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Brian Lotti ou quand une légende du skateboard adopte la peinture. Retournement à 180°

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Skateboard, basket-ball, tennis et farniente, les tableaux de Brian Lotti à la galerie Alice nous amènent lumière, énergie et réconfort. Dans la grisaille et la crise, une peinture qui nous fait du bien.

Brian Lotti, Dumbo Court 3
Brian Lotti, Dumbo Court 3 © Alice Gallery

Brian Lotti est un personnage singulier, au parcours pour le moins atypique. L’américain est une légende dans le monde du skateboard, époque 90’s. C’est un pro, membre de la Team Planet Earth, ambassadeur de la marque. Vidéos, démonstrations et merchandising : il fait le job, jusqu’à la blessure qui marque la fin de sa carrière. Ensuite changement de cap : le sportif étudie le bouddhisme et se tourne vers peinture. Dans la ville, il capte le mouvement et la lenteur, le sport et le loisir. La vie quotidienne est la chose la plus importante, dit-il.

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Pour son exposition bruxelloise, l’artiste a choisi le titre " Stolen Moments" – instants volés - qui peut fonctionner à plusieurs niveaux : "capturer la lumière et la couleur à un moment donné, capturer des moments spécifiques d’action dans des scènes sportives ou des moments où l’on s’éloigne de nos routines quotidiennes […] ce moment de la journée où l’on s’échappe et où l’on se rend au parc, ou bien on joue une partie….on s’accorde un peu de temps libre. [Ce sont aussi] des occasions d’observation, une sorte de voyeurisme où les scènes sont enregistrées et utilisées souvent sans la permission des gens mais certainement avec les meilleures intentions à l’esprit. ".

Ce que je peins est une sorte de ready-made graphique des situations

La lumière éclatante et le jeu avec ces couleurs franches produisent cette impression d’instantanéité. Une peinture de l’ici et maintenant – comme dans la méditation -, sans réflexion, sans balises. Dans l’évidence du moment.

you become something and forget about yourself

Réalisées en extérieur, à la manière des Impressionnistes, ou concrétisées en studio selon une technique de son invention (on y reviendra), "toutes les toiles sont le résultat d’une expérience "- personnelle et aussi relationnelle avec les joueurs, autour des terrains de basket.

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Comme des bulles de répit dans l’excitation des villes, les scènes de parcs respirent le calme et une certaine sérénité.

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"Au milieu du chaos, beaucoup de choses valent la peine d’être vécues" confie Brian Lotti pour qui ces tableaux, réalisés après la terrible période du Covid aux Etats-Unis (un million de morts), sont des sortes d’antidote à la folie, spécialement celle des dernières années. Mais il y a tant de choses positives et être dans un parc, c’est être ensemble et heureux d’y être. Rien que s’en souvenir est intéressant. Ce sont des scènes où les gens sont simplement présents : "here we are". La vie n’est pas aussi compliquée que ce que nous en faisons parfois.

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Le skateboard est-il soluble dans la peinture ?

Aujourd’hui, le skate est un sport de compétition, une discipline olympique depuis les jeux de Tokyo en 2021. Dans les années 80 et début 90, cette sous-culture urbaine véhicule des valeurs de liberté, de plaisir, d’expérimentation : créer de nouvelles figures comme Brian Lotti le fera avec le "backside tailslide", de bienveillance plutôt que de rivalité. Mais, peut-on faire un parallèle entre ces valeurs et la pratique de la peinture ? Assurément, confie l’artiste. Peu de gens portent attention (à la peinture) tout comme on faisait du skate pour soi-même, ce n’était pas une chose populaire. C’était très libre et sauvage, il n’y avait pas d’espace dédié. Peindre y ressemble beaucoup : c’est un jeu que je joue avec moi-même, peut-être en relation avec d’autres peintres du passé. Il y a de la compétition [mais] je suis tellement fan de l’histoire de l’art et de l’art contemporain [que] je ne me sens pas menacé. C’est davantage une source d’inspiration. Je suis en compétition avec moi-même.

Brian Lotti, Women’s Clay Court
Brian Lotti, Women’s Clay Court © Alice Gallery

Big splash et lâcher prise : une technique unique

Brian Lotti créée ce qu’il appelle des "Transfert Paintings". Il peint à même le mur avec des couleurs sorties directement du tube, et ensuite plaque la toile ou le papier sur la peinture. Le résultat est une image imprimée (à l’envers de celle du mur), avec cet effet de flou – certaines couleurs bavent l’une sur l’autre - et des résidus de peinture qui donnent du relief à l’image. Une texture particulière. S’il maîtrise parfaitement cette technique du "splash", il ne contrôle pas complètement le résultat. "Vous faites cette peinture, vous la travaillez autant que vous le pouvez et ensuite vous devez en quelque sorte lâcher prise. Et ça devient quelque chose d’autre."

Brian Lotti, Sunset Court
Brian Lotti, Sunset Court © Alice Gallery

Cette pratique expérimentale ouvre des possibilités d’images "plus mystérieuses voire abstraites". Faisons confiance aux déambulations urbaines du peintre qui, comme le gamin sur son skateboard, capte l’existence comme un état permanent de changement.

Brian Lotti – Stolen Moments

Alice Gallery – du 18.11 au 17.12.2022

4, rue du pays de Liège – 1000Bruxelles

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