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Bientôt une forêt sanctuaire au Domaine de Chevetogne ?

Forêt Domaine de Chevetogne

© RTBF – Anaïs Stas

Laisser vivre la forêt sans intervenir, sans plus jamais l’exploiter. C’est le nouveau projet du domaine de Chevetogne. Concrètement, le directeur, Bruno Belvaux souhaite que les 450 hectares de forêt du domaine soient entièrement protégés pour les siècles à venir. Un projet notamment réfléchi avec le professeur en biologie à l’Agro-Bio Tech de Gembloux, Marc Dufrêne. "C’est très important de retrouver, de récupérer tous les processus biologiques de la forêt qui la rende résiliente. Dans une forêt classique, on coupe les arbres à un tiers de leur vie, vers 200 ans. Si on les laisse vivre 600 ans, 800 ans, ils deviennent beaucoup plus accueillants pour toute une biodiversité qu’on n’a plus l’habitude de voir".

Une petite partie de la forêt du domaine de Chevetogne, 70 hectares, est déjà totalement préservée de l’action humaine depuis 40 ans. Si, à l’échelle de la vie d’un massif forestier, ce laps de temps est court, il permet quand même d’apercevoir les premiers effets sur la biodiversité, notamment sur les arbres laissés au sol. "On parle de la longue vie du bois mort" détaille Marc Dufrêne en soulevant l’écorce d’un chêne déraciné. "Il va lentement se décomposer en accueillant des vagues successives de biodiversité : des mousses, de petits insectes qui creusent des trous, l’eau qui s’infiltre". Il ne faut que quelques secondes au biologiste pour repérer plusieurs insectes intéressants et de moins en moins souvent observés chez nous. Le bruit de ce petit bout de forêt est également très différent d’une forêt classique. On y entend beaucoup plus d’oiseaux chanter. "Et à certains moments, on entend comme le bruit de la pluie. C’est le bruit de toutes les déjections des chenilles qui tombent sur les feuilles".

Arbre mort
Arbre mort RTBF – Anaïs Stas

"On ne protège pas la biodiversité si on ne l’aime pas"

Cette forêt sanctuaire serait un réservoir de biodiversité, mais pourrait également jouer un rôle pédagogique. "On ne protège pas la biodiversité si on ne l’aime pas" déclare Bruno Belvaux. Cette forêt protégée pourra être visitée par de petits sentiers et divers aménagements piétons. Un musée vert pour sensibiliser petits et grands aux trésors de la biodiversité. "On a 450.000 visiteurs par an. Si on arrive à montrer les bienfaits de la biodiversité à 450.000 visiteurs qui le lendemain le raconte à un copain, ça fait 900.000 personnes qu’on va toucher. Là, on a un rôle pédagogique".

Mais laisser une forêt sans l’exploiter, c’est également un manque à gagner. C’est se passer des revenus de la vente de bois. Un défi financier au moment où le domaine de Chevetogne fait face à la pression de la province de Namur pour opérer 300.000 euros d’économie par an. Pour relever le défi, le domaine veut miser sur une plus grande attractivité touristique. "Des études, notamment du professeur Marc Dufrêne, montrent qu’on fait cinq fois plus de recettes au kilomètre carré avec le tourisme de nature qu’avec l’exploitation de la forêt et les revenus de la chasse réunis. Donc, d’un point de vue strictement financier, on a déjà répondu à la question. Si à cela on ajoute la biodiversité, il n’y a pas photo" détaille Bruno Belvaux. Le domaine de Chevetogne veut donc lancer un pari pour l’avenir où une nature préservée durant des siècles aura plus de valeur que tous les revenus qu’on peut tirer de son exploitation. Le projet a été déposé sur la table de la province.

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