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Barbara Abel pour 'Les fêlures' : qui est le véritable meurtrier quand quelqu’un se suicide ?

27 avr. 2022 à 09:11Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

Quand Roxane ouvre les yeux, elle sait que les choses ne se sont pas passées comme prévu. Martin et elle formaient un couple fusionnel. Et puis, un matin, on les a retrouvés dans leur lit, suicidés. Si Roxane s’en sort, Martin, lui, n’a pas eu sa chance… ou sa malchance. Suicide ou meurtre ? Qui est le véritable meurtrier quand quelqu’un se suicide ? Et si la réponse était à chercher dans les fêlures que nous tentons de colmater ? 'Les fêlures', c’est le dernier titre de la reine du polar belge, Barbara Abel, aux Editions Plon.

Un livre qui lui a été inspiré alors que Barbara Abel assistait à un procès de cour d'assises, pour l’écriture d’une série pour la RTBF. C’était le procès d’un couple qui avait voulu se suicider ensemble. L’homme s’en est sorti. Il est accusé d’homicide volontaire sur la personne de sa maîtresse.

"Ce qui m’a beaucoup touchée dans cette histoire c’est qu’on apprend la vie de cet homme à travers les témoignages. C’est pour cela aussi que le roman est construit de petit témoignage en petit témoignage, qui vont du passé au présent. […] Je réalise au fil des jours que ce geste absolument désespéré prend sa source quasiment dès l’enfance. Il y a déjà des petites choses qui lui arrivent et qui vont le mener à cette décision."

Barbara Abel adore les thrillers psychologiques, tout ce qui mêle les émotions, les histoires, les passifs, les blessures des personnages. Elle ne pouvait que s’emparer de cette histoire !

La famille, et surtout la mère

La famille est une thématique qu’on retrouve très souvent dans les romans de Barbara Abel. La famille est le lieu où toutes les émotions sont exacerbées, parce que nous en sommes les plus proches et les plus émotionnellement impliqués, explique-t-elle.

Dans la famille, on ne cicatrise jamais vraiment.

La figure de la mère est pour elle une des figures les plus importantes. C’est la personne qui inscrit notre rapport aux autres, puisque c’est elle qui va guider nos premiers pas dans la vie. Dans ses thrillers psychologiques, elle s’en donne donc à coeur joie.

Les mères qu’elle décrit sont souvent particulièrement toxiques ou destructrices. En quoi cela lui parle-t-il ?

"Je suis maman et je suis fille aussi. Je suis très proche de ma maman et de mes enfants. Je ne pense pas être une mère parfaite, évidemment, parce que personne n’est parfait. Je ne pense pas être une mère toxique non plus. J’ai l’impression d’avoir un rapport assez sain avec mes enfants.

Mais peut-être que c’est ce qui me permet justement d’aller trifouiller, avec jubilation et malice, dans les abîmes torturés de ce genre de relation. C’est peut-être que j’ai le recul nécessaire pour pouvoir le faire, et le faire de manière ludique. Parce que n’oublions pas que ça reste un thriller, c’est quand même plutôt une littérature de vacances, d’été. Ce n’est pas du tout un précis de psychologie, même si c’est assez sombre."

La dimension psychologique

Au fil du temps, Barbara Abel injecte dans ses romans de plus en plus de psychologie. En vieillissant, elle-même préfère les histoires "où les relations sont de la dentelle". Elle va à chaque fois un peu plus loin dans la confrontation psychologique et la tension émotionnelle entre les personnages. Et à chaque fois, les lecteurs suivent !

Son but premier reste toutefois de raconter une histoire, avec ses coups de théâtre, ses émotions, ses retournements de situation pour rester dans les codes du thriller. Ce qui l’intéresse, c’est de créer la surprise et l’émotion, à contrecourant de la surenchère de l’horreur et de la violence qu’on lit dans beaucoup de polars. Même si la violence psychologique est intense dans ses livres…

"Justement, on me dit souvent que ça prend de manière plus forte et que ça marque plus les esprits."

Ainsi, Barbara Abel est persuadée que le fait d’être sortie des codes et d’avoir une fin amorale a participé au grand succès de son roman Derrière la haine. Le film Duelles en a été tiré, réalisé par le belge Olivier Masset-de Passe. Une adaptation américaine en sera tournée prochainement, avec Jessica Chastain et Anne Hathaway.

Suicide et culpabilité

Dans Les fêlures, Barbara Abel s'est intéressée aux répercussions du suicide sur l’entourage. Le suicide qui reste encore tabou.

Elle écrit : "En dépit du malheur qui les frappe, les proches du suicidé deviennent les complices, presque responsables, d'une si tragique issue. Ils n'ont pas été capables d'empêcher le pire, ils n'étaient pas là, ils n'ont rien vu.  Ils sont coupables de négligence dans le meilleur des cas, d'incompétence dans le pire. A la fois victimes et bourreaux, ils portent en eux la marque de l'infâmie."

"J'ai essayé de me mettre à la place des proches, explique-t-elle. Et je pense que c’est la pire façon de perdre quelqu’un. […] La seule personne à qui on peut en vouloir, c’est à la victime, celui qui disparaît. Mais aussi à soi-même. Qu’est-ce qu’on aurait pu faire pour empêcher cette tragédie ? C’est vraiment une question qui m’a taraudée. (...) Je pense qu’on ne se remet jamais de ça."

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