Déclic

Baisse de plusieurs milliards de crabes des neiges en mer de Béring : le changement climatique pointé du doigt

Des pêcheurs ramènent des crabes des neiges au Cap Breton au Canada, image d'illustration.

© Education Images/Universal Images Group via Getty Images

18 oct. 2022 à 14:35Temps de lecture2 min
Par Hélène Maquet

Les pêcheurs des rives de la Mer de Béring, en Alaska n'ont plus le vent en poupe. Cette année, la pêche au crabe des neiges est interdite. Des milliards de crabes ont disparu des eaux du pacifique Nord.

Le détroit de Béring sépare l'Alaska de la Russie. Entre les deux, ces eaux glaciales et tourmentées dans lesquelles les marins partent pêcher le crabe des neiges, grand crabe à la chair fine et délicate qui vit dans les eaux profondes.

Sauf que cette année, le département de la Pêche et du Gibier de l’Alaska a décidé d’annuler la saison de pêche 2022-2023 parce que les populations de crabes sont trop basses.

Derrière cette phrase, il y a une réalité hallucinante. En trois ans, le nombre de crabes de neiges en Mer de Béring est passé de 8 milliards d'individus à 1 milliard d'après Benjamin Daly, chercheur au Département de la pêche et de la chasse de l'Alaska. En 2021, le stocks se sont effondrés de 90 %. C'est vertigineux.

Une augmentation considérable de la température de l'eau en Arctique

Comment expliquer cette baisse colossale ? Le premier réflexe, c'est de pointer la surpêche, qui est sans doute un facteur. Interrogé par CNNMichael Litzow, directeur de laboratoire de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique, explique que le crabe des neiges est une espèce qu'on trouve abondamment dans les eaux en dessous de deux degrés. Or, à cause des changements climatiques, la température de l'eau autour de l'Arctique augmente. Elle augmente même quatre fois plus vite que sur le reste de la planète.

Ce réchauffement serait-il donc la cause de ce haut taux de mortalité ? On ne peut pas dire précisément pourquoi les stocks de crabe ont tellement chuté. Mais la température de l'eau est piste tout à fait plausible. C'est ce qu'explique Sylvie Gobert qui est océanographe à l'ULiège : "Aujourd'hui, le changements climatiques sont tellement rapides que de nombreuses espèces n'ont pas le temps de s'adapter".

Un constat qui correspond assez bien au rapport publié par l'ONG WWF la semaine dernière. Il indique qu'entre 1970 et 2018, le déclin moyen des populations de vertébrés est de 69%. Ce chiffre était de 68% en 2020 et de 60% en 2018.

Déclic et des claques

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La faute au changement climatique et à l'activité humaine

Ce déclin des espèces se fait-il toujours de manière aussi spectaculaire que ce qu'il se passe pour l'instant en mer de Béring pour les crabes des neiges ?

Il peut y avoir deux phénomènes :

  • L'érosion des espèces, à savoir la perte, le déclin progressif d'une population... de manière plus ou moins lente, qui n'est plus compensé de manière suffisante par l'apparition de nouvelles espèces.
  • Des phénomènes d'effondrement : tout à coup, un animal disparaît en quelques mois, en quelques années, dans un endroit précis. 

Pour Sylvie Gobert, on peut presque toujours faire un lien avec l'activité humaine et les changements climatiques, de manière directe (par exemple par l'élévation de la température de l'eau) ou de manière indirecte. Par exemple, en 2016, en un an, les populations de Grande Nacre (Pinna Nobilis) au large de la Corse ont été décimées par un parasite unicellulaire. Il aurait été introduit par un cargo japonais qui vidait ses eaux de ballast au large de l'Espagne et qui a colonisé la Méditerranée. Mais ces types de micro-organismes peuvent tout à fait profiter des changements climatiques. Un paramètre bouge dans tout l'écosystème, qui permet à un protozoaire de proliférer... et de contaminer une espèce qui s'effondre. Même chose avec les virus pathogènes qui se fixent sur des résidus de plastique et qui vont être emportés plus rapidement pas les courants, ce qui accélère leur propagation.

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