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Baraka, le duo hybride à découvrir de toute urgence

© Arthur Couvat

02 nov. 2022 à 14:28Temps de lecture6 min
Par Guillaume Scheunders

Comme Goku et Vegeta fusionnent pour donner Gogeta, le groupe Baraka provient de l’unification des DJs Hawa Sarita et Cristofeu. Un duo produisant un son hybride, explorant à la fois de nombreux pans de la musique électronique tout en gardant une touche pop et des paroles engagées. Après quelques singles sortis au compte-gouttes sur les deux dernières années, ils dévoilent leur tant attendu premier EP éponyme. Entre longs morceaux de trance, hymnes d’acid house et bangers drum’n’bass criants, ce premier disque fait preuve d’une efficacité sans pareil. Moderne, dans l’air du temps, il s’agit probablement de l’un des disques de musique électronique les plus intéressants de cette fin d’année. Rencontre.

© natas3000

Hello Baraka, merci de nous accorder cette interview pour parler de votre tout premier EP. Tout d’abord, ça signifie quoi “Baraka” ?

Hawa Sarita : Baraka, c’est un peu comme un dicton qui recouvre plein de choses mais qui veut principalement dire “le bon oeil”, “la bonne chance”. Une personne qui a la baraka, elle a une bonne étoile au-dessus d’elle. Personnellement, c’est mon père qui me le disait souvent. Mais au-delà de ça, on se sent aussi privilégiés et chanceux d’avoir beaucoup de gens qui travaillent autour de ce projet. C’est un peu le mot qui décrit l’énergie entourant le projet.

Ce projet, comment est-il né ?

Hawa Sarita : Ce duo est né à Vienne où l’on a habité pendant quelques mois ensemble durant le confinement. C’est là qu’on a commencé à créer nos premiers morceaux, à produire, composer ensemble. Quand on est revenus en France, on avait plein de démos et on a voulu faire un projet plus sérieux autour de ça. C’est là qu’a commencé Baraka.

Baraka a été créé en 2020 donc, pourquoi avoir attendu jusqu’à maintenant pour sortir un EP ?

Hawa Sarita : Avant cela, on avait sorti trois singles, à chaque fois accompagnés d’un clip et d’un univers visuel assez fort et d’une direction artistique assez tranchée niveau photographie et clips. Pendant tout ce temps, on travaillait sur l’EP parce qu’il y avait une réelle volonté de sortir un objet musical cohérent, qui nous ressemblait.
Cristofeu : Et d’établir le projet aussi car toute notre création a évolué pendant tout ce temps. On a progressé et le but était d’asseoir le projet avec nos univers bien établis visuellement et soniquement.

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Vous aviez tous les deux une carrière solo avant Baraka. Qu’est-ce qui vous a motivé à joindre vos forces ?

Cristofeu : C’est un peu le hasard. Je fais de la musique depuis un certain nombre d’années. J’ai habité en Angleterre où j’ai appris la musique et la production. Quand on s’est rencontrés avec Sarah, elle avait l’intention de devenir DJ. Pendant le confinement à Vienne, j’avais emmené mon studio pour faire des sons et elle m’a fait écouter des voix donc on a essayé de mêler les deux. On a créé plein de musique et on le sentait bien, donc on a lancé ce duo. Il y avait cette volonté de créer un groupe avec un vrai projet artistique, là où nos projets personnels sont plus des terrains d’expérimentation où les goûts changent, les évolutions se font… Ce sont plus des projets de tests, alors que Baraka est le résultat de tous ces tests mis ensemble.

Hawa Sarita : Notre projet solo est assez différent, c’est plus un endroit où on explore la musique club. On a des esthétiques assez similaires, très progressives, un peu trance, techno, breakbeat, acid… Le projet Baraka, c’est vraiment pour proposer nos productions à nous avec des voix assez organiques, caverneuses… J’écris beaucoup de poésie et de chansons depuis longtemps, j’ai fait de la guitare et du chant lorsque j’étais jeune. Donc de mon côté, c’était un peu aussi pour renouer avec mes premières passions.

On aime dire qu’on fait de la musique club avec une touche pop et de la musique pop avec une touche club.

Cette formule d’un duo homme-femme produisant une musique de club avec du chant peut faire penser à un groupe comme Ascendant Vierge dans sa dynamique. Est-ce que vous pensez qu’ils ont en quelque sorte ouvert la voie à des duos comme vous ?

Cristofeu : Effectivement, ils ont peut-être apporté quelque chose. Après, musicalement, ce n’est pas du tout une référence pour nous. Esthétiquement, on kiffe leur démarche. C’est vrai qu’en tant que duo mixte, il y a peut-être une similitude lorsqu’on regarde le paysage français. Mais nous, on digère surtout nos influences de jeunesse, ce qu’on retranscrit dans notre musique.

Hawa Sarita : On aime dire qu’on fait de la musique club avec une touche pop et de la musique pop avec une touche club. On est à la fois, de par nos carrières solo, dans les milieux très underground, avec des musiques un peu plus “niche”, mais aussi on a ce côté très pop dans les voix et leur traitement, avec des toplines, etc. C’est un projet qu’on imagine autant joué en club que dans une salle de concert ou des festivals.

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Dans votre musique, on sent cette influence immense des années 90. Ça ne vous est pas étranger je pense ?

Cristofeu : Pas du tout. J’ai mis du temps à digérer mes influences. Plus ça va, plus je me rends compte que les choses qui m’influencent aujourd’hui sont ce que nos parents écoutaient et qu’on a écouté très jeunes. On est né·e·s dans les années 90 et on n’a commencé à comprendre la musique qu’à la fin des années 90 voire au début des années 2000. On a eu envie de mélanger ça avec les avancées technologiques et la dynamique du son d’aujourd’hui et d’essayer d’avoir un truc assez intemporel. Il y a toute cette scène électronique anglaise et française dans les années 90 mais aussi toutes les artistes pop comme Dido ou Madonna qui ont été produites par Mirwais ou d’autres artistes électro, qui font qu’il y a déjà eu ce mix entre électro, trip-hop, acid et des voix hyper pop. C’est quelque chose qui s’est perdu en France dans les années 2010, même s’il y a eu de supers mouvements, mais on est super fiers de représenter ce come-back du trip-hop. C’est vers là que le projet va tendre dans le futur.

Dans cet EP, il y a une certaine versatilité. On passe autant d’une trance progressive à un banger drum’n’bass en passant par un son acid. Il y a cette volonté de mélanger énormément ?

Hawa Sarita : Oui. Il y a ça, mais aussi le projet d’imaginer l’EP en parallèle du live. Derrière tout ça, il y a aussi la recherche de l’évolution vers un moment cathartique. On veut emporter le public vers un moment de lâcher-prise que peuvent procurer la musique, les rythmes répétitifs ou le fait d’être ensemble. Ça commence donc assez lentement, il y a même un moment ralenti avec World of Content, au milieu de l’EP. Et ça termine par Final Fantasy que l’on joue à la fin. Les gens se lâchent, mettent de côté leurs affaires et dansent. L’EP et le live sont imaginés comme un voyage.

Cristofeu : Et c’est aussi parce qu’on aime autant la musique planante et tripante que celle violente, énergique et club. C’était une manière de retranscrire au mieux toutes les émotions qui nous font vibrer sans que ce soit complètement décousu.

Hawa Sarita : Et autant dans nos caractères que dans nos processus créatifs, on s’équilibre pas mal. C’est un peu comme une balance, comme un Yin et Yang. C’est aussi ça le reflet de ce premier EP.

Qu’est-ce que vous essayez de transmettre à travers vos paroles ?

Hawa Sarita : Il y a toujours en fond un désir d’”empowerment”, j’aborde plein de thèmes, l’indépendance en amour, l’individualité, les relations amoureuses modernes, le fait de se sentir bien dans son corps, de prendre l’espace dont on a besoin, l’attitude… Ce sont pas mal de sujets que je traite et qui sont des cris du cœur assez libérateurs. C’est un peu notre vision de la musique et des espaces de nuit que l’on fréquente. On envisage tous les milieux de musiques électroniques comme des espaces assez transformateurs et libérateurs.
Cristofeu : Le côté un peu “niche” du projet aussi, c’est que les messages ne sont pas évidents directement. Il faut écouter les paroles, les comprendre. Il y a aussi le côté dramatique de la musique qui peut parfois relever des sujets, tout comme la violence d’un morceau peut le faire aussi. Ce n’est pas comme un projet pop qui va dire les choses expressément droit au but.

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Pour la suite, quel est l’objectif ?

Cristofeu : On a quelques dates de prévues et on espère que l’EP va retentir dans les bonnes oreilles et nous permettre de nous produire. Pour 2023, on va avoir de super remix par des producteurs qu’on adore.

Hawa Sarita : C’est quelque chose qu’on avait déjà fait pour notre morceau Half Faces (sorti en 2021 et retravaillé sur l’EP, NDLR) et qui avait vraiment bien marché en clubs. Pour nous, c’est important que cette musique-là résonne en club auprès des DJs qu’on admire. Et pour la suite, on va célébrer la sortie de l’EP ce 3 novembre lors d’une release party au Point Éphémère. C’est une date assez importante où l’on va inviter des DJs qu’on aime beaucoup en ce moment. Une Parisienne, Maco, une Marseillaise dans la même veine que nous, Vulva Vitamina, et un belge, Fais Le Beau qu’on a découvert ensemble à Horst. À chaque fois on a adoré ses propositions.

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