Belgique

Belgique : l’art de l’indécision

Philippe Walkowaik

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19 janv. 2022 à 10:59Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

 

Dans la plupart des pays européens, le débat sur une vaccination plus ou moins obligatoire ou son dérivé sous forme de pass vaccinal est réglé depuis un certain temps. Souvent non sans mal. En Belgique, on en est toujours à se chamailler à fixer une liste d’experts qui seront entendus à la Chambre par les députés de la Commission Santé. De plus, à ce stade, ces députés ignorent ce qu’ils devront faire ensuite. Un rapport ? Une proposition de loi ? Des recommandations ? Rien n’est décidé. Le mal profond de la politique belge : l’indécision, faute d’un consensus minimum au sein d’un paysage trop éclaté.

Laisser agir le temps

Ce même mal ronge d’autres dossiers pourtant urgent, ou devenu urgent faute de décision.

Emblématique : la fermeture des centrales nucléaires a été votée en janvier 2003 et, après une prolongation du délai jusqu’en 2025, le gouvernement, rongé par les dissensions, évite toujours de trancher. Faute de pouvoir décider, laisser le temps agir à votre place.

En quelque sorte, il en va en de même pour les hausses vertigineuses des prix de l’énergie. Depuis plusieurs mois, d’énormes augmentations sont annoncées. Chacun convient qu’il faut agir mais au moment de conclure, impossible de dégager une solution tant au sein de la majorité fédérale que des régions qui via des cotisations, des redevances ou les intercommunales pèsent également sur les prix. Il était possible d’anticiper mais là aussi, le temps constituera finalement le seul juge. On croise simplement les doigts pour que cette flambée demeure la plus brève possible.

Manque de volonté et donc de moyens

Le compromis est consubstantiel du système. Le consensus constitue la clé de voûte du fonctionnement de Ce Pays, sans hiérarchie entre les principaux niveaux de pouvoir, qui plus est. Mais rien n’a été prévu en cas de " non-consensus " si ce n’est attendre qu’il se produise, en laissant pourrir la situation ou comme le disait Henri Queuille (1884-1970), plusieurs fois chef du gouvernement français sous la Quatrième République : il n’est pas de problème, si difficile soit-il, qu’une absence de solution ne finisse par résoudre !

Nucléaire, prix de l’énergie, vaccination, absences dans les entreprises, négociations sociales, dette wallonne, pollution au PFOS, situation dans les écoles, baromètre sanitaire, etc., cet aphorisme s’applique plus que jamais.

Y a-t-il pour autant une fatalité à voir nos gouvernements s’enliser dans l’indécision permanente ? Peut-être. Mais elle est aussi le fruit des choix portés depuis des décennies : le fédéralisme non-réfléchi, la déliquescence des investissements publics, l’abandon de secteur stratégique (comme l’énergie) à des groupes étrangers, pour ne citer que quelques exemples.

Et quand on sait que deux ministres fédéraux sont chargés officiellement de jeter les bases d’une septième réforme de l’état, on peut légitiment être inquiet.

@PhWalkowiak

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