BD : Un Loup m'a dit (première partie) – tout le talent du Belge Jean-Claude Servais

le loup m'a dit
07 nov. 2020 à 06:30Temps de lecture2 min
Par Jacques Schraûwen

Jean-Claude Servais est Gaumais. Depuis toujours, il nous fait nous balader dans les forêts qu’il connaît, pour nous y faire découvrir des humains et des animaux, des légendes et des révoltes, d’Isabelle à la Tchalette. Servais appartient à la Gaume, oui, une région qui l’a choisi, lui, pour être son chantre.

le loup m'a dit
le loup m'a dit Dupuis

Et la forêt d’Ardenne est omniprésente dans ce livre qui se révèle être une saga extrêmement ambitieuse. Une histoire qui met en face à face, en côte à côte aussi, l’homme et le loup. Dans " le loup m’a dit ", titre de ce livre, on suit en parallèle l’histoire " humaine " et celle du loup. Servais, de son trait tellement caractéristique, dépasse ses thèmes habituels. Ici, il brise les codes qui sont les siens, une unité de temps, souvent, une unité de lieu, aussi. Il nous donne sa vision de l’évolution du monde, de cette préhistoire pendant laquelle loups et hommes s’imitaient les uns les autres, jusqu’au Moyen-Age et à la part maléfique que l’homme a imaginée au Loup, jusqu’au dix-neuvième siècle qui vit le loup, peu à peu, disparaître de nos forêts au rythme de l’industrialisation, et l’homme quitter la campagne et peupler les cités. Jusqu’à aujourd’hui, où une femme solitaire, Loba, vit en ermite dans la forêt gaumaise…

On pourrait croire que ce mélange d’époque pourrait nuire à la clarté du récit. Il n’en est rien… Servais a choisi un système narratif très particulier. Celui de mettre en scène trois personnages, Ambre, Louis et Charles, toujours les mêmes d’époque en époque, comme un fil d’Ariane, comme un canevas d’amour, de quotidien, de jalousie, et de contact avec la nature. Ces trois " héros " sont les éléments majeurs d’un monde qui sans cesse évolue tout en permettant aux passions humaines de ne pas s’éteindre. Ce livre se lit avec enchantement, et le travail de Servais n’est absolument pas pesant…

Jean-Claude Servais: le travail

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Le trait de Servais est à la fois léger et charnel, il donne envie de se promener en forêt, et de regarder, simplement, autour de soi. Regarder le monde tel qu’il est, redécouvrir ce qu’il y a en nous d’émerveillements possibles, de saison en saison.

Et la couleur de Raives apporte au récit une lumière intense. Un excellent livre, profondément belge tout en étant universel dans son propos. A ne pas rater !

 

Jacques Schraûwen

Le Loup m’a dit – première partie (dessin et scénario : Jean-Claude Servais – couleurs : Raives – éditeur : Dupuis – 78 pages – octobre 2020)

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