Tous les sports

Benjamin Dochier: "Evitons que le COVID-19 n'accentue le déclin de la balle pelote!"

Le septuple Gant d'or Benjamin Dochier aura-t-il l'occasion de fouler les ballodromes en compétition cette année? On a le droit d'en douter.

© JPL

04 mai 2020 à 05:02Temps de lecture6 min
Par Samuël Grulois

C'est une date symbolique, attendue chaque année avec impatience par les amateurs du genre : le championnat de Division 1 de balle pelote aurait dû débuter ce vendredi 1er mai. Mais son lancement est reporté à une date ultérieure. Il est même possible que la compétition soit tout simplement annulée. Nos places de villages n'ont donc pas résonné ce week-end aux cris des pelotaris et de leurs supporters. 

A défaut de compétition, la Fédération des Jeux de Paume Wallonie-Bruxelles, en accord avec les décisions du Conseil National de Sécurité, vient d’annoncer la reprise des entraînements dès ce lundi, par groupe de trois joueurs maximum (ou quatre si deux joueurs vivent sous le même toit), avec certaines précautions comme la distanciation sociale permanente et la désinfection des balles. Les échanges de gants entre joueurs sont évidemment bannis.

Samuël Grulois a contacté Benjamin Dochier, 35 ans, LE joueur-référence en Belgique, sept fois Gant d'or, dix fois champion avec Kerksken. La situation attriste évidemment le Namurois. Et l'inquiète aussi.

Benjamin, malgré cette reprise des entraînements en petit comité, le monde ballant reste dans le flou…

" On est un peu comme tout le monde, dans l’attente de décisions plus concrètes des experts et des instances politiques. Lundi dernier, lors de la réunion entre la Ministre des Sports Valérie Glatiny et les différentes fédérations, la FJPWB (NDLR : Fédération des Jeux de Paume Wallonie-Bruxelles) a été très réactive et a déjà proposé un plan de mesures pour permettre une reprise de notre sport sécurisée au niveau sanitaire. Je n’en connais pas tous les détails et nous attendons toujours son approbation et les différentes remarques des experts. On prend notre mal en patience puisque normalement la saison aurait dû recommencer de manière officielle ce week-end du 1er mai… "

Ça fait trente ans que je tape la balle à cette période-ci… Oui, j’ai une boule au ventre !

Sans remuer le couteau dans la plaie, avez-vous ce week-end une boule au ventre ?

" C’est clair ! Comme je le disais récemment encore à certains coéquipiers, ça fait trente ans que je tape la balle à cette période-ci… Oui, j’ai une boule au ventre ! Nos habitudes changent mais tout le monde en comprend les raisons et les accepte. "

Le pire des scénarios, c’est évidemment une saison blanche ?

" Ça pourrait arriver… On navigue un peu dans le brouillard pour le moment et il est donc difficile de tirer des plans sur la comète. Mais je pense qu’il faut se préparer à tous les scénarios. On s’approche d’un déconfinement progressif et il faut, comme la fédération le fait en ce moment, anticiper et travailler sur les différentes mesures à mettre en place pour tous les acteurs de la discipline, les joueurs, les membres des comités, les supporters et les arbitres. Il faut pouvoir garantir la sécurité et la santé de tout le monde. En fonction des mesures qui pourront -ou pas- être mises en place, faire l’impasse sur la saison 2020 est une possibilité. "

Votre fédération a décidé d’annuler les différentes Championnats et Coupes de Belgique réservés jeunes. Pour eux, ça s’apparente déjà à une saison blanche !

" Effectivement, les grands rendez-vous pour les jeunes ont été annulés. D’abord, pour des raisons de sécurité évidentes car il ne sert à rien d’exposer outre-mesure les enfants et toutes les personnes qui les accompagnent. Ensuite, pour des raisons de calendrier : si on devait recommencer à jouer cet été, ce ne serait certainement pas avant le mois de juillet, voire un peu plus tard. Ça raccourcit forcément la période potentielle de jeu, sachant que la saison se termine traditionnellement mi-septembre, au plus tard fin septembre. Nous sommes liés aux conditions climatiques. Il y a donc des choix à faire dans le calendrier. Les dirigeants ont tranché rapidement pour les jeunes et de manière très conséquente. "

J’ai prévenu différents acteurs de la discipline qu’on devait se préparer au pire ! Une saison blanche nous ferait beaucoup de mal… d’autant plus si d’autres disciplines restent, elles, accessibles aux jeunes. Les jeunes perdus en 2020 pour la balle pelote seront perdus à tout jamais. Et ce serait malheureux.

Le septuple Gant d'or Benjamin Dochier aura-t-il l'occasion de fouler les ballodromes en compétition cette année? On a le droit d'en douter.

La balle pelote souffre justement depuis plusieurs années d’un manque de jeunes. Une année sans aucune compétition ralentirait à coup sûr le recrutement de nouveaux joueurs la saison prochaine…

" Oui… et j’ai d’ailleurs prévenu différents acteurs de la discipline qu’on devait se préparer au pire ! Alors, essayons de mettre en place des mesures en se mettant non pas autour de la table mais autour d’une vidéoconférence. Il faut trouver des solutions pour redémarrer de manière sécurisée et pour garantir l’avenir de notre sport. Il ne faut pas s’en cacher : d’année en année, la balle pelote voit son nombre de pratiquants diminuer. Je pense qu’une saison blanche nous ferait beaucoup de mal… d’autant plus si d’autres disciplines restent, elles, accessibles aux jeunes. Les jeunes perdus en 2020 pour la balle pelote seront perdus à tout jamais. Et ce serait malheureux. "

Que vous inspire l’idée de jouer à huis clos ?

" C’est une des mesures qui doit être envisagée. Mais pour les acteurs, ce serait un gros changement. L’ambiance qui règne autour des terrains de balle pelote fait partie du charme de notre discipline. Devoir évoluer sans personne autour des ballodromes serait déroutant pour les joueurs qui prendraient, le cas échéant, moins de plaisir, ça c’est clair. Mais s’il faut appliquer cette mesure, même extrême, pour pouvoir garantir la sécurité et la santé de tous, il ne faut pas la balayer d’un revers de la main. "

A huis clos, ça voudrait dire aussi pas de buvettes donc pas de rentrées financières. La balle pelote, même la Division 1, ce n’est pas le football… vos budgets risquent d’en prendre un coup !

" En effet ! Et c’est pour cela que les différents acteurs doivent se mettre autour de la table. En fonction des décisions et des mesures qui seront prises, on devra chacun consentir des efforts. La situation est compliquée. La situation est dure. Et c’est peut-être l’occasion de profiter de ces moments extrêmes pour revoir le mode de fonctionnement de la balle pelote en vigueur depuis quelques années, pour revoir le modèle, en tirer les enseignements et changer les choses. "

Question sérieuse : imaginez-vous jouer avec… un masque ?

" Comme ça, de but en blanc, non ! C’est difficilement imaginable. Il y a toute une série de préjugés et d’aspects purement émotionnels qu’il faudra mettre sur la table et dégonfler pour pouvoir franchir le pas. En tout cas, ce serait une expérience inédite. Je me demande ce que ça donnerait pour la respiration, pour la condensation également, lors de la pratique sportive. Mais il faut envisager toutes les idées pour essayer de garantir la sécurité sanitaire. J’apporte quand même un élément important : en termes de distanciation sociale, la balle pelote n’est pas un sport de contact comme peut l’être le football, par exemple. Et donc, pour moi, le masque sera à envisager seulement si on ne peut pas garantir les distances entre les différents joueurs. "

C’est un peu comme dans la vie de tous les jours… certaines habitudes qui étaient les nôtres il y a encore quelques semaines sont désormais à bannir pour des raisons de sécurité. Dans la pratique du jeu de balle, il faudra aussi gommer certaines habitudes ancestrales comme le fait de se taper les fesses après un point gagnant !

Le Tournoi de la Ville de Bruxelles se déroule chaque année en juillet sur la Grand Place. Impossible cette année, du moins à la date prévue.

Je le dis avec le sourire mais en sachant que c’est une réalité : pendant une lutte de balle pelote, les joueurs d’une même équipe ont beaucoup de contacts entre eux. Ils ont notamment l’habitude, après une balle gagnante, de se tapoter les fesses ! Il faudra oublier tout ça…

(Il rit) Effectivement, il y a certains vestiges du passé qui restent. Mais c’est un peu comme dans la vie de tous les jours… certaines habitudes qui étaient les nôtres il y a encore quelques semaines sont désormais à bannir pour des raisons de santé et de sécurité. Et donc, dans la pratique du jeu de balle, il faudra gommer certaines habitudes ancestrales pour pouvoir rejouer dans les prochains mois. "

Pour certaines disciplines, plus populaires et médiatiques, comme le football, le tennis ou le cyclisme, on ne doit pas trop paniquer. En revanche, pour la balle pelote, cette crise du coronavirus arrive à un mauvais moment, au moment où elle est déjà en souffrance…

" C’est clair. Loin de moi l’idée de faire prendre tous les risques aux différents acteurs mais je pense vraiment que, pour une discipline comme la nôtre qui est sur le déclin, il faut envisager tous les scénarios. Et les envisager de manière proactive, ou du moins très réactive, pour éviter que cette crise ne contribue encore un peu plus à diminuer la notoriété ou le nombre de pratiquants de la balle pelote. "

Articles recommandés pour vous