Diables Rouges

Belgique-France : les cinq derbies qui ont marqué l’Histoire

Eden Hazard consolé par Hugo Lloris et Olivier Giroud lors de la demi-finale de 2018

© AFP or licensors

Temps de lecture
Par Erik Libois

France-Belgique, c’est une vieille histoire de voisins qui débute bien avant la demi-finale de Saint-Pétersbourg. On vous fait le récit de 5 derbies marquants entre meilleurs ennemis. En vous faisant l’économie du seum de 2018… dont on vous a parlé et reparlé, encore et encore.

74 fois en 117 ans, Lions et Coqs se sont toisés depuis 1904 (30 victoires belges, 25 bleu-blanc-rouge, 19 partages). Avec une tendance marquante : les Belges ont largement dominé les matches amicaux (27 victoires pour 20 à la France) tandis que les Bleus se sont nettement imposés lors des tournois officiels (5 victoires à 3). Concluez vous-même…

© Tous droits réservés

7 mai 1905 : Belgique-France, match amical (7-0)

Le tout premier derby a lieu à Uccle, au Stade du Racing de Bruxelles au Vivier d’Oie, avec seulement 300 spectateurs. Il va tourner à la confusion des Français, qui perdent leur gardien Georges Crozier à l’heure de jeu… car celui-ci doit prendre son train pour être à l’heure de retour à sa caserne ! Où il arrivera finalement en retard… et purgera 15 jours de prison !

Le match avait en effet démarré avec une heure de retard, l’arbitre John Lewis s’étant égaré sur le chemin du stade. Dans l’attente du Britannique, c’est…  le Président-Fondateur de l’Union Belge de l’époque, l’ex-journaliste sportif Rodolphe William Seeldrayers, qui avait sifflé le premier quart d’heure ! Les remplacements n’étant pas autorisés à l’époque, la France (privée de son portier) joue donc la dernière demi-heure à dix.

Le match de 1905 au Vivier d'Oie à Uccle....
Le match de 1905 au Vivier d'Oie à Uccle.... © Tous droits réservés

Trois Diables se partagent les sept buts : l’Unioniste Pierre Destrebecq et le duo du Racing Bruxelles Camille Vanhoorden-Laurent Theunen. Les futurs Diables Rouges évoluent alors avec des maillots satinés barrés de trois bandes horizontales rouge-jaune-noir que l’ancien athlète olympique (et journaliste) Victor Bouin qualifia de " record de laideur " (sic).

Jusqu’aux années 70, les deux Fédérations prendront soin de prévoir une confrontation amicale annuelle… rebaptisée " le match sympathique " et le plus souvent dominée par la Belgique (13 victoires belges contre seulement 6 françaises jusqu’en 1930).

5 juin 1938 : France-Belgique, 8e de finale de Coupe du Monde (3-1)

Le tout premier derby en tournoi officiel n’intervient… qu’après 34 ans de confrontations, au 33e derby ! Et c’est bingo pour la France : les Bleus accueillent la 3e Coupe du Monde de l’Histoire… et les Belges se présentent dans l’impréparation la plus totale. Alors que les Français sont en retraite depuis plus d’un mois à Chantilly, les Diables débarquent à Paris… la veille du match, enchaînent le soir en allant suivre Allemagne-Suisse avant de préparer leur match de Colombes… par une promenade au bois le matin même !

La Belgique est logiquement balayée : dès le 35e seconde, Emile Veinante ouvre le score et son compère Jean Nicolas inscrira les deux autres pions hexagonaux. C’est le Beerschotman Henricus Isemborghs qui avait sauvé l’honneur noir-jaune-rouge en réduisant l’écart à 2-0.

Le derby de 1938 à Colombes
Le derby de 1938 à Colombes © Tous droits réservés

18 ans (et 13 nouveaux matches amicaux) plus tard, frères ennemis se retrouveront en match officiel… pour une nouvelle défaite belge sur la route du Mondial 1958 – que la France finira 3e... et que la Belgique n’atteindra pas. Le syndrome persiste : les Belges brillent davantage en amical que quand il s’agit de compète…

En ce 11 novembre 1956, les Bleus n’ont que faire de l’Armistice : ils en passent six aux Belges (6-3), dont… 5 buts pour le seul Thadée Cisowski, un exploit réussi par seulement deux joueurs dans l’Histoire des Bleus. Cisowski était un mineur d’origine polonaise : il détient encore aujourd’hui le record de hat-tricks (22) en Championnat de France. Raymond Kopa avait boudé ce 47e derby : transféré au Real Madrid, il avait préféré rester en Espagne...

8 septembre 1981 : Belgique-France, éliminatoires de Coupe du Monde (2-0)

40 ans et 1 mois quasi jour pour jour : la toute dernière victoire belge sur la France en match officiel remonte à ce jour de rentrée 1981, le 62e derby. Les Diables de l’époque sont ceux de Guy Thys, vice-champions d’Europe-surprise à Rome, 14 mois plus tôt. L’ossature est restée, avec les Pfaff, Meeuws, Millecamps, Renquin, Van Moer et Ceulemans.

Wilfried Van Moer à la tête d'une équipe belge virevoltante

L’attaque belge est emmenée par le duo Erwin Vandenbergh-Alex Czerniatynski : le premier vient de décrocher le titre de meilleur buteur… européen avec 39 roses pour le Lierse, le second pète des flammes avec l’Antwerp pour sa 1e saison en D1. Pour sa toute première sélection, Czernia s’offrira un but et un pré-assist. Un an plus tard, Constant Vanden Stock sortira le chéquier pour parer de mauve le tandem-mitraillette.

Ce soir-là, les Belges régalent et se qualifient pour le Mundial espagnol de 1982 : archi-dominés, les Bleus échappent à une correction sans précédent. Car ce soir-là aussi, leur coach Michel Hidalgo se vautre en titularisant le portier corse Pierrick Hiard (1e et… dernière sélection) et en alignant Michel Platini… en pointe d’attaque !

15 ans plus tôt, pour un duel qualificatif pour l’Euro 68, la Belgique avait enfin dominé la France en match officiel (2-1, doublé de Paul Van Himst) : 62 d’attente… et au 56e derby seulement ! Mais depuis 1981, les Diables attendent à nouveau… Fin de série ce jeudi ?

Le résumé de Belgique-France (2-0), 09 septembre 1981 (M. Lecomte)

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

16 juin 1984 : France-Belgique, phase finale de l’Euro 84 (5-0)

Le vécu se forge dans la douleur : après l’affaire Standard-Waterschei, jugée quelques semaines plus tôt, la grande génération de Guy Thys est décapitée et l’Anversois à l’éternel cigare doit rajeunir ses cadres. Avec les débutants Georges Grün-Enzo Scifo, avec une défense où le trio Grün-Lambrichts-De Greef cumule… 8 capes, les Diables ont le trident en berne.

Michel Platini crucifie Jean-Marie Pfaff des onze mètres.
Michel Platini crucifie Jean-Marie Pfaff des onze mètres. © Tous droits réservés

Avec leur maillot vintage parés des losanges Adidas, ils prennent la pâtée à la Beaujoire. " Il pleut sur Nantes ", chantait Barbara : il pleut des goals dans la couque à Zean-Marie. Pfaff subit le plus gros score du foot français à ce jour en grand tournoi, il ramasse 5 goals : un triplé pied gauche/penalty/tête signé Platoche, complété par des réalisations de Giresse et Genghini.

La France aligne son carré magique Fernandez-Tigana-Giresse-Platini et raflera deux semaines plus tard le vrai titre fondateur du football français : 14 ans plus tard, en grattant la Coupe du Monde, la bande à Zidane mettra définitivement fin à des décennies de lose. Deux ans plus tard, Franky Vercauteren retournera sniffer le gazon de la honte en signant au FC Nantes.

France-Belgique (5-0), 16 juin 1984 (Sporza)

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

28 juin 1986 : France-Belgique, petite finale du Mundial 86 (4-2)

Estadio Cuauhtémoc, Puebla : on se croirait presque dans un western-spaghetti. L’enceinte mexicaine, à moitié vide, pue la sieste. Mine de rien, cette petite finale pour la 3e place est, des 74 derbys à ce jour, celui qui s’est tenu au plus haut stade d’un grand tournoi… Car oui : lors de ce Mundial 86, France et Belgique se retrouvent déjà en demi-finale… mais pas l’une contre l’autre.

Jean-Pierre Papin s'envole au-dessus de Jean-Marie Pfaff
Jean-Pierre Papin s'envole au-dessus de Jean-Marie Pfaff © Tous droits réservés

Défaites par l’Allemagne et l’Argentine, minés par la déception, la chaleur, les blessures et la fatigue de matches à rallonge, les deux formations se traînent. Le coach français Henri Michel aligne ses coiffeurs tandis que Guy Thys fait à peine tourner. Sur les 90 minutes, Ceulemans et Nico Claesen répliquent encore aux  buts de Ferreri et Papin (en partance de Bruges vers Marseille). Mais lors des prolongations (les 3e des Belges au Mexique), le château de cartes noir-jaune-rouge s’écroule : épuisés, les Belges encaissent par Genghini et Amoros (son seul but de sa carrière en Bleu).

Quatrièmes finaux, au bout de leur plus beau parcours jusqu’alors, les Belges ne verront la médaille en chocolat que 42 ans plus tard, contre l’Angleterre d’Harry Kane. Grâce aux Bleus finalement ?

Le résumé de France-Belgique (4-2), 28 juin 1986 (R. Laboureur)

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous