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BA.5 : les personnes vaccinées ne sont pas davantage hospitalisées, mais que sait-on de ce sous-variant du Covid-19 ?

Image d’illustration du variant Omicron du SARS-CoV-2.

© Getty Images

04 juil. 2022 à 15:40 - mise à jour 05 juil. 2022 à 06:15Temps de lecture8 min
Par Romane Bonnemé

Depuis la mi-juin, un nouveau sous-variant du Covid-19, appelé BA.5, circule largement en Belgique, tout comme dans le reste de l’Europe. Bien que les symptômes qu’il provoque restent similaires à ceux des autres sous-variants, BA.5 se caractérise par une plus forte transmissibilité, du fait d’un échappement immunitaire couplé avec une diminution progressive de l’efficacité des vaccins et un certain abandon des gestes barrières.

Dans ce contexte, de nouveaux vaccins plus adaptés, sont actuellement en préparation pour faire face à cette nouvelle souche. Pour l’heure, rien n’indique que les personnes vaccinées aient une probabilité plus forte de développer une forme grave de la maladie avec ce nouveau sous-variant, contrairement aux personnes non-vaccinées.

Les personnes vaccinées contre le Covid-19 sont-elles davantage hospitalisées à cause du nouveau sous-variant BA.5 ? C’est la thèse de cette internaute belge, qui s’appuie sur la situation en Allemagne, établissant un parallèle entre la moindre couverture vaccinale dans l’est du pays et le faible taux d’incidence de cette nouvelle souche.

Selon elle, la Belgique ferait actuellement face à une "épidémie de multidosés", c’est-à-dire que la maladie circulerait davantage entre des personnes qui auraient reçu plusieurs doses de vaccins contre le Covid-19 plutôt que parmi les personnes non-vaccinées. Suivant son argument, les personnes vaccinées qui contracteraient BA.5 seraient donc plus susceptibles d’être hospitalisées que les personnes non vaccinées.

 

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Le fait d’être vacciné représente-t-il davantage un risque de développer une forme grave suite à une infection au sous-variant BA.5 comme le suggèrent ces internautes ?

Il n’en est rien à en croire les résultats actuels – susceptibles d’évoluer – de plusieurs études scientifiques, dont celle menée par l’équipe du professeur Thomas Peacock de l’Imperial College de Londres dont le preprint a été diffusé sur le site bioRxviv le 25 mai dernier. Il en ressort que la capacité à neutraliser ce nouveau sous-variant est plus faible chez les personnes non-vaccinées que chez celles qui ont reçu trois doses de vaccins.

Les chiffres de Sciensano révèlent d’ailleurs qu’entre le 13 et le 26 juin 2022, le risque d’être hospitalisé à cause du Covid-19 était est réduit de 40% chez une personne de plus de 65 ans qui a reçu une dose de rappel par rapport à une autre du même âge qui n’est pas vaccinée, et de 21% dans la tranche des 18-64 ans.

Pour effectuer cette comparaison, la mesure pertinente est l’incidence cumulée - c’est-à-dire le risque relatif d’être hospitalisé en fonction de son statut vaccinal ("x" sur 100.000 personnes par exemple) – et non pas le nombre de cas relatifs comme l’a fait cette internaute belge. Les personnes vaccinées étant largement plus nombreuses (78% avec deux doses et 62% avec une dose booster) que les non-vaccinées en Belgique, elles sont donc proportionnellement plus nombreuses à être hospitalisées. C’est la même logique pour les admissions en unité de soins intensifs ou les décès, surtout chez les personnes de plus de 65 ans qui sont vaccinées à plus de 95% avec deux doses et à plus 90% avec deux doses.

Les affirmations sans preuve scientifique de ces internautes sur BA.5 sont l’occasion de revenir sur les caractéristiques de ce nouveau sous-variant, encore méconnu du grand public mais largement observé par la communauté scientifique.

D’où vient ce sous-variant ?

C’est le 25 février 2022 que le sous-variant BA.5 a été détecté pour la première fois, dans la province de KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud.

En Europe, il a fait son apparition dans le courant du mois d’avril, d’abord au Portugal avant de se propager dans le reste du Vieux Continent.

Selon Sciensano, la première identification du sous-variant BA.5 en Belgique date du 26 avril 2022.

Depuis le 12 juin, en Belgique, le sous-variant BA.5 est majoritaire dans l’ensemble des cas de Covid-19 référencés par Sciensano. Au 21 juin 2022, il représentait ainsi 65.6% des échantillons séquencés par l’institut de Santé publique. Et le nombre de cas ne cesse de grimper. Entre le 21 au 27 juin 2022, ils ont bondi de 44% en Belgique.

 

Proportion des variants du Covid-19 identifiés en Belgique au 21 juin 2022
Proportion des variants du Covid-19 identifiés en Belgique au 21 juin 2022 Capture d’écran Sciensano

Un variant plus résistant aux anticorps

Si le sous-variant BA.5 se transmet davantage dans la population aujourd’hui, "ce n’est pas parce que sa contagiosité inhérente est plus élevée ou différente – il se transmet toujours de la même façon que les anciens variants, soit via les gouttelettes, les mains ou les aérosols – mais c’est parce qu’il échappe mieux à nos anticorps", explique le virologue Steven Van Gucht.

Comment expliquer cette plus grande résistance de BA.5 à nos anticorps ? "Car le virus du SARS-COV 2 évolue graduellement, avec ses nouveaux sous-variants, il tente d’échapper à l’immunité de la population en opérant un "glissement antigénique"", répond le porte-parole de Sciensano.

Comme son nom l’indique, le sous-variant d’Omicron, BA.5, est en effet la cinquième lignée descendante du variant Omicron. Apparu en Belgique à la fin du mois de novembre 2021, le variant Omicron, qui a suivi d’autres variants dont Alpha et Delta, a d’abord émergé avec son sous-variant BA.1, rapidement remplacé par le BA.2, qui est resté le sous-variant le plus répandu jusqu’à la mi-juin 2022 avant que BA.5 prenne l’avantage.

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Qu’est-ce qui distingue BA.5 des autres sous-variants d’Omicron ? Cette nouvelle évolution du variant Omicron se traduit par deux mutations du génome viral dans sa protéine spike, "la principale cible des anticorps neutralisants induits après une infection par le SARS-CoV-2" indique ce rapport de Sciensano.

A cause de ces deux nouvelles mutations supplémentaires propres au sous-variant BA.5, "une partie de nos anticorps, qui étaient jusqu’alors armés pour faire face aux anciens variants, soit avec le vaccin soit avec une précédente infection, va moins bien reconnaître le sous-variant BA.5 et seront donc moins efficaces pour le combattre" ajoute le virologue.

Une équipe de chercheurs new-yorkais, dirigée par David Ho, a ainsi démontré que le sous-variant BA.5 est quatre fois plus résistant que le sous-variant BA.2 aux anticorps neutralisants. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (France) les définit comme étant "des anticorps particuliers permettant de prévenir l’infection en bloquant l’entrée du virus dans ses cellules cibles".

Echappement immunitaire

Cette moindre résistance des anticorps à ces nouveaux variants, dont le BA.5, porte un nom : l’échappement immunitaire. Selon Jean-Michel Dogné, membre de la Taskforce Vaccination, cela signifie que "des personnes vaccinées par le passé, qui ont été infectées par la forme native du SARS-COV 2 ou même le sous-variant BA.2 d’Omicron peuvent tout à fait être réinfectées. Il n’est en effet pas rare que des personnes vaccinées ou qui ont été infectées par le BA.2 en février refassent une infection aujourd’hui".

Plusieurs études, détaillées dans un article de la revue Nature, ont ainsi mis en évidence que "les anticorps déclenchés par la vaccination seraient moins efficaces pour bloquer les souches BA.4 et BA.5 que pour bloquer les souches Omicron antérieures, notamment BA.1 et BA.2".

Cette efficacité vaccinale réduite face à BA.5 a également été étudiée par les chercheurs de l’Imperial College de Londres, qui ont conclu dans un preprint diffusé sur le site bioRxviv le 25 mai dernier que la capacité neutralisante des vaccins serait de huit à dix fois inférieure pour les sous-variants BA.4 et BA.5.

Des symptômes pour la plupart légers mais plus persistants

"Dans la très grande majorité des cas, l’infection à BA.5 va se traduire par des formes non sévères de la maladie" explique le professeur Jean-Michel Dogné. Selon le directeur du département de Pharmacie de l’Université de Namur, l’efficacité des vaccins contre les formes moins graves avoisine désormais les 10-15%, quand elle reste à environ 70% contre les formes graves. "Nous voyons toujours que le vaccin offre une efficacité, même partielle quel que soit le variant, et surtout envers les formes graves" signale l’expert en pharmacologie.

Les symptômes constatés avec BA.5 sont en effet relativement similaires à ceux des anciens variants. Selon Santé Publique France, les signes cliniques les plus fréquents avec ce sous-variant sont la fatigue (75,7%), la toux (58,3%), la fièvre (58,3%), céphalées (maux de tête) (52,1%) et écoulement nasal (50,7%).

En général les symptômes avec le sous-variant BA.5 dure plus longtemps qu’avec les sous-variants précédents : "de l’ordre de sept à dix jours contre en moyenne quatre jours avec les souches précédentes", précise encore le professeur Jean-Michel Dogné.

Une hausse des hospitalisations prévisible

"Même si le sous-variant BA.5 n’entraîne pas une gravité accrue de la maladie, nous allons toutefois connaître une augmentation naturelle des hospitalisations, des réanimations et des décès en raison de l’augmentation globale des cas" estime le professeur Jean-Michel Dogné.

Selon Sciensano, le nombre de nouvelles hospitalisations a augmenté de 23% entre la semaine du 24 au 30 juin et la précédente. Sur la même période, le nombre de lits occupés en soins intensif a aussi augmenté de 10%.

Un contexte propice à l’augmentation des contaminations

Cette meilleure résistance du sous-variant BA.5 s’inscrit dans un contexte où "les vaccins ont aussi perdu de leur efficacité depuis la dernière dose booster, il y a environ six mois, car le nombre d’anticorps ne cesse de diminuer avec le temps. Par ailleurs, le nombre de contact n’a cessé d’augmenter, les mesures sanitaires et les gestes barrières ont été pour la plupart levés" souligne Steven Van Gucht de Sciensano.

Des nouveaux vaccins plus efficaces ?

Afin de faire face à "la mutation persistante du virus en de nouveaux variants qui échappent plus facilement à la protection vaccinale, ainsi que la diminution de la mémoire immunitaire humaine", BioNTech, et plusieurs autres laboratoires pharmaceutiques, développent actuellement de nouveaux vaccins plus adaptés aux nouvelles souches qui émergent.

La firme partenaire du laboratoire Pfizer a ainsi publié des résultats indiquant qu’une quatrième dose de son nouveau vaccin, dont les essais cliniques devraient bientôt commencer, permettrait d’augmenter la protection face au sous-variant BA.1 de 13,5 à 19,6 fois, et dans une moindre mesure face aux sous-variants BA.4 et BA.5.

D’autres laboratoires comme Moderna ont aussi lancé leur vaccin "nouvelle génération". Selon les premiers résultats publiés par le laboratoire américain, ce vaccin permettrait de multiplier par cinq le nombre d’anticorps dirigés contre BA.4 et BA.5 pour les personnes déjà vaccinées ou ayant précédemment contracté le Covid-19 et par six pour les personnes qui ne l’ont jamais eu.

D’autres vaccins qui ne sont pas encore commercialisés, tels que ceux des laboratoires GSK, Hipra ou Sanofi, sont prometteurs face à ces nouveaux variants, selon plusieurs experts. C’est l’avis du professeur Alain Fischer dans un entretien au Journal du dimanche qui indique que "des données préliminaires laissent penser que celui de Sanofi, dirigé contre Bêta, induit des taux élevés d’anticorps neutralisants contre les différents variants. Celui d’Hipra, qui combine une fraction des Spike Alpha et Bêta en une seule molécule, induit les mêmes effets en rappel".

En attendant la commercialisation de ces nouveaux vaccins, prévue à l’automne 2022, la quatrième dose est toutefois conseillée par les autorités sanitaires pour les personnes les plus fragiles afin de mieux les protéger de ce variant.

Comme l’a indiqué la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale, au micro de Matin Première, cette nouvelle campagne vaccinale, probablement déployée à la rentrée de septembre, devrait d’abord concerner "les personnes âgées, les populations à risques et le personnel soignant".

Au 1er juillet selon Sciensano, plus de la moitié des personnes hospitalisées avaient plus de 60 ans (32,6% des personnes âgées entre 60 et 79 ans et 37,6% de celles âgées de plus de 80 ans).

La menace constante des nouveaux variants

En résumé, le sous-variant BA.5 n’est qu’une des nombreuses mutations du virus du SARS-COV 2. Face à cette nouvelle évolution du virus, les anticorps humains, développés grâce aux premières vaccinations ou primo-infections, semblent aujourd’hui insuffisants ou moins armés, notamment chez les personnes fragiles. Des personnes ayant des comorbidités pourraient faire appel à une dose de rappel anticipée. Pour les immunodéprimés, un accès au traitement Evusheld est envisageable.

Des vaccins plus adaptés à ces souches inédites du vaccin pourraient permettre de limiter les formes graves de la maladie et éviter la saturation des hôpitaux alors que la Belgique entre dans cette nouvelle vague de la pandémie.

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