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Regions Bruxelles

C'est lorsqu'on annoncera sa réouverture que Forest National souffrira le plus

A Forest National, comme dans les autres grandes salles, on attend impatiemment de pouvoir rallumer la lumière. Même si les mois qui précèdent cette réouverture seront peut-être les plus durs
03 juin 2021 à 09:29 - mise à jour 03 juin 2021 à 09:29Temps de lecture3 min
Par Bruno Schmitz

C’est une salle emblématique de Bruxelles qui célèbre son demi-siècle. 50 ans que Forest National accueille des concerts et autres gros événements à Bruxelles. Enfin, 50 ans… pas exactement. Puisque, comme ses consœurs de tout le pays, celle qui a longtemps été la plus grande salle de la Région bruxelloise garde porte close depuis la mi-mars 2020.

Aujourd’hui, derrière l’une des portes qui mène aux gradins, c’est un silence assourdissant et inhabituel qui accueille ceux qui s’y rendent. "Oui, ce sont mes clés sur le porte-clé qui font le plus de bruit, sourit la directrice Coralie Berael. "C’est là qu’on constate que la salle a une bonne acoustique", lâche-t-elle en boutade. Pourtant, pour elle comme pour tous les autres travailleurs indépendants qui s’affairent en général ici pour préparer les 80 à 100 événements qui s’y déroulent chaque année, l’heure n’est pas vraiment à la fête.

En dehors de quelques primes et du chômage temporaire, elle et sa société souffrent, comme les autres, sans revenus depuis 15 mois. Puisque, si le bâtiment et les 8.000 places appartiennent désormais au groupe flamand Sportpaleis (qui garde les reins solides), ce sont des indépendants qui assurent la gestion quotidienne de Forest National. 

La salle de 8000 places a été mise "en hibernation" et n'a donc pas bougé ou presque depuis le 8 mars 2020, date du dernier événement organisé sur place, la finale de la Coupe de Belgique de basket
La salle de 8000 places a été mise "en hibernation" et n'a donc pas bougé ou presque depuis le 8 mars 2020, date du dernier événement organisé sur place, la finale de la Coupe de Belgique de basket B. Schmitz - RTBF

Des dépenses avant des rentrées

Malgré cette situation et ces pertes, ce sont les mois à venir qu'elle craint le plus. Pour des grandes salles comme celle-ci, où il faut au moins 2.000 spectateurs par soir pour être rentable, il n'y a pas encore de date officielle de réouverture annoncée par les autorités. 

On parle de l'automne. Or, pour redémarrer Forest National, il faut s'y prendre plusieurs semaines à l'avance. "Il va falloir vérifier si tout fonctionne encore convenablement, faire une grosse inspection des éléments de sécurité ou encore un énorme nettoyage, à l'intérieur, mais aussi du toit plat"

Ce qui signifie engager des sociétés pour le faire. Il faudra aussi réembaucher à l'avance des techniciens en vue des futurs spectacles. "Cela veut dire que des factures vont arriver", explique la directrice. "Il faudra donc payer des gens, sortir de l'argent, alors qu'il n'y aura toujours pas de spectacles et donc pas d'argent qui rentre. Ce sera très compliqué". 

 

Aujourd'hui, un groupe pourrait se retrouver en quarantaine entre deux dates de concert d'un pays à l'autre. C'est ingérable !

Sans oublier que peu de tournées, de concerts ou de spectacles sont aujourd'hui prêts à être montés. "Il faut entre six mois et un an pour préparer une tournée. Peu d'artistes ont déjà des shows totalement prêts et immédiatement programmables. Et cela qu'ils soient belges, francophones ou même anglo-saxons. Cela va déjà retarder la reprise pour nous", indique la directrice.  

Encore deux ans et demi pour espérer gagner de l'argent

Coralie Berael est la directrice de Forest National
Coralie Berael est la directrice de Forest National BENOIT DOPPAGNE - BELGA

"Ensuite, les artistes anglo-saxons, et américains notamment, ne vont pas traverser l’océan sans garantie d’avoir un certain volume de public, pour pouvoir être rentables. Deuxième problème.

Sans oublier que, pour l’instant, les règles de quarantaine ne sont pas harmonisées même au sein des pays de l’Union européenne. Un artiste qui viendrait jouer en Belgique pourrait se retrouver en quarantaine une semaine en traversant la frontière pour son concert suivant à Amsterdam par exemple. C’est ingérable ! Et donc, pour l’instant, personne ne voudra prendre ce risque".

Coralie Berael estime donc qu'il faudra encore un an, au moins, pour que nombre d’artistes anglo-saxons soient prêts avec un nouveau show. D'ici là, il faudra donc encore faire le gros dos. Et lorsqu'on lui demande à quelle moment elle espère que sa société pourra à nouveau faire du bénéfice, "fin 2023 ou courant de 2024"Et ça, c'est dans deux ans et demi.

Voilà pourquoi l'une des principales demandes du secteur -désormais organisé en fédération- aux politiques, c'est de maintenir des primes de soutien et/ou le chômage temporaire pendant quelques mois encore, même après la réouverture des grandes salles. 

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