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Budget fédéral: la politique fiscale du gouvernement mise en cause par l'opposition

Budget fédéral: la politique fiscale du gouvernement mise en cause par l'opposition
16 déc. 2020 à 19:10Temps de lecture4 min
Par Belga

La Chambre a entamé mercredi à la Chambre son premier débat en séance plénière sur un budget en bonne et due forme depuis trois ans. Jeudi, l'assemblée se prononcera sur cet exercice pour 2021. En attendant, les groupes politiques ont échangé leurs arguments, notamment sur la politique fiscale du nouveau gouvernement.

Le projet de loi qui remet sur pied la taxe sur les comptes-titres n'a pas encore été déposé mais il suscite de nombreux débats et la recette attendue -397 millions d'euros- figure dans le budget. La N-VA y voit la manifestation d'un gouvernement qui utilisera l'impôt pour soulager ses difficultés budgétaires.

Dans la majorité, l'affirmation a fait sursauter le MR et le CD&V, partenaires des nationalistes flamands durant la période de la coalition "suédeoise". Le gouvernement Michel s'était en effet accordé pour prélever une telle taxe, avant que la Cour constitutionnelle n'annule la loi.

"C'est une résurrection de la taxe que nous avons conçue ensemble", a fait remarquer le chef de groupe MR, Benoît Piedboeuf. La référence a fait sourire DéFI qui a mis la majorité en garde contre la fragilité juridique du dispositif. "Cette histoire finit mal. Le Christ est revenu après trois jours mais il n'est pas resté très longtemps", a lancé François De Smet. "C'est une réparation après l'arrêt de la Cour constitutionnelle", a souligné son collègue du CD&V, Servais Verherstraeten. Le chef de groupe démocrate-chrétien a rappelé les circonstances dans laquelle évolue la Belgique comme le reste de l'Europe: une crise sans précédent depuis la deuxième Guerre mondiale qui mobilise des moyens financiers colossaux. Il est juste qu'une partie de l'effort se situe du côté des recettes de l'Etat, a-t-il fait remarquer.

Le PTB a également choisi cet angle fiscal pour s'en prendre au gouvernement. Mais à ses yeux, la taxe sur les comptes-titres est le symbole du renoncement des socialistes et des écologistes à une véritable taxation du patrimoine. Socialistes et communistes ont une nouvelle fois affiché leur rivalité à gauche. "Cela fait trente ans, quarante ans que le PS dit 'sans nous, ce serait pire' et que les acquis sociaux reculent", a accusé Raoul Hedebouw, pointant du doigt des économies dans la Fonction publique, tandis que Marco Van Hees déplorait l'absence de rupture avec la politique de la "suédoise". "Depuis 40 ans, qui a mis ses mains dans le cambouis pour la sécurité sociale, les pensions, les conditions de travail? Ce n'est pas le PTB, c'est le PS. C'est quoi votre bilan en 40 ans? Rien! Vous n'êtes pas un parti politique mais un groupe de pression qui s'arroge les conquêtes sociales qui sont le fruit du combat des grandes organisations syndicales, des délégués, des travailleurs, et qui s'en prend constamment au PS plutôt qu'aux partis de droite", a répondu Ahmed Laaouej (PS).

La composition de la Vivaldi, qui rassemble pas moins de 4 courants politiques, a aussi été mise en cause. "Si notre gouvernement est hétéroclite, il n'est pas disparate. Nos visions s'enrichissent l'une l'autre", a expliqué Benoît Piedboeuf. "Nous pourrons transformer l'adversité actuelle en opportunité pour demain", a-t-il ajouté.

Gilles Vanden Burre (Ecolo) voit quant à lui dans ce budget la poursuite du "bouclier de protection" qui a permis de limiter le choc de la crise pour de très nombreuses personnes.

Certains semblent oublier la crise, s'étonne De Croo

Le Premier ministre, Alexander De Croo, s'est étonné mercredi des discours d'une partie de l'opposition dans le cadre du débat budgétaire. A ses yeux, certains semblent oublier que le monde traverse une crise sans précédent.

La Chambre débat en séance plénière du projet de budget 2021 et de la loi-programme qui l'accompagne, une première depuis la fin 2017 quand le dernier budget en bonne et due forme a été voté. La N-VA, le Vlaams Belang et le PTB ont décroché les flèches les plus acérées contre le gouvernement De Croo, en pointant tour à tour le déficit qui s'est considérablement aggravé, et une politique insuffisante qui poursuivrait celle de la coalition précédente. "J'ai le sentiment que chez certains il y a un manque de prise de conscience de la réalité. Ils semblent oublier que l'on est au coeur de la plus grande crise sanitaire que nous ayons connue. On ne peut comparer cette situation budgétaire à celle d'une année traditionnelle", a expliqué le Premier ministre en réponse aux interventions des groupes politiques.

Le chef du gouvernement a balayé les critiques des nationalistes selon lesquelles seule l'Espagne ferait pire que la Belgique en termes budgétaires. "Notre pays est lourdement touché, à l'instar des autres pays", a-t-il fait remarquer, en insistant sur le caractère imprévisible de la crise qui ne permet pas pour le moment de se fixer un objectif budgétaire. Des réformes auront lieu, a assuré le Premier ministre, que ce soit en matière d'emploi (piège à l'emploi, licenciement), de lutte contre la discrimination, de pension (convergence des différents régimes, démocratisation du 2e pilier) ou encore d'investissement des PME. Mais pour le moment, les efforts du gouvernement sont concentrés sur un but: "protéger au maximum les citoyens et les entreprises, et lorsque la croissance reviendra, faire en sorte que chacun puisse en profiter".

Malgré sa composition très large -pas moins de sept partis-, le gouvernement a bien l'intention de "travailler ensemble". "Les succès dans cette crise, ce sont les moments où l'on travaille ensemble", a-t-il souligné. "La crise sanitaire ne vous donne pas un blanc seing pour tout faire et dire ensuite que vous ne saviez pas", a répliqué Sander Loones (N-VA). Le PTB a répété ses craintes pour les services publics qui, selon lui, seront confrontés à des mesures d'économie dès 2022. "Sans les services publics, ce serait une catastrophe décuplée, tirons-en les leçons", a plaidé Marco Van Hees. Le cdH a affiché sa volonté d'une opposition constructive et appelé le gouvernement à travailler avec celle-ci. "Aujourd'hui, se figer dans un rapport de majorité contre opposition, ça n'a aucun sens", a dit Vanessa Matz.

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