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Austral : un voyage documentaire saisissant en mer au large du Chili

Milton en mer - Extrait de "Austral"
18 juil. 2022 à 07:28 - mise à jour 18 juil. 2022 à 07:31Temps de lecture2 min
Par Anne Schiffmann

Fenêtre sur doc été met le cap en mer australe, au large des côtes chiliennes. On y suit des hommes qui affrontent la mer et ses dangers, loin des leurs. Tourné en noir et blanc, ce très beau film récemment primé au Festival International de Bruxelles, est envoûtant et saisissant à la fois. 

Austral : un documentaire réalisé de mains de maître par Benjamin Colaux, à ne pas manquer le lundi 18 juillet à 22h20 dans Fenêtre sur doc sur La Trois et à revoir sur Auvio

Austral

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Dès les premières secondes du film, on est happé par la beauté des images et la tension du propos. Un bateau est au port, il fait encore nuit, le jour n’est pas loin. Un homme parle au téléphone : " on va larguer les amarres, la mer est calme pour le moment. On va rejoindre les amis. On va faire ce foutu boulot, ça va être long. Prends soin de toi mon amour, je t’aime. " D’emblée, on est embarqué avec ces hommes de la mer dans leur voyage périlleux.

Nous sommes au fin fond du Chili, au bout du monde et sur une terre hostile. On y suit plusieurs marins. Ils quittent leur famille, bravent le froid et les tempêtes pour ravitailler les pêcheurs isolés dans les îles meurtrières de l'extrême sud du Chili et emporter le fruit de leur récolte. Tous sont exilés de leur terre natale et s'accordent sur l'importance de perpétuer leur métier de tradition et de partage fraternel, menacé d'extinction. Mais tous savent aussi que leur métier à un prix tant ils bravent la mort à chaque sortie en mer.

En rencontrant ces hommes exilés de leur terre natale et confrontés à une nature hostile, j'ai trouvé une résonance qui surpasse la peur de disparaître raconte le réalisateur Benjamin Colaux. Mes personnages, et en particulier Guillermo, ne craignent plus la mort, ni la noyade, c'est une chose qu’ils ont acceptée contrairement à ce que le spectateur pourrait ressentir quand nous sommes en mer. Leurs craintes sont plus profondes et résident surtout dans leurs peurs d’abandon, de rejet, de manque de reconnaissance ainsi que dans la difficulté de vivre avec la sensation de responsabilité de la mort de leurs proches en mer.

On navigue avec le danger imminent

Tourné en noir et blanc, ce film aux images impressionnantes nous fait vivre au plus près de ces hommes l’intensité de leur métier. On vit avec eux le danger de la mer quand elle se déchaîne, on lit l’inquiétude dans leurs yeux quand un message radio lance un appel à la prudence et annonce la disparition d’un bateau en mer. On navigue avec le danger imminent, explique l’un d’eux. Personne ne peut contrôler cela, c’est la nature. On vit avec eux chaque départ en mer qui sonne comme un adieu. On vibre avec les familles qui vivent au rythme de ces départs trop nombreux, trop longs, trop dangereux. On se réjouit avec les enfants et les familles au retour des marins. Mes enfants savent que la pêche est dangereuse dit le jeune Milton. Être papa et être pêcheur, c’est compliqué, mon père m’avait dit qu’en devenant pêcheur j’allais rater beaucoup de choses avec mes enfants ". Mais il n’y a pas d’autre travail que pêcheur à Punta Arenas, alors il est obligé de partir presque 10 mois sur l’année. On pleure avec les familles endeuillées par la mer.

Doublement primé au Brussels International Film Festival (BRIFF) en remportant le très prestigieux Grand Prix en compétition nationale et le Prix du montage pour Yannick Leroy, ce film est d’une force inouïe. Il allie avec brio sensibilité et intensité du récit, des images et un son d’une beauté à couper le souffle, le tout rehaussé par une musique magnifique.

Un voyage qui vaut assurément le détour et qui nous poursuit !

Stenola Productions et Little Big Story en coproduction avec la RTBF / ARTE G.E.I.E / WIP

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