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Economie

Au rythme actuel, il faudrait 84 ans pour combler l’écart salarial entre hommes et femmes en Europe : et chez nous ? (cartes)

06 oct. 2020 à 13:28Temps de lecture4 min
Par X.L.

84 ans. C’est le temps qu’il faudra, si on ne change rien, pour que les femmes et les hommes gagnent le même salaire en Europe, selon une étude de la confédération des syndicats européens. Celle-ci se base sur les derniers chiffres d’Eurostat en termes d’écart salarial, calculés en général sur les données de 2018, et les compare aux chiffres de 2010.

Et la conclusion fait peur : à l’échelle européenne, il faudrait attendre 2104 pour que cet écart soit comblé. Mais bien sûr, il existe d’importantes disparités dans cet écart, comme le montre cette carte :

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On y constate que la Belgique n’est pas si mal lotie : avec 6% d’écart calculé pour 2018 contre 10,1 en 2010, la confédération estime que l’écart pourrait être rattrapé en 2028.

A l’inverse, au rythme où vont les choses, il faudrait attendre 2121 en Allemagne et en Tchéquie, et plus de 1000 ans en France pour arriver à l’égalité. Dans une série de pays, cet écart continue même à grimper !

Comment expliquer ces résultats ? Réponse en 4 temps.

1. Qu’est-ce que c’est l’écart salarial ?

C’est la différence qu’il existe entre le salaire brut moyen des hommes et des femmes dans un pays. Les données citées par la confédération des syndicats sont celles qui corrigent l’écart en fonction du nombre d’heures prestées : souvent, en effet, le travail à temps partiel est plus important chez les femmes que chez les hommes, et les moyennes sont donc "corrigées" en fonction du nombre d’heures de travail.

Sans cela, l’écart serait encore bien plus important : sans correction, il était estimé à 23,9% de salaire moyen en moins en 2019 en Belgique.

2. Pourquoi existe-t-il encore un écart salarial ?

De nombreux pays européens ont mis au point des lois anti-discrimination. Et les conventions collectives prévoient généralement un même salaire pour les travailleurs à fonction égale, qu’ils soient hommes ou femmes. Mais dans de nombreuses entreprises (plus dans le privé, donc), on réserve encore souvent les postes considérés comme "à responsabilités", et donc mieux rétribués, à des hommes.

C’est notamment la fameuse règle dite du "plafond de verre", qui renvoie au fait que les femmes peuvent progresser dans la hiérarchie de l’entreprise… mais seulement jusqu’à un certain niveau. Résultat : elles sont en grande partie absentes du sommet de la hiérarchie. À noter que les femmes se heurtent au plafond de verre aussi bien dans le secteur privé que dans la fonction publique mais également dans bien d’autres domaines : syndicats, fédérations patronales, ONG, autorités académiques, partis politiques, etc.

On remarque toutefois qu’au niveau de l’écart salarial, celui-ci est deux fois plus important dans le privé que dans le public. Avec des différences notables : l’écart est de près de 50% dans le secteur aérien, où les pilotes, presque tous des hommes, sont bien mieux payés que les hôtesses ou stewards, majoritairement féminines. Il est quasi nul dans le secteur du commerce (0,9%), une fois les chiffres corrigés selon la durée du travail.

3. Pourquoi la Belgique est-elle bien classée ?

En Belgique, les salaires sont en effet en grande partie déterminés collectivement. C’est une des raisons qui fait que notre écart salarial est relativement limité. Cela n’empêche qu’il y ait une certaine marge de négociation individuelle qui en général profite plus aux hommes qu’aux femmes. Et puis il y a l’accès à certaines fonctions, plus généralement dévolues aux hommes.

Mais outre un Institut pour l’égalité hommes-femmes, notre pays a mis en place des outils concrets, comme la loi écart salarial de 2012, qui prévoit d’analyser la neutralité de genre de toutes les classifications de fonctions. Il existe également une check-list permettant aux responsables du personnel de vérifier si les classifications de fonctions qu’ils utilisent sont bien sexuellement neutres, en d’autres mots : s’ils ne discriminent pas les femmes.

Enfin, l’écart est moins important dans le public, et dans le secteur du commerce, deux secteurs où l’emploi est important en Belgique.

4. Qu’est-ce qui pourrait encore améliorer les choses ?

Outre l’évolution des mentalités, qui ne se décrète pas, un certain nombre d’inégalités sont liées au type d’emplois occupés par des femmes. En Belgique, 45%, soit près de la moitié des salariées, travaillent à temps partiel contre seulement 9,5% des salariés.

Or le travail à temps partiel a des conséquences aussi sur le salaire. Un exemple : une femme employée à temps partiel gagne 13% de l’heure de moins qu’une femme qui travaille à temps plein. En outre, les travailleuses à temps partiel ont souvent moins facilement accès à la formation et aux possibilités de promotion.

D’autre part, il reste une inégalité dans la répartition des tâches ménagères et surtout dans la prise en charge des enfants. C’est pourquoi la Ligue des Familles réclame l’allongement du congé de paternité à 15 semaines (une demande très partiellement entendue par le nouveau gouvernement dans son programme, qui parle d’étendre le congé de naissance de 10 à 20 jours). Différents types de congés "sexuellement neutres" ont été mis en place, comme le congé parental et le crédit-temps (ou interruption de carrière), mais ils ne sont pas toujours suffisamment connus.

Extrait du JT de 19H30 : "Clé de l'info : l'écart salarial hommes/femmes"

Les Clés de l'Info : l'écart salarial hommes/femmes en Europe

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