A portée de mots

Baudelaire vu par Yslaire

© Laurence Erlich | Dupuis

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Par Paula Floch et Axelle Thiry

Scénariste, dessinateur, auteur, artiste numérique, Bernard Yslaire est un artiste caméléon qui multiplie les styles et les signatures. Ses créations se rassemblent autour d’une beauté commune : un dessin sensible et féministe, au romantisme noir.

En 2021, il écrit et dessine Mademoiselle Baudelaire, une biographie romancée du poète en mal de vivre, à travers le regard de Jeanne Duval, sa vénus noire, sa muse et sa maîtresse. Ce roman graphique est considéré par la presse et le public comme son chef-d’œuvre. En 2022, il illustre Les Fleurs du mal, comme un prolongement de la biographie écrite un an plus tôt.

L’œuvre d’Yslaire s’est vendue à plus d’un million et demi d’exemplaires. Elle est récompensée de nombreux prix internationaux et fait l’objet de nombreuses expositions. En 2009, le Ministère Français de la Culture l’a nommé chevalier des Arts et des lettres et en 2015, il est élevé au grade d’Officier. Depuis 2017, il est président de l’Académie Victor-Rossel de bande dessinée.

 

Le sujet d’un livre relève moins d’un choix que d’un ensemble de conjectures qui se cristallisent dans une urgence d’écriture. Les autres projets qui traînent sur le bureau se réfugient dans un champ incertain des possibles, et tout s’organise autour de cette envie centrale, devenue incontournable, indispensable.

Et ce projet est le résultat d’un long mûrissement, qui précède même la concrétisation consciente d’un désir de création. Car la poésie habite l’auteur depuis son enfance, depuis ses 12 ans, l’âge de ses premières grandes lectures révélatrices. La poésie, c’est pour lui l’art majeur de l’écriture : la fiction n’est pas nécessaire pour exprimer des sentiments ou une vision, le pouvoir des mots suffit, et leurs sens n’ont pas besoin d’histoires pour s’exhaler. Même des métaphores hermétiques lues très jeunes habitent l’imaginaire pour la vie, car lorsque la sensibilité est touchée, tout n’a pas besoin d’être compris. Et l’écriture de Baudelaire a instantanément touché le garçon qu’il était, le spleen faisant écho à son désespoir adolescent.

A un certain âge, il a eu envie de comprendre l’homme derrière ces mots qui lui parlent tant. Et comprendre demande une certaine résilience. Car le héro n’existe pas, et Baudelaire lui est apparu comme un homme hautement antipathique, imparfait, extrême, dur, qui cultivait une relation de nature incestueuse avec sa mère : "A travers ces éléments autobiographiques, je comprends la fabrication des poèmes", explique-t-il.

Alors ce personnage imparfait et fascinant, il s’y attache et tente de le comprendre, sans le juger, et sans vouloir le sauver.

A portée de mots

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Programmation musicale (extraits), signée Bernard Yslaire :

Gustav MAHLERL’Adagietto de la Symphonie n°5 en ut dièse mineur. L’Orchestre philharmonique de Berlin sous la direction de Simon Rattle. EMI 5012282.

David BOWIESpace oddity.

ARCHIVEControlling Crouds.

Philip GLASSThe poet acts, extrait de la bande originale du film The Hours. Michael Riesman. Omm 012.

Serge PROKOFIEVLa danse des chevaliers extraite de Roméo et Juliette. L’Orchestre symphonique de Boston sous la direction de Seiji Ozawa. DG 0028948365364.

Production et présentation : Axelle THIRY

Réalisation : Marion GUILLEMETTE

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