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BD : ''Les Sauvages Animaux''

16 mars 2022 à 12:45Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID

Voyage dans le monde du rock, cher à Classic 21 avec ''Les Sauvages Animaux''. Et les animaux en question ont une furieuse ressemblance avec de drôles de zèbres, les membres du groupe Led Zeppelin.

Ils étaient quatre sur scène, mais en réalité, on peut dire qu’ils étaient cinq, y compris en tournée, car Led Zep ne se séparait jamais de son manager, Peter Grant, surnommé Monsieur Muscle, ancien catcheur fort de ses 140 kilos, un poids et un passé bienvenus pour convaincre certains créanciers récalcitrants de mettre la main au portefeuille. C’est lui, Peter Grant, rebaptisé ici Grump et transformé en ours, qui est le héros de l’histoire. Ce roman graphique s’inspire de la véritable aventure vécue par le groupe avec son manager, mais en prenant la distance nécessaire pour en faire une vraie fiction. Aux manettes, un passionné de rock et de musique, qui a vu Led Zep sur scène dans ses grandes années : le scénariste Stephen Desberg. Et son disciple dessinateur depuis la fin des années 80, Johan De Moor. Les deux amis nous restituent une ambiance, celle du rock durant les seventies, mais en jouant sur des personnages anthropomorphes assez troublants.

L’intérêt de ce choix graphique ? Quitter l’aspect documentaire et pouvoir tout se permettre, c’est cela le vrai luxe, en prenant un faciès d’ours pour représenter Grump, le producteur qui se gave de miel pour vaincre son stress – le vrai, Grant, finira diabétique, ce n’est donc pas innocent. John Bonnam, le célèbre batteur dont la mort a mis fin à l’état de grâce du groupe, est quant à lui dessiné sous les traits d’un zèbre. Ses sabots frappent aussi fort le sol que ses baguettes cognent la batterie. Le bassiste John Paul est un puma. Et les deux stars, Jimmy Page et Robert Plant, sont respectivement un loup et un lion à la flamboyante crinière. Cela confère notamment une densité toute particulière aux scènes de concert. Et permet aux deux auteurs de donner à cette évocation de l’âge d’or du rock une tonalité sauvage, celle-là même qu’on trouve dans le titre de leur BD. Pour le reste, ceux qui connaissent le travail de Johan De Moor ne seront pas étonnés de découvrir cette fois encore un dessin capable de passer sans crier gare d’une ligne claire digne d’Hergé à des collages très pop art, le tout sur fond de couleurs psychédéliques.

Il ne manque que la bande-son. Il est même assez curieux de voir que Johan De Moor s’est refusé à dessiner des notes pour figurer la musique. Il utilise en revanche les paroles qui, bien que volontairement traduites en français, allument immédiatement le juke-box intérieur dans nos têtes. Bref, cette bande-son, nous la connaissons tous. Et la seule envie qu’on a, c’est de remettre un Led Zep sur la platine en lisant cette BD décapante, inventive, graphiquement ébouriffante.

''Les Sauvages Animaux'' par Johan De Moor et Stephen Desberg, Casterman

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Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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