Agriculture

Aux Philippines, l'oignon est devenu bien de luxe avec des prix inimaginables

Aux Philippines, l'oignon est devenu bien de luxe avec des prix inimaginables.

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Par RTBF avec AFP

Les yeux des consommateurs piquent, ceux des producteurs brillent. Avec la flambée des prix aux Philippines, l'oignon, devenu un bien de luxe, est désormais capable de faire pleurer n'importe qui.

Chaque Philippin mange en moyenne 2,34 kilos d'oignons par an et le pays devrait en produire assez pour répondre à la demande nationale, selon des données officielles.

Mais le climat tropical ne permet de semer ce bulbe hydrophobe qu'une fois par an et les stocks sont souvent épuisés avant la saison suivante. Maigres récoltes, coûts de production élevés, investissements insuffisants, accès limité aux chambres froides, réseau routier pas assez développé, typhons destructeurs... Les défis sont innombrables pour le secteur, également miné par la prolifération de nuisibles.

La production locale ne peut pas répondre à la demande

Le prix au kilo du légume est monté en flèche ces derniers mois aux Philippines, s'établissant à 800 pesos (15 euros) dans des supermarchés de la capitale, Manille. C'est plus que le poulet ou le porc.

La hausse des prix des engrais agricoles liée à la guerre en Ukraine et la récente levée des restrictions sanitaires, qui a permis la reprise des festivals et des grands repas de famille, ont pesé sur la demande d'oignons. A tel point que certains restaurants se sont résignés à l'ôter du menu.

Les autorités ont été appelées à sévir contre des négociants suspectés de manipuler les stocks. Dans l'espoir de tirer les prix vers le bas, le gouvernement a approuvé l'importation de 21.000 tonnes d'oignons.

Le prix au kilo dépasse le salaire minimum journalier !

Pour les producteurs, cette flambée des prix est une opportunité en or "Ce qui arrive est historique", témoigne Luis Angeles, un agriculteur de 37 ans installé près de Bongabon (nord), autoproclamée "capitale de l'oignon". Près de lui, ses employés arrachent des bulbes rouges ou blancs encore immatures. "C'est la première fois que les prix atteignent ce niveau", assure M. Angeles.

Lorsqu'il a commencé la récolte le mois dernier, le kilo ne valait encore que 250 pesos (4,20 euros). Le temps d'arriver sur les étals des supermarchés de Manille, son prix avait plus que doublé, dépassant le salaire minimum journalier.

Le pays peine à assurer sa sécurité alimentaire

Le pays espère tout de même améliorer sa production locale car il dépend beaucoup des importations pour nourrir sa population. Le président Ferdinand Marcos s'est autodésigné secrétaire à l'Agriculture pour superviser une industrie agroalimentaire moribonde. Bien qu'elle emploie un quart des Philippins, elle ne pèse que 10% du PIB.

Pour William Dar, secrétaire à l'Agriculture de l'ancien président Rodrigo Duterte, la pénurie aurait pu être évitée si le gouvernement avait autorisé des importations dès le mois d'août.

"C'est le résultat clair d'une mauvaise organisation", a-t-il dit sur la chaîne locale ABS-CBN.

La sécurité alimentaire aux Philippines est une préoccupation majeure, le pays figurant parmi les plus exposés aux conséquences du changement climatique. L'âge médian des agriculteurs y est élevé, 57 ans, et la superficie moyenne d'une exploitation a été divisée par presque trois en 60 ans. Beaucoup ne sont pas propriétaires des terres qu'ils travaillent et ne peuvent pas engager seuls les fonds nécessaires pour augmenter leur productivité.

L'économiste spécialiste de l'agriculture à l'Université des Philippines Salvador Catelo fait pourtant valoir que le pays est "riche en ressources naturelles absentes dans de nombreux pays, meilleurs que nous en termes de productivité et d'auto-suffisance".

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