Belgique

Au tribunal, dans un commissariat ou dans le cabinet d’un psychologue : quand le chien est un soutien émotionnel

Ouchi, le golden retriever qui vient en aide aux enfants témoignant dans le procès de Millas

© AFP or licensors

22 sept. 2022 à 14:52 - mise à jour 22 sept. 2022 à 14:56Temps de lecture6 min
Par Isabelle Huysen

Dans la salle d’audience du tribunal de Marseille, il y a Rancho et Ouchi. Le premier est un labrador noir, le second un golden retriever. Deux chiens dans un tribunal, c’est peu banal.

" Cette technique est un dispositif de soutien ", a déclaré la présidente du tribunal correctionnel de Marseille. " Elle est là pour vous permettre de supporter la charge émotionnelle de ce procès ", a ajouté Céline Ballerini.

Car c’est un procès où des enfants doivent venir témoigner. En décembre 2017, un car scolaire entrait en collision avec un train. Six enfants sont décédés, dix-sept ont été blessés. La conductrice du car est dans le box des accusés.

Ouchi vient en aide aux enfants. Quand il sent que la jeune victime en a besoin, il pose sa tête sur ses genoux, s’allonge à ses pieds. Dans des moments difficiles, ces enfants caressent le golden retriever. L’un d’eux est même quasi couché sur lui.

Rancho, lui, est aux côtés de la prévenue. Et c’est là une première : les deux parties ont eu droit à ces chiens d’assistance judiciaire. Ils permettent d’éponger, de part et d’autre, les émotions très fortes ressenties lors des différents témoignages.

Chien de confidences ou chien de soutien émotionnel

Lucky, le chien de confidences de la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles
Lucky, le chien de confidences de la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles © Polbru

Quand on parle de chiens policiers, on pense aussitôt à des chiens renifleurs, utilisés pour détecter des drogues ou des explosifs, par exemple. On a aussi en tête l’image de chiens recherchant des personnes disparues. Mais chez nous, plusieurs zones de police utilisent le chien dans un autre contexte : celui d’aide à la victime.

Depuis quatre ans maintenant, la zone de police Bruxelles Nord a engagé une nouvelle collègue. Son nom : Switch. Sa particularité : elle a quatre pattes. Son rôle : être un soutien émotionnel.

Ici aussi, on constate que lors d’auditions de victimes, la présence de la chienne permet d’instaurer un climat moins stressant, plus chaleureux surtout lors d’auditions de mineurs dans des dossiers familiaux très lourds. Grâce à Switch, un lien de confiance pourra plus facilement être créé. Et surtout la chienne pourra soutenir et réconforter les victimes.

Switch intervient dans différentes situations. Mineures, comme un conflit de voisinage. Ou majeures comme pour un viol par exemple. Attention, lorsqu’il s’agit de l’audition d’un mineur, la loi n'autorise pas la présence de la chienne et de son maître. Elle ne pourra être là que pour l’accueil de l’enfant et lors de la sortie de son audition.

Il est important que le maître-chien soit présent :  " Chaque audition est différente, chaque victime a ses sensibilités, son vécu, sa personnalité. Il est donc important que le maître-chien soit présent afin de tenir compte de tous ces " paramètres " lors de l’intervention de Switch ", explique Audrey Dereymaeker, porte-parole de cette zone de police.

Switch est aussi impliquée dans le volet prévention. Par exemple lors de plans d’action mis en place dans certains quartiers pour récolter le sentiment des citoyens. Dans ces cas-là, " la présence du chien s’est révélée être un excellent facilitateur de communication ", selon la porte-parole.

Cette zone de police estime que Switch est intervenue dans le cadre d’environ 80 dossiers, un dossier pouvant comprendre plusieurs auditions. Durant la période Covid, elle n’a pas pu intervenir aussi souvent qu’en période normale. Mais les retours des victimes sont excellents : " Il revient que le chien les a rassurées, calmées, réconfortées. Certains enfants veulent reprendre le chien à la maison mais quand on leur explique que d’autres enfants en ont besoin, ils n’insistent pas. Mieux encore, cela les réconforte de savoir qu’il existe d’autres enfants en souffrance et qu’ils ne sont pas seuls à traverser des moments difficiles " , conclut Aurélie Dereymaeker.

 

Chien de confidences

Depuis le 1er août, la police de Bruxelles Capitale Ixelles a, elle aussi, recruté un chien. Il s’appelle Lucky. On le considère comme un chien de confidences. C’est un golden retriever de deux ans qui intervient lors d’auditions délicates ou sensibles de victimes d’événements traumatisants. Qu’elles soient jeunes ou pas. Sa présence est proposée, jamais imposée.

Pour Michel Goovaerts, chef de corps, ce chien permet de " se sentir plus à l’aise pendant un moment chargé en émotion ". Si ce chien aide à rassurer, à apaiser, il permet aussi de changer le regard sur la police.

Lucky s’est aussi rendu à l’audience préliminaire du procès des attentats de Bruxelles. Il ne pourra pas y être de façon permanente. Mais des victimes, si elles le souhaitent, pourront demander sa présence. Lucky a même un compte Instagram, lucky_polbru avec 665 followers.

Ces initiatives s’inscrivent dans le même contexte : le souci d’accompagner davantage les victimes, d’être mieux à leur écoute.

Dans le cabinet d’une psychologue

Le Schnauzer, la race qui accompagne Brigitte Montfort dans ses consultations
Le Schnauzer, la race qui accompagne Brigitte Montfort dans ses consultations © Tous droits réservés

La présence d’un animal peut être aussi précieuse dans un cabinet de psychologue, pour autant qu’il ait été formé à cette discipline.

Brigitte Montfort est psychologue certifiée en médiation animale. Dans son cabinet, il y a des paniers partout, un grand divan sur lequel les chiens et les patients peuvent s’asseoir.

Elle est partie d’un constat reconnu au niveau scientifique : la présence de l’animal permet une diminution du stress, du rythme cardiaque et de la tension artérielle. Elle modifie aussi la température corporelle. De façon générale, l’animal permet à la personne de se détendre. Pour autant que le patient soit demandeur et éprouve un intérêt pour l’animal.

Cette présence, selon elle, change la donne : " l’animal nous permet de ne plus travailler en face-à-face. Grâce à lui ou eux (il peut y avoir plusieurs animaux), nous sommes plusieurs dans la relation ", nous explique-t-elle. Et d’ajouter : " l’animal permet d’atteindre une intimité différente chez le patient, il n’a pas la même pudeur par rapport à l’animal. "

Pour elle, c’est clair : l’animal va augmenter les capacités émotionnelles du patient et diminuer un peu ses barrières de défense. Parfois, la personne va se confier à l’animal. " Ça m’est déjà arrivé de leur dire vous pouvez lui parler tout bas à l’oreille, je n’ai pas besoin d’entendre. Ce qui est important, c’est que la personne puisse exprimer et en s’exprimant, elle restructure sa pensée et son émotion. Et donc elle évolue. "

 

Pas de tout repos pour l’animal

Brigitte Montfort travaille avec 4 chiens, tous de la même race, tous nés chez elle. Ce sont des Schnauzer. Ce n’est pas la race la plus facile, nous dit-elle. Mais c’est une race qu’elle connaît bien puisqu’elle en possède depuis 40 ans : " nous avons appris à échanger des informations. ". Ses chiens n’ont pas suivi une formation particulière, c’est elle qui les forme : " Mes chiens sont éduqués dans une grande autonomie. Plus ils sont autonomes, plus ils vont pouvoir m’informer sur ce qu’eux, ils ressentent et que moi, je ne vois pas ou ne ressens pas. "

Et ne croyez pas que ce soit de tout repos pour l’animal. Brigitte Montfort se rend aussi avec ses chiens à l’hôpital, dans une unité de soins palliatifs. La première fois où elle y est allée avec eux, son mari s’est étonné de l’épuisement des animaux. Ils n’étaient pas allés courir, ils avaient été au chevet de trois patients en soins palliatifs !

Des chiens, mais aussi des chiots et même des chats

Brigitte Montfort n’a pas seulement des chiens. Elle possède aussi des chats qu’elle laisse venir dans son cabinet. Selon elle, le chat, comme le chien, ressent beaucoup de choses, peut-être même plus. Mais elle se sent moins " performante " avec le chat car elle le connaît moins bien que ses chiens.

Il lui arrive même de mélanger chiens et chat. Surtout lorsqu’il s’agit d’enfants. Pour ces derniers, la présence d’un chiot peut être intéressante. Par exemple lorsqu’un enfant vit mal le divorce de ses parents : " il voit une de mes chiennes qui est maman avec ses bébés. La question, c’est : où est le papa ? Il va se rendre compte que le chiot évolue bien même si le papa n’est pas présent tout le temps. "

Mais elle insiste surtout sur un point : " L’animal ne doit jamais être instrumentalisé, ce n’est pas un objet qu’on amène et qu’on dépose sur les genoux d’un patient, pas un objet à qui on fait faire des tours et des singeries… "

Il faut être attentif à l’animal qui devra ressentir et gérer des émotions. Ne jamais le forcer. D’ailleurs quand elle se rend à l’hôpital avec ses chiens, ils y ont un espace de repos. S’ils ont envie de quitter la chambre, ils peuvent le faire. Car si le bien-être physique et psychologique des patients est important, celui de l’animal l’est tout autant.

 

 

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