Patrimoine

"Black Lives Matter" secoue la collection d'art du Parlement britannique

La collection d'art du Parlement britannique est passée en revue par un panel d'experts, qui examinent les 9500 oeuvres d'art qui la constituent.

© Richie Chan / Shutterstock

Il souffle comme un vent de changement dans les couloirs de Westminster. Une nouvelle étude a mis en lumière les liens entre d’anciens membres du Parlement et la traite transatlantique des esclaves en Afrique et dans les colonies britanniques. D’étroites relations reflétées dans la collection d’art de Westminster, que des chercheurs passent en revue dans les moindres détails suite au mouvement Black Lives Matter.

Cette collection de 9500 œuvres d’art documente l’histoire du Parlement britannique et de ses membres. "Etant donné que de nombreux parlementaires étaient des propriétaires fonciers ou des hommes d’affaires, leurs proches ou eux étaient souvent directement impliqués ou profitaient du travail forcé ou de la traite des esclaves. Une situation jugée inacceptable de nos jours", explique le Parlement britannique dans un communiqué officiel.

Des chercheurs ont découvert qu’une vingtaine de membres du Parlement britannique, qui entretenaient des liens avec l’esclavagisme, apparaissent dans 189 œuvres d’art de la collection de Westminster.

Parmi eux se trouvent Sir Robert Peel et William Gladstone, dont les familles respectives ont profité de l’esclavagisme. A noter que ces anciens Premiers ministres ont été immortalisés dans une douzaine de toiles et de statues exposées à Westminster.

Par contraste, seulement 40 toiles représentent des personnalités historiques en lien avec le mouvement abolitionniste.

Bien que les chercheurs n’aient passé en revue que 200 œuvres de la collection du Parlement britannique, ils ont découvert de nombreux dessins satiriques mettant en scène des stéréotypes racistes. C’est notamment le cas de l’estampe The Ghost of Christophe Ex-King of Hayti, appearing to the Un-Holy Alliance !! de John Fairburn, dans laquelle apparaît un esclave vêtu d’un pagne.

The Ghost of Christophe Ex-King of Hayti, appearing to the Un-Holy Alliance !!
The Ghost of Christophe Ex-King of Hayti, appearing to the Un-Holy Alliance !! © The Trustees of the British Museum

Une initiative qui ne fait pas l’unanimité

"Le but de la collection d’art du Parlement n’est pas de rendre hommage aux personnes qui ont apporté leur soutien ou ont commis des actes de cruauté, mais de refléter fidèlement l’histoire du Parlement, de notre démocratie et de ceux qui y ont joué un rôle. L’interprétation de ces œuvres d’art évolue perpétuellement", a souligné le Parlement britannique dans un communiqué officiel.

Les membres du Parlement ont décidé de se pencher sur la collection d’art de Westminster en réaction au mouvement Black Lives Matter, qui a poussé de nombreux Britanniques à descendre dans les rues de Londres, Manchester, Bristol et Leeds pour manifester leur soutien.

Selon le Guardian, de nouvelles œuvres d’art représentant des femmes parlementaires et d’autres représentants politiques issus de minorités ont déjà été commandées.

Cette initiative n’a pas été saluée par tous les membres du Parlement britannique. Le leader de la Chambre des communes, Jacob Rees-Mogg, a récemment déclaré que l’examen de la collection d’art du Parlement britannique ne devrait pas être motivé par une volonté d’afficher son "wokeisme". Un terme anglais dérivé du verbe to "wake" (se réveiller), qui se réfère au fait d’être conscient des injustices et du système d’oppression qui pèsent sur les minorités.

Et puisqu’il est déconseillé de se rendre à Londres pour le moment, le Parlement de Westminster se visite virtuellement. Vous pouvez choisir la visite classique, mais aussi celle mettant en lumière les femmes au Parlement.

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