RTBFPasser au contenu
Rechercher

Comics Street

BD : ''Amalia''

Amalia -
16 févr. 2022 à 12:45Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID

On va se mettre au vert et manger du pain bio. Ou pas… Sur la couverture de ce roman graphique, on découvre une jeune femme souriante au milieu d’un pré, en été, sous un ciel azuré. Amalia, la jeune femme en question, est pourtant loin de baigner dans la béatitude.

Mère d’une petite Lili, 4 ans et belle-mère d’une ado parfaitement autocentrée, elle lutte tout simplement pour rester debout. Fatigue physique et morale d’un côté, conscience écologique ou principes d’éducation de l’autre, elle tente de donner du sens à une vie qui en a de moins en moins. Amalia est promue " Team leader " dans son boulot, où on l’invite à faire preuve d’élasticité, un beau mot à la mode qui mène tout droit au burn-out. Son mari, lui, se pose beaucoup moins de questions, il vit avec son temps et assume ses contradictions : d’un côté, il vapote jusque dans le lit, de l’autre, il court dès l’aube avant d’aller travailler chez Au Bon Pain, une boulangerie industrielle qui pollue toute la région et utilise des " améliorants " – entendez des addictifs – dans son pain de soi-disant tradition.

Des ingrédients scénaristiques qui font penser au quotidien de milliers de gens. C’est précisément ce qui rend ''Amalia'' si universelle. Cette femme, sa famille recomposée, ses combats et ses échecs, c’est le miroir de la classe moyenne. Dans Idéal Standard, son précédent ouvrage, Aude Picault avait joliment croqué tout le dilemme qui se pose aux femmes de trente ans, à la recherche de l’homme idéal. Cette fois encore, elle se fait sociologue et élargit notre regard sur la société moderne, embrassant d’un même élan des thématiques dont on voudrait nous faire croire qu’elles ne sont pas nécessairement connexes. On rit, mais aussi jaune que la farine de la boulangerie industrielle Au Bon Pain, qui sort deux tonnes de pâte par heure. Les dialogues permettent d’ailleurs de jouer en même temps sur des registres différents. Ainsi, on est dans la comédie mais tout autant dans la vulgarisation quand deux hommes visitent l’usine coiffés d’une charlotte et qu’un des deux dit à l’autre : " La pâte, c’est sensible ! Pour qu’elle supporte les à-coups des machines sans s’affaisser et coller, on ajoute des améliorants.''

Une comédie douce-amère : on est dans l’humour, mais un humour qui n’est jamais gratuit. Aude Picault ne veut pas nous faire la leçon, elle nous raconte l’histoire d’une femme d’aujourd’hui, d’une mère de famille aux prises avec le surmenage. ''Amalia'' devient intolérante au rendement. Le livre appuie là où ça fait mal. Car ce qu’interroge Aude Picault, c’est notre capacité à nous laisser épuiser par notre environnement et la même capacité à épuiser les ressources qui nous entourent. Un livre politique, donc, philosophique, aussi. Mais dont on ressort plutôt régénéré et avec le sourire. Parce que ce roman graphique est plein de tendresse, parce que c’est le récit d’une mue et parce qu’Aude Picault écrit et dessine merveilleusement juste.

''Amalia'' d’Aude Picault, Dargaud

 

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

Et aussi

Sur le même sujet

BD : ''Les Nouvelles Aventures de Lapinot, tome 6 : Par Toutatis !''

Comics Street

BD : ''A la recherche de Gil Scott-Heron''

Comics Street

Articles recommandés pour vous