Chroniques

Belgique : la tentation de la dictature

Philippe Walkowiak

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23 janv. 2023 à 10:47 - mise à jour 23 janv. 2023 à 11:03Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

À grosso modo 500 jours des prochaines élections, une moitié de Belges seraient donc tentés par une forme de pouvoir autoritaire, balayant surtout le "système" démocratique actuel. Entre dégoût/défiance vis-à-vis des institutions en place et de ceux qui les représentent, et fuite en avant. Comme un parfum d’années 30, si l’on ne craint pas les raccourcis historiques parfois hasardeux.

Noir, jaune, blues

Une très large majorité (près de 70%) constate l’épuisement du modèle parlementaire traditionnel qui a de plus en plus de mal à prendre des décisions et à maintenir de l’ordre social. Corollaire : la tentation d’un pouvoir fort pour "remettre de l’ordre" et le recours à un chef unique, débarrassé des contraintes des "contre-pouvoirs" (parlementarisme, journalistes, intellectuels, syndicats, juges etc.). Le plus grand nombre partagerait ainsi l’opinion qu’il faut "vraiment se débarrasser des élites actuelles (économiques, financières, politiques, médiatiques) car elles agissent contre les intérêts des vraies gens comme moi".

Le constat peut paraître glaçant mais n’est finalement guère surprenant, sauf peut-être dans ses proportions. Cette terrible défiance risque-t-elle pour autant de se traduire dans les urnes, l’an prochain ?

Crise de la démocratie

Le rejet des partis traditionnels s’inscrit dans un mouvement entamé depuis un certain temps sous nos latitudes. En Flandre, les deux partis nationalistes autoproclamés anti-establishment dominent le paysage depuis près de 20 ans. Côté francophone, le dernier scrutin aura placé socialistes et ex-sociaux-chrétiens à leur plus bas niveau historique, les libéraux enregistrant leur plus mauvais score depuis 40 ans. La défiance s’installe et risque de se confirmer.

Le phénomène ne se limite pas à la Belgique. Récemment, la France, l’Italie ou la Suède entre autres, ont largement ouvert leurs bras à l’extrême droite.

Le populisme gagne du terrain et les partis " gouvernementaux " sont à la peine. La gestion politique de la pandémie, la crise énergétique et régulièrement, l’un ou l’autre scandale politico-financier ou l’écart grandissant entre riches et plus pauvres ont contribué et contribuent encore à ce ressenti. Pour nombre de citoyens, l’issue semble dès lors une fuite en avant où profondément déçu par la "démocratie libérale" dans laquelle nous vivons, il convient de se tourner vers d’autres formes de gestion publique, fut-ce dictatoriale.

Une majorité grandissante de citoyens se sent désormais exclue du "système" ou craint de l’être. Toutes nos institutions démocratiques sont menacées. Face aux inquiétudes, les réponses politiques tardent et les lendemains (d’élections, mais pas seulement) s’avéreront douloureux.

@PhWalkowiak

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