belge évoquera mercredi les autres planques "conspiratives". La logistique liée aux faux papiers, à la location de voitures et à la recherche d'armes sera abordée les jours suivants.

La cour interrogera ensuite, à partir du 10 mars, les accusés sur cette phase. Les ultimes préparatifs des attentats ne seront examinés qu'à la fin du mois.

Perturbé depuis janvier par la situation sanitaire, le procès entamé le 8 septembre dernier accuse un retard de quatre semaines. Le verdict est désormais attendu le 24 juin.

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