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Black Country, New Road : « On aurait presque envie que ce nouvel album soit notre premier »

Black Country, New Road.
05 févr. 2022 à 14:20Temps de lecture5 min
Par Renaud Verstraete

Ce fût une semaine mouvementée pour Black Country, New Road. Quelques jours seulement après l’annonce soudaine du départ de son chanteur Isaac Wood, le groupe dévoile "Ants From Up There". Ce deuxième opus, radicalement différent, laissera derrière lui le souvenir indélébile d’une formation aussi originale qu’aventureuse. Nous les avions rencontrés en octobre dernier, juste avant ce qui s’avéra être une de leur dernière date au complet. Rencontre avec Tyler (basse), Charlie (batterie) et Lewis (saxophone).

Il y a près d’un an, le monde découvrait pour la première fois le phénomène "BCNR". Un nom, une esthétique et un premier disque qui aura mis tout le monde d’accord. Révélation rock britannique ? Album de l’année 2021 ? "Prodiges imprévisibles du rock anglais" titrions-nous à l’époque. 7 jeunes musiciens portés aux nues et dont le monde attendait beaucoup. Peut-être trop ? "C’est vraiment étrange à quel point le décalage est grand. On oublie que des gens en dehors de l’Angleterre ont écouté notre musique. C’est une drôle d’expérience de jouer dans une salle comme celle-ci en sachant que beaucoup de gens se déplacent pour nous voir" confie la bassiste Tyler Cryde quelques heures avant de présenter de nouveaux morceaux devant une salle comble.

364 jours. Il n’aura pas fallu attendre longtemps avant de voir le successeur de "For The First Time" pointer le bout de son nez. Pourtant, ce premier album paraît déjà loin. Si loin qu’on a parfois l’impression de ne pas retrouver le même groupe aux commandes de ce nouveau disque. "Le premier album était une collection de chansons écrites sur une très longue période, dans des contextes différents, avec des gens différents et des émotions différentes" explique Tyler.

Pas question de traîner. Dès la fin de l’enregistrement du premier disque, toute leur attention était tournée vers la suite. "On voulait sortir ce deuxième album le plus rapidement possible. On l’a toujours considéré comme le premier ensemble de chansons écrites à nous 7, avec une vraie intention et un vrai concept. Cet album a un vrai fil rouge. Pour nous, c’est presque comme si c’était notre premier disque" raconte Charlie Wayne (batterie).

Cap sur l’Île de Wight

En juillet 2021, le septette embarque pour l’Île de Wight avec comme objectif d’enregistrer ces nouveaux morceaux nés en grande partie durant le confinement. A la barre ? Sergio Maschetzko, qui signe ici sa première œuvre en tant que producteur. "Serge", ils le connaissent bien. C’est lui qui façonne leur son en live depuis leurs débuts. Charlie estime que c’était une bonne décision de lui confier la production de ce nouveau disque : "On ne voulait pas quelque chose de particulièrement tape à l’œil au niveau de la production. On voulait vraiment sonner comme quand Serge fait notre son en live".

" Sur l’Île de Wight, aucun d’entre nous n’avait de voiture pour pouvoir partir. On était juste coincés là-bas, isolés. On devenait parfois fous (rires). "

2 semaines coincés sur une île, l’occasion rêvée d’expérimenter avec de nouveaux instruments (mandoline, kazoo, marimba…) ainsi que de nouvelles approches d’enregistrement. "Serge a lu plein de bouquins avec des techniques de placement de micros complètement dingues" explique Lewis. Le saxophoniste raconte ensuite avec enthousiasme la fois où l’ingé son a rempli 3 verres de vin avec des niveaux d’eau différents dans la pièce avant d’y placer des micros ou encore celle où il a placé un violoncelle à l’horizontale, avec un microphone dans la caisse de résonance, juste devant l’ampli de basse. "Ça sonne comme un violoncelle sur le morceau alors qu’il n’y en a pas du tout sur l’enregistrement (rires)" s’amuse-t-il.

Les 10 morceaux de "Ants From Up There" ont été enregistrés dans une même pièce en live au studio de Chale Abbey. "Il n’y avait quasi-pas de séparations entre nous. Donc on entend les instruments des autres dans nos micros respectifs. Ça plonge vraiment l’auditeur dans l’espace dans lequel on a enregistré et ça amène une vraie cohérence sonore entre les morceaux" conclut Lewis.

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"Fair-play, les gens aimaient le côté heavy post-rock. Mais on ne fait plus ça maintenant.

Second best Arcade Fire tribute act ?

"Agréable, lumineux et plein d’espoir." C’est en ces mots que Tyler, Charlie et Lewis décrivent "Ants From Up There". Surprenant, ce deuxième album marque déjà un tournant radical dans la discographie naissante du groupe. Oubliez les ambiances post-rock oppressantes et les guitares survoltées, Black Country, New Road se la joue acoustique et tient dorénavant plus d’Arcade Fire que de Slint. En l’espace de 10 morceaux, les sept Londoniens parviennent à trouver un équilibre habile entre un renouveau stylistique audacieux et une évolution naturelle que l’on avait presque sentie venir, bien joué !

La musique de Black Country, New Road se vit et s’apprivoise ici dans une intimité nouvelle. Cet album ose la fragilité et la délicatesse. On retrouve la poésie d’un Isaac Wood en grande forme qui délaisse quelque peu le spoken word pour se mettre à chanter par moments avec une sincérité déroutante. "I was made to love you, can’t you tell ?" laisse-t-il échapper sur Concorde.

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Pièce maîtresse de l’album, Bread Song en ébranlera plus d’un. "OK but I just woke up and you already don’t care", la voix plaintive et tremblante d’Isaac Wood se mêle au vrombissement maîtrisé des cuivres et des cordes. Plus acoustique, cet album laisse également une place de choix au piano et au violon : "May est la meilleure pianiste classique que j’ai jamais rencontrée et on n’utilisait pas assez son talent. On avait juste un petit synthé sur scène. Maintenant qu’on a un vrai clavier sur scène, on s’est dit qu’on pouvait en profiter." se réjouit Tyler (bassiste).

L’album atteint son paroxysme avec Basketball Shoes, un final époustouflant de 12 minutes que les fans attendaient depuis un moment. "C’est le plus vieux morceau présent sur l’album. On le joue depuis des années" explique Tyler. Les plus attentifs auront remarqué que le thème de Basketball Shoes se répète discrètement tout au long de l’album en nous attirant irrémédiablement vers le vacarme assourdissant qui clôture magistralement cet album. “We’re all working on ourselves. And we’re praying that the rest don’t mind how much we’ve changed” entonne Isaac Wood sur cet ultime morceau. Cette phrase résume sans doute bien l’essence de Black Country, New Road, en perpétuelle évolution. 

S’il est compliqué d’entrevoir de quoi sera fait l’avenir du groupe, "Ants From Up There" est un album singulier que l’on chérira encore longtemps. Malgré le départ du chanteur Isaac Wood, le groupe a annoncé continuer à écrire le futur de Black Country, New Road. Et il ne fait aucun doute qu'ils sauront rebondir pour nous surprendre à nouveau. 

Ants From Up There est sorti le 04/02 sur Ninja Tune.
Ants From Up There est sorti le 04/02 sur Ninja Tune. Simon Mock & Joseph Durnan

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