Schubert Days

Biographie musicale de Franz Schubert, l'un des compositeurs les plus prolifiques du XIXe siècle

Austria, Vienna, Portrait of Franz Peter Schubert

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13 oct. 2022 à 14:15Temps de lecture6 min
Par Anne Hermant

À l’occasion des Schubert Days à Flagey, Anne Hermant nous propose une biographie musicale du maître viennois, en compagnie de Salieri, Hüttenbrenner, Liszt, Schöggl, Beethoven, Brahms, Ernst, Webern et... Schubert !

Si l’on sait que Mozart nous a quittés très jeune, à l’âge de 35 ans, on oublie parfois que Franz Schubert a eu une vie encore plus courte puisqu’il est mort à 31 ans.

Pourtant, Schubert est l'un des compositeurs les plus prolifiques du XIXe siècle : sa production musicale comprend plus de 1000 œuvres ! La plus grande partie de son œuvre n'ayant été éditée et jouée en public que bien après sa mort, et Schubert n’ayant pratiquement jamais quitté la ville de Vienne, sa renommée auprès de ses contemporains fut limitée et sa reconnaissance ne dépassa guère son cercle d’intimes, même si certains lieder connurent un grand succès.

Aujourd’hui, Schubert est une star ! Il a retrouvé sa juste place au côté des grands musiciens du classicisme viennois, Haydn, Mozart et Beethoven. Plusieurs de ses compositions sont même devenues de véritables tubes de la musique classiques, et on ne sait que choisir parmi tous les chefs-d'œuvre qu’il nous a laissés !

Voici un petit bijou, Ständchen, écrit pour une formation inhabituelle : contralto, chœur de femmes et piano.

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Schubert naît le 31 janvier 1797 dans la banlieue de Vienne. Il reçoit ses premières leçons de musique de son père, instituteur, pour le violon, et de son frère ainé Ignaz pour le piano. Michael Holzer, Kapellmeister de l'église de son quartier, lui enseigne le chant, l’orgue et la basse continue.

Maison d'enfance de Schubert
Maison d'enfance de Schubert © Kean Collection / Getty Images

De 1808 à 1813, il intègre le chœur de la Chapelle impériale de Vienne, puis étudie au Konvikt (école de formation des chanteurs de la Chapelle). C'est là qu’il devient l'élève d'Antonio Salieri, directeur de la musique à la Cour.

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Durant ses années d’études, il se lie d’amitié avec de jeunes idéalistes, membres d'un groupe formé à Linz. Albert Stadler, Joseph Kenner et Joseph von Spaun – qui soutiendra Schubert financièrement jusqu’à sa mort – forment ainsi le premier noyau du cercle des schubertiens. Ce cercle s’élargit au cours des années suivantes : Schubert rencontre des poètes, des intellectuels, et, chez Salieri, le musicien Anselm Hüttenbrenner.

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Les années 1815 et 1816 sont extrêmement productives. Avant ses 20 ans, Schubert aura déjà composé 4 messes, 5 symphonies, des sonates pour piano, des quatuors, et plus de 200 lieder !

Schubert deviendra le maître incontesté du genre : tout au long de sa vie, il composera plus de 650 lieder. Son premier chef-d'œuvre dans ce domaine est Marguerite au Rouet, dont Liszt fera une transcription pour piano 20 ans plus tard.

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Portrait de Franz Von Schober

En 1816, Schubert prend son indépendance : il quitte à la fois Salieri et son père, pour s’installer chez son ami Franz von Schober, qui l’accueillera chez lui plusieurs fois par la suite. Il compose six sonates pour piano, et de nombreux lieder dont La Jeune fille et la mort (il utilisera le thème pour son quatuor éponyme) et La Truite qu’il reprendra pour le 4e mouvement de son quintette avec piano.

Le thème de La Truite deviendra très vite populaire, et sera souvent utilisé dans des arrangement, adaptations, chansons, ou parodies, comme Die launige Forelle, 10 variations ludiques dans le style de compositeurs célèbres, composées en 1978 par Franz Shöggl.

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Concert privé de Franz Schubert

Durant les années suivantes, de 1819 à 1823, Schubert est moins productif : il s’interroge, cherche un style plus personnel, reconsidère les genres musicaux qu’il a déjà explorés, se tourne vers des poètes plus romantiques pour ses lieder. Plusieurs œuvres de cette période demeureront inachevées : sa 8e Symphonie, qui ne comporte que deux mouvements, est d’ailleurs demeurée célèbre sous le nom de Symphonie inachevée.

C’est pourtant durant ces années de crise que la notoriété de Schubert commence à croître : en 1821, il devient membre de l'influente Société des amis de la musique de Vienne. Le cercle des schubertiens s’élargit : outre les premiers fidèles on trouve maintenant des peintres, des écrivains, des philosophes et un chanteur. Tous se retrouvent régulièrement pour des réunions culturelles autour de la musique de leur ami Schubert : ce sont les fameuses "schubertiades".

Schubertiade
Schubertiade © Getty Images - Heritage Images

Schubert compose également des opéras, mais ne réussit pas à les faire jouer. Seule la musique de scène Rosamunde recueille un certain succès.

Au début de 1823, Schubert contracte la syphilis. A partir de là, et malgré quelques moments de répit, sa santé ne cesse de se dégrader. Malgré tout, il poursuit son œuvre, affirmant que “composer est [sa] seule raison d’être”. Cette période est celle de la maturité, mais mise à part sa 9e Symphonie “La Grande”, il compose essentiellement de la musique pour piano (Fantaisie “Wanderer”, sonates) et de la musique de chambre, dont plusieurs quatuors et son Octuor pour cordes et vents. C’est sa plus longue pièce de chambre : elle comporte six mouvements et dure près d'une heure !

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Le 26 mars 1827, coup de tonnerre dans le monde musical viennois : Ludwig van Beethoven, que Schubert admire et vénère vient de mourir.

Funérailles de Ludwig van Beethoven
Funérailles de Ludwig van Beethoven © De Agostini via Getty Images - DEA / A. DAGLI ORTI

"Non seulement Beethoven est le plus sublime et le plus fécond de tous les musiciens : il est encore le plus fort, écrit Schubert. Il est aussi fort dans la musique dramatique que dans la musique épique, dans la lyrique que dans la prosaïque ; en un mot il peut tout."

Très éprouvé, Schubert participe comme porte-flambeau à la grande cérémonie des funérailles. On y chante les Equales de Beethoven, composées originalement pour quatre trombones. 

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La mort de son héros – père spirituel génial mais écrasant – a-t-elle pu agir sur Schubert comme un élément libérateur ? Toujours est-il que les 18 mois qui lui restent à vivre vont voir naître une série de chefs-d'œuvre : les deux trios avec piano (l’Andantino du Trio n° 2, que l’on entend dans Barry Lyndon, deviendra l’une des plus célèbres musiques de film), les Impromptus D. 899, le cycle de lieder Winterreise, la Fantaisie D. 940, les trois dernières sonates pour piano ou le Quintette à cordes.

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Le 28 mars 1828, un an après la mort de Beethoven, Schubert donne pour la première fois un concert public au cours duquel sont jouées ses propres œuvres. C’est un succès, toutefois éclipsé par la star du violon Paganini, de passage à Vienne au même moment.

Franz Schubert

Au cours des mois suivants, l’état de santé de Schubert s’aggrave rapidement : il part s’installer chez son frère Ferdinand. Le 19 novembre 1828, Franz Schubert s’éteint, âgé seulement de 31 ans. Il est d’abord inhumé au cimetière de Währing, puis en 1888, sera transporté dans le "carré des musiciens" du cimetière central de Vienne, où il repose au côté de Beethoven, comme il l’avait souhaité...

L’œuvre de Schubert a inspiré de nombreux compositeurs. Des pianistes comme Liszt, Czerny ou Godowski ont réalisé des transcriptions pour leur instrument ou composé des variations sur des thèmes de Schubert. Brahms, lui, décrit ses Walzes op. 39 comme des “petites valses innocentes de forme schubertienne”.

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Citons encore les Variations de Denisov pour violoncelle et piano, ou encore une étonnante transcription du Roi des Aulnes pour violon seul, du virtuose Heinrich Wilhelm Ernst. Considéré comme l’un des plus grands successeurs de Paganini, il explore ici de nouvelles façons de composer de la musique polyphonique pour violon, dans une composition d’une difficulté instrumentale diabolique.

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Les lieder de Schubert sont également un vivier inépuisable pour les compositeurs-orchestrateurs : Berlioz, Liszt, Brahms, et, au XXe siècle Reger, Britten ou Webern, font ainsi entrer le lied schubertien dans le répertoire symphonique de concert.

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Pour conclure, laissons la parole au philosophe-mélomane André Comte-Sponville, qui a su si bien saisir la grâce, la poésie, le tragique et la fragilité du mystère schubertien...

“La musique de Schubert ressemble à Schubert, et à nous tous. Comme l’enfance. Comme la solitude. Comme la mort. On dirait une confession, ou mieux, une confidence, une longue confidence pour rien, pour la simple émotion de dire et d’écouter, comme un trop-plein de l’âme, un sanglot ou un sourire, et ce déchirement d’être ou d’aimer, juste avant de mourir, cette lenteur, cette longueur, cette solitude infinie... Souvenez-vous de l’andantino de la Sonate en La.”

Retrouvez la playlist de cette thématique dans son intégralité via ce lien

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