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BD : ''Padovaland''

Padovaland

On part en Italie et plus précisément à Padoue, mais loin des images de cartes postales. Padoue fait moins rêver que Venise, Rome ou Florence, mais cette ville de Vénétie a quand même de sacrés atouts. Pourtant, le récit qui nous occupe aujourd’hui et qui lui doit son nom – Padovaland – ne nous en montrera rien, de ces atouts !

C’est la face industrielle, pavillonnaire et dénuée de charme qui intéresse Miguel Vila, auteur né à Padoue, formé aux Beaux-Arts dans la Cité des Doges puis à Bologne. Il faut dire que son roman graphique, qui est aussi sa toute première œuvre, est un portrait de groupe d’une jeunesse désœuvrée et déboussolée dont le biotope naturel semble être l’absence de charme des banlieues. Bon, je sens que je ne vous fais pas rêver, là…

Les qualités cachées de cet album : ''Padovaland'' est une expérience. Expérience visuelle, tout d’abord. Je vous parlais de ces paysages sinistres, ils sont utilisés comme cadre de vie pour montrer toute une galerie de personnages dont la laideur est elle-même mise en avant – oui, je sais, je continue à m’enfoncer, mais ne nous fions pas aux apparences… Expérience visuelle, donc, car cette laideur, l’auteur la transcende et nous la rend profondément attirante, artistique. Par un choix de couleurs très délavées posées en aplats sans dégradés, par des détails physiques comme les veines bleues légèrement visibles sous la peau, par une absence quasi-totale d’ombres ou une mise en page faite de continuels changements de rythme, Miguel Vila nous happe, dès l’ouverture du livre. Comme si on sentait qu’on entrait dans une posture de voyeur qui allait nous permettre de voir jusqu’à l’âme des personnages. Et ces personnages, justement, ce sont des jeunes dans la vingtaine, saisis dans une zone grise où les repères et la morale semblent manquer.

C’est donc le portrait d’une jeunesse italienne d’aujourd’hui. ''Padovaland'', ce pourrait en effet être le portrait de la jeunesse de n’importe quelle banlieue. Celle, ni pire ni plus sordide qu’une autre, où vous êtes né, où vous avez grandi et où l’avenir ressemble à un ciel bouché. Les personnages sont pour certains à l’université, pour d’autres en rupture avec l’apprentissage. Collés à leurs smartphones, englués dans des relations de dépendance et pétrifiés par les rumeurs colportées à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux, ils tentent de trouver un sens à leur vie, une bouée de sauvetage, un être à aimer. C’est cruel, sans concession, presque clinique. Les lâchetés des uns et les comportements pathétiques des autres provoquent des réactions à la lecture. Mais c’est d’une justesse saisissante, et c’est ce qui rend ce livre si puissant. ''Padovaland'' de Miguel Vila, chez Presque Lune

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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