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BD : ''L’Ombre qui Marche à mes Côtés''

L’Ombre qui marche à mes côtés

On part pour le Brésil, mais un Brésil qui s’éloigne des cartes postales, même si nous allons suivre les traces d’un voyageur français.

L’histoire commence le plus banalement du monde. Le narrateur, qui s’exprime au " je " débarque à Rio. Dès sa sortie d’aéroport, il note les observations les plus saillantes. On sent qu’il n’est pas tout à fait un touriste comme les autres. Et qu’il a emmené une bonne dose de spleen dans ses bagages. Ce qui frappe, c’est la forme. Les cases sont sagement réparties de manière symétrique sur la feuille. Mais le trait à l’encre de Chine est tremblé, secoué par de gros aplats de noir et surtout, chahuté par une mise en couleur proche de celle qu’on utilise pour certaines affiches en sérigraphie. Telle case est barbouillée de bleu ciel. Telle autre de jaune canari. Plus loin, la dernière image d’une page éclate d’un rouge carmin surprenant. Les couleurs ont l’air d’être posées au hasard. Elles débordent du sujet, créent des lignes de fracture. Il y en a généralement une seule par case, parfois c’est toute une double page qui est bleue, une autre qui est orange. Parfois, la même case mêle le jaune pâle et le rouge sang. A y regarder de plus près, on s’aperçoit que ces couleurs sont posées sur des papiers collés. Le dessin est donc à la fois le résultat du trait et d’un savant collage de matières plus ou moins brutes. Cela crée d’emblée un climat, on sent une distance avec le sujet, comme si l’auteur voulait nous entraîner dans les déambulations de son personnage, qui va très vite s’envoler vers Fortaleza et Belèm et à la fois, nous faire entrer dans sa tête.

C’est donc une sorte de carnet de voyage, un road-trip au-dehors et au-dedans, voilà ce que nous raconte Barroux. Son personnage, son " je " mystérieux et sensible, s’est lancé dans une quête dont l’issue ne peut être que vaine. Il tente de ressusciter le frère qu’il a perdu un an plus tôt. Un frère surfeur, friand d’aventures et de sensations, dont la dernière carte postale aura été envoyée de Belèm. Le livre part donc sur les traces d’un fantôme, mêlant l’enquête, l’introspection, les rencontres improbables. Avec son trait à la plume plutôt économe et ses éclaboussures de noir au pinceau ou ses couleurs collées, Barroux nous envoûte peu à peu. On avance sur un fil ténu, presque en apnée. On ignore sur quoi va déboucher la quête de ce personnage : réconciliation, deuil, vérité ? Mais on chemine avec lui dans une sorte d’extase qui n’est pas si courante.

Ce livre, c’est une musique, tantôt aérienne comme un combat de capoeira, tantôt tellurique comme la samba, un soir de carnaval. Passant de moments de pure poésie à d’autres où tout pourrait basculer, on se laisse aller, au gré des rencontres et des souvenirs, jusqu’au bord de l’Amazone.

''L’Ombre qui Marche à mes Côtés'' en grand forma, un livre qui vous laisse quelque chose d’impalpable en tête, longtemps après la lecture.

''L’Ombre qui Marche à mes Côtés'' par Barroux chez Urban Graphic.

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Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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