Monde Europe

Avec l’armée ukrainienne à Marioupol, près de la ligne de front de l'est : “Ce n’est pas de ce côté que les Russes attaqueront”

19 févr. 2022 à 15:42 - mise à jour 19 févr. 2022 à 19:14Temps de lecture2 min
Par Jean-François Herbecq avec Garry Wantiez et A. Lo.

La tension est encore montée d’un cran dans l’est de l’Ukraine : la Russie se livre en effet, depuis ce 19 février, à des exercices militaires avec des missiles lourds.

A Marioupol, ville portuaire de Donetsk, dans le sud-est de l’Ukraine, la vie continue pour les civils. Mais pour les militaires qui surveillent la ligne de démarcation héritée de la guerre de 2014 et 2015, à seulement 20 km, il en va tout autrement. Ce conflit latent fait à nouveau des victimes. Des tirs résonnent de temps à autre. Un militaire ukrainien a perdu la vie ce samedi matin, dans une explosion.

Prudence à découvert

Pour arriver à la ligne de contact, il faut passer une série de checkpoints de l’armée ukrainienne. La route est mauvaise mais d’un coup, il faut appuyer sur le champignon, explique Sergeï, officier de presse de l’armée ukrainienne : “Pourquoi accélérer ici ? On est à découvert ! On risque de se prendre un missile antichar !

En effet, il y a deux jours une maison a été prise pour cible par des tirs de mortiers. Juste à côté de ce village abandonné, Shirokine, ravagé par les combats de 2015. Sergeï estime que ce n’est pas ici que l’ennemi attaquera : “Je crois qu’ici, il n’y aura pas d’attaque, avec toute l’attention, les journalistes. Peut-être au nord du pays, ou ici peut-être du côté de la mer.”

Un poste de contrôle près de Marioupol
Un poste de contrôle près de Marioupol © JF Herbecq – RTBF

A un kilomètre et demi de la ligne, nous devons abandonner notre véhicule dans un coin discret, et poursuivre à pied : “On cache la voiture dans ce garage car il y a toujours un danger d’être repéré par un drone. Et en cas de bombardement, la voiture pourrait subir des dégâts.

Dans le brouillard glacial, les patrouilles s’enchaînent.

A travers les décombres. Dans la boue. L’armée ukrainienne vient de renforcer ses positions sur cette zone.

Vendredi après-midi, tout est resté calme, mais d’un moment à l’autre, nous pourrions essuyer des coups de feu. “Il y a toujours un risque où que nous soyons, explique Sergeï en rigolant, Il y a toujours des tirs, c’est permanent. Ce sont souvent des tirs de provocation.”

Des abris de fortune

Après leur patrouille, les soldats regagnent leur abri, un réseau de caves aménagées avec les moyens du bord. Dans la marmite, la tambouille frémit. Le chauffage marche à fond. A côté du poêle à bois, le chat du régiment sommeille.

Mais les militaires ukrainiens restent sur le qui-vive. Parés à toute éventualité, comme Aleksander, qui astique sa Kalachnikov : “Bien sûr, je suis prêt. Je suis sûr à 100% que tous les gars ici sont prêts ! Je crois qu’il n’y aura pas d’attaque russe. Actuellement, ils ne peuvent pas bien camoufler leur armement. Nous ne sommes plus en 2014. A présent, notre armée est mieux préparée. Pas facile pour les Russes de nous attaquer”.

Le quotidien de ces hommes, c’est surveiller la ligne de démarcation. Derrière de vieux frigos qui font office de rempart, le no man’s land n’est pas très large. A peine une soixantaine de mètres. Il faut s’assurer qu’il n’y a pas d’incursion des séparatistes pro-russes. C’est ce que fait Mykola, un tout jeune militaire ukrainien : “Au début, c’était comme une affaire de routine d’inspecter des maisons détruites. C’était pour vérifier la présence d’explosifs. Car peut-être, il est possible qu’on trouve des “cadeaux” laissés par ces bandits d’en face !

Face aux provocations, l’armée ukrainienne continue à monter la garde. Mais elle le fait avec des moyens qui semblent bien limités face à la menace des républiques séparatistes soutenues par Moscou.

Aleksander astique sa Kalachnikov
Mikola inspecte une maison à la recherche d'exposifs
Des traces des combats de 2015
Une façon de recycler les vieux frigos
Sergeï devant une Moskovitch sérieusement endommagée
Sergeï devant une Moskovitch sérieusement endommagée © JF Herbecq – RTBF

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous