Photographie

Barbara Iweins a photographié les 12.795 objets de sa maison

Barbara Iweins, Katalog, 2022

© © Barbara Iweins

11 sept. 2022 à 15:00 - mise à jour 11 sept. 2022 à 15:46Temps de lecture3 min
Par Xavier Ess

"Avec ce livre j’ai fait un autoportrait".

Titré KATALOG (éditions Delpire & Co), ces 180 pages d’images sont une collection étourdissante d’objets du quotidien. Cinq années de travail obsessionnel pour photographier puis classifier chaque objet par pièce, couleur, matière, valeur, fréquence d’utilisation: chaque livre, chaque chaussette, chaque médicament, chaque assiette, chaque jouet, chacun des 805 Lego de Pieter, l'un des trois enfants de Barbara Iweins.

Barbara Iweins, Katalog, 2022 – Chambre de Pieter Images 07205 à 07338
Barbara Iweins, Katalog, 2022 – Chambre de Pieter Images 07205 à 07338 © Barbara Iweins

KATALOG c’est un jeu de piste. Un Cluedo intimiste : Barbara, dans le salon, avec un câble USB noir…

Une entreprise titanesque, de l’ordre de l’inconcevable. Mais Barbara Iweins l’a fait. Alors, on a envie de savoir qui se dévoile à travers la banalité apparente de ces 12.795 objets.

Barbara Iweins, Katalog, 2022
Barbara Iweins, Katalog, 2022
Barbara Iweins, Katalog, 2022

La fascination

KATALOG a suscité un intérêt international dans les médias, pas encore en Belgique. De CNN à Libération en passant par Nowness au Japon. La photographe reçoit aussi énormément de mails. Si l’artiste belge craignait que l'on " vomisse son égocentrisme ", au contraire chacun y retrouve un rapport à son histoire personnelle. Et la fascination vient d’une idée " que tout le monde a eue, mais que j’ai menée jusqu’au bout ".

Barbara Iweins, Katalog, 2022
Barbara Iweins, Katalog, 2022 © Barbara Iweins

 "Faut au moins que ça vaille le coup de sortir de chez moi."

Névrosée et casanière? L'artiste assume.

Vue de l’exposition de Barbara Iweins aux rencontres d’Arles 2022
Vue de l’exposition de Barbara Iweins aux rencontres d’Arles 2022 © Barbara Iweins

- Au vu du livre, si vous étiez profileuse, comment définiriez-vous Barbara Iweins ? "Elle me fait rire, bien entendu, mais je la regarde un peu avec pitié tellement elle est névrosée’ (rires). Je prends naturellement un peu de distance par rapport à ça. J’ai été élevée avec beaucoup d’humour. Moi, quand je rentre dans un tunnel (de travail) j’arrête pas, mais à côté de ça je laisse tomber cette vie quotidienne qui me fatigue grandement. Soyons honnête je suis une casanière, je suis une vieille dame."

Barbara Iweins, Katalog, 2022 – objets par couleur Noir
Barbara Iweins, Katalog, 2022 – objets par couleur Noir © Barbara Iweins
Vue de l’exposition de Barbara Iweins aux rencontres d’Arles 2022
Vue de l’exposition de Barbara Iweins aux rencontres d’Arles 2022 © Barbara Iweins

Au départ, le sens du projet, explique Barbara Iweins, c’était la gratification immédiate et la dénonciation de la surconsommation. Une analyse sociologique du quotidien. Mais au cours du travail, les objets qui lui sont chers passent au premier plan. Elle les fétichise et réalise alors, qu’elle est en train de composer son autoportrait.

Dans l’absolu, c’est pas les objets qui sont importants, c’est l’histoire. Le souvenir qui est " sacralisé " par l’objet

Barbara Iweins, Katalog, 2022
Barbara Iweins, Katalog, 2022 © Barbara Iweins

Si l’élément déclencheur de ce projet fou n’avait pas été un deuil (un divorce en 2015) et un besoin "d’introspection", de mettre sa vie sur la table, KATALOG aurait pu n’être qu’un exploit à ajouter au livre des records. Pour donner de l’humanité à cet inventaire obsessionnel, certes drôle mais aussi angoissant et malaisant, Barbara Iweins y introduit de courts textes qui racontent des anecdotes familiales et autres, des réflexions, des épisodes de sa vie. Et cette rupture douloureuse, évoquée par "cette bête bouillotte qu’il place tous les soirs, brûlante, contre son dos. Elle m’a toujours répugnée, cette bouillotte. […] J’ai envie de vomir. Je vais chercher des ciseaux dans la cuisine et la découpe en petits morceaux, en tout petits morceaux. 14.9.2014 (39 ans)."

Barbara Iweins, Katalog, 2022
Barbara Iweins, Katalog, 2022 © Barbara Iweins
Vue de l’exposition de Barbara Iweins aux rencontres d’Arles 2022
Vue de l’exposition de Barbara Iweins aux rencontres d’Arles 2022 © Barbara Iweins

Le temps long de l’intimité

La photographe est fascinée par l’intime. Et devenir complices ça demande du temps. Ses projets s’enracinent dans la durée. Pour sa série 7am – 7pm elle invite des personnes à dormir chez elle pour capturer le moment où elles se réveillent. Un travail qui s’inscrit dans le projet de longue haleine Au coin de ma rue dans lequel elle suit ces personnes sur une durée de 5 années. KATALOG apparaît comme un instantané au moment T. Tous ces projets donnent de la chair au temps, laissent une trace. Barbara Iweins trouve d’ailleurs " trop drôle" l’idée que ses petits-enfants ou arrière-petits enfant découvrent leur aïeule par des objets.

Barbara Iweins, Katalog, 2022
Barbara Iweins, Katalog, 2022 © Barbara Iweins
Barbara Iweins, Katalog, 2022
Barbara Iweins, Katalog, 2022

KATALOG comme un défi TikTok

Barbara Iweins parle de son intimité par la banalité. Ces objets pourraient être chez n’importe qui. Comment se fait ce retournement ? Par l’exhaustivité : l’artiste ne nous montre rien d’extraordinaire, mais elle nous montre tout. Un dévoilement par le banal. Et là, on voit pointer le nez de réseaux sociaux comme Facebook où l’on dévoile sa vie privée par les choses les plus communes : un nouveau vêtement, une photo de vacances, un plat au restaurant, le bulletin du petit. On ne dit rien de ses espoirs déçus, ses peurs ou l’usure du quotidien.

KATALOG est un livre aux Editions Delpire & Co et une exposition jusqu’au 29 septembre à Arles. D’autres expositions sont à venir: Paris Photo 2022 en novembre à Paris et pourquoi pas au vu de tou.te.s ?

Projet de scénographie dans l’espace public
Projet de scénographie dans l’espace public © Tous droits réservés

Sur le même sujet

Jeff Wall photographie et réalité augmentée

Exposition - Accueil

Instagram comme cause du surtourisme : une photographe belge capture les dégâts

Tipik - Pop Culture

Articles recommandés pour vous