Monde

Birmanie : La junte au pouvoir torture en prison les opposants au coup d’État, dénonce Amnesty

Sur cette photo d’archive prise le 19 juillet 2018, le généralissime Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées du Myanmar, arrive pour une cérémonie marquant le 71e anniversaire de la Journée des martyrs à Yangon.

© AFP

02 août 2022 à 05:01 - mise à jour 17 août 2022 à 10:37Temps de lecture2 min
Par Belga, édité par Kevin D.

Menaces de mort, passages à tabac, simulations de noyade, violences sexuelles… La junte birmane tente d’écraser toute opposition depuis son coup d’État militaire le 1er février 2021 en se livrant à des actes de torture et des traitements cruels et dégradants dans les prisons et les centres d’interrogatoire du pays, dénonce mardi Amnesty International dans un nouveau rapport.

 

Alors que l’armée a prolongé lundi de six mois l’état d’urgence en Birmanie, en vigueur depuis le coup d’État, l’organisation de défense des droits humains publie mardi une synthèse intitulée "15 days felt like 15 years" ("15 jours semblables à 15 années") et qui retrace le traitement réservé aux citoyens et citoyennes qui se sont opposés au régime. N’ayant pas accès aux geôles du pouvoir, Amnesty a récolté en mars les témoignages de 15 personnes, notamment des survivants et des avocats. L’ONG a également analysé 100 articles de presse et rapports d’autres organisations de défense des droits humains publiés à la même période.


A lire aussi : Birmanie : démonstration de force de la junte qui promet d'"anéantir" les opposants


"Arrestations sans mandat, 'aveux' extorqués sous la torture, disparitions forcées, représailles contre des proches ou détention au secret sans contact avec la famille ni un avocat : les autorités militaires bafouent la loi à chaque étape du processus d’arrestation et de détention", pointe Amnesty.

Une femme a ainsi témoigné avoir entendu des membres des forces de sécurité plonger la tête d’une codétenue dans un seau d’eau et lui infliger des décharges de pistolet paralysant à plusieurs reprises lors de son interrogatoire, tandis qu’un étudiant relate que des policiers ont frappé la tête de son ami contre le mur avant d’utiliser un pistolet paralysant sur ses parties génitales et menacé de les faire exploser avec une grenade.

Les autorités militaires bafouent la loi à chaque étape du processus d’arrestation et de détention

Sujet Jt du 25 juillet :

Milliers d’arrestations

Une femme transgenre, interrogée durant trois jours, n’a reçu ni eau ni nourriture. "Dès que j’utilisais des pronoms féminins pour parler de moi, ils me disaient que j’étais gay donc que je devais aimer ça, et ils me mettaient leurs organes génitaux sous les yeux", explique-t-elle. Les agents l’ont aussi dévêtue, ont scruté son corps dénudé et se sont moqués d’elle.

Les avocats interviewés par Amnesty International ont aussi indiqué avoir parfois dû verser des pots-de-vin pour obtenir des informations sur le lieu de détention de leurs clients.

Les centres pénitentiaires du pays sont surpeuplés (50 détenus dans une cellule prévue pour 10). Depuis le 1er février 2021, l’armée a procédé à plus de 14.500 arrestations et tué plus de 2000 personnes, selon l’Association d’aide aux prisonniers politiques (AAPP).

Près d’un tiers des 2100 tués sont morts en détention militaire, la plupart à la suite de mauvais traitements, a pour sa part souligné la Haute-Commissaire de l’Onu aux droits humains, Michelle Bachelet, dans sa déclaration dénonçant l’exécution par la junte de quatre prisonniers. La peine de mort n’avait plus été appliquée en Birmanie depuis plus de 30 ans.

L’ONG appelle dès lors le Conseil de sécurité des Nations unies à intensifier la pression sur l’armée birmane et à saisir la Cour pénale internationale, instaurer un embargo mondial sur les armes "ainsi que des sanctions ciblées".

Sur le même sujet

Birmanie : Aung San Suu Kyi condamnée à 3 ans de prison pour violation de secrets d'Etat

Monde

Coup d’Etat en Birmanie : l’émissaire de l’ONU rencontre des représentants de la junte

Monde Asie

Articles recommandés pour vous