Tarmac

Au concert de Tayc, la robe de la discorde

© IGHE/ Darcy Igirubuntu - Photo de TAYC : Ohxigenes

22 août 2022 à 16:18Temps de lecture2 min
Par Johanna Bouquet avec AFP

Après un concert de Tayc auquel elle a assisté au Rwanda, une jeune femme risque une peine de prison de deux ans pour "indécence publique". Son crime ? Avoir porté une robe "indigne", selon les autorités.

Elle s’appelle Liliane Mugabekazi, elle a 24 ans. Fin juillet, le chanteur de R’n’B français le plus en vogue du moment s’est produit à Kigali, la capitale Rwandaise. Liliane s’y rend et décide de sortir son plus beau look : une robe pailletée et transparente. Un look que l’on a pu voir régulièrement sur les festivals cet été.

Le magazine Ighie est sur place et couvre l’événement. Parmi d’autres spectateurs, ils Liliane photographient sur place.

Sauf que voilà, huit jours après le concert, la jeune fille est arrêtée et placée en détention.

"Elle a assisté au concert avec une tenue qui révélait ses parties privées… Une tenue que nous qualifierons d’indigne", ont dit les procureurs, l’accusant de commettre un "crime grave".

"C’est sur cette base que nous avons demandé au tribunal de placer Mme Mugabekazi en détention provisoire pour 30 jours", ont-ils ajouté.

"Elle est soupçonnée d’avoir commis une indécence publique", a dit à l’AFP le porte-parole du parquet, Faustin Nkusi.

Elle est finalement restée 12 jours en prison avant d’être libérée sous caution.

Crime d’indécence ?

L’arrestation de Liliane Mugabekazi a provoqué la colère et l’indignation sur les réseaux sociaux. Parfois pour blâmer la jeune femme, souvent pour pointer un régime misogyne voire autoritaire.

Une pétition a été lancée pour la soutenir et elle a déjà récolté plus de 3600 signatures.

Pour beaucoup le crime d’indécence est le moyen pour les autorités de taper fort sur une jeunesse qu’ils estiment de plus en plus outrancière. Dans une interview la semaine dernière à la télévision, le porte-parole de la police John Bosco Kabera a réprimandé ce qu’il a appelé "l’immoralité et l’indécence parmi les jeunes".

La loi rwandaise stipule dans son article 143 que "toute personne qui outrage publiquement la pudeur commet une infraction" et risque de six mois à deux ans de prison. Mais l’interprétation de ce que peut constituer le dit outrage est large.

Ces dernières années, de nombreux Rwandais ont enfreint les lois strictes sur l’indécence dans leur pays.

En mars, la police a arrêté une femme de 20 ans pour "ivresse publique et agression indécente" à la suite d’une vidéo d’elle alcoolisée et étalée sur le sol, qui avait circulé sur les réseaux sociaux.

Les autorités rwandaises ont été vivement critiquées par les militants des droits humains, qui accusent le gouvernement du président Paul Kagame d’écraser toute forme d’opposition.

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Interview O’casque de Tayc

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