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C'est quoi un artiste 15 secondes ?

© iStock / Getty Images Plus

Créer une vidéo sur Tiktok ou un réel sur Instagram c’est presque devenu un geste banal du quotidien. Et quand on crée ce genre de contenus, il y a souvent un élément essentiel au bon fonctionnement de cette vidéo, c’est la musique. Souvent il s’agit d’une loop de 15 secondes qui, tantôt accompagne ton défi dance sur Tiktok, tantôt va apporter la touche de style à ton réel de vacances à Marseille (oui, y mettre "Bande organisée" en fond, ce serait trop facile). Et cette touche de style, cette nécessité, c’est aussi devenu une opportunité pour nombre d’artistes, souvent dans l’ombre, les beatmakers et surtout les loopmakers. Qui sont-ils ? Ce sont les artistes qui produisent ces sons qui peuvent devenir viraux et le permettre de se faire connaître. 

Quand on se balade un peu sur Youtube (voire qu’on s’y perd pendant presque une matinée), on ne compte plus les vidéos tuto avec des titres bien accrocheurs : "Comment devenir un beatmaker grâce à TikTok ?", "Comment les musiciens sont passés de 0 à 100.000 fans en 2022" etc… Bref, les réseaux sociaux seraient-ils une voie de plus en plus royale pour les beatmakers et les loopmakers ?

Des loops qui chamboulent

Austin Millz par exemple : c’est un artiste américain de Harlem, qui s’est fait connaître via ses vidéos un peu folles sur des toits ou face à la mer et des sessions de beatmaking. Sur Instagram, il compte 391 K followers, 127,5K sur Tiktok. A ce jour, le beatmaker vient de sortir un remix d’ "Always Be My Baby" de Mariah Carey et il vient d’être signé en major chez Sony/ Ultra records. Certains de ses beats ont été utilisés dans 184.000 réels sur Instagram.

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De son côté, Ricky Desktop, c’est 1,5 million d’écoutes par mois sur spotify, 821K abonnés sur Tiktok. Quant à son beat, "the Banjo Beat", il a été utilisé 4 millions de fois sur Tiktok. Au total ce sont près de 20 millions de vidéos qui ont utilisé ses sons, comme le rappelle The Verge à qui l’artiste a donné une interview. Sa touche à lui, c’est le bruit d’une goutte d’eau et dans chaque beat on retrouve 3 kicks, comme il l’explique à The Verge. Il ajoute qu'il interagit énormément avec sa communauté, leur demande leur avis etc… Son terrain de jeu étant massivement Tiktok, il explique également que si on souhaite qu’un beat devienne viral, on doit pouvoir le créer avec une danse précise en tête.

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Un tremplin ?

Pour les loopmakers, créer des contenus à destination des réseaux sociaux et contenus courts, ça peut porter ses fruits. Pour Naor Nacho, un beatmaker installé à Bruxelles, être présent sur ce genre de réseaux "c’est important. Et c’est un kiffe aussi. J’aime bien sortir de juste la composition d’une instru. Réaliser des tutos, c’est chouette, j’en regarde aussi de mon côté et je me dis que je peux apporter un truc à ma manière". Même si Naor ne s’est pas encore mis à fond sur ce type de prod', il y songe. Et il explique que les codes pour faire péter une loop sur Tiktok ou encore Instagram, sont assez clairs : "j’ai compris que sur Tiktok, certains genres de sons fonctionnaient mieux, par exemple, les remix de sons connus ou bien des sons qui surfent sur certaines tendances". Et d’ajouter, "sur les réseaux, il faut qu’en quelques secondes ce soit efficace, c’est destiné à des contenus super courts et à des personnes qui scrollent rapidement sur leur téléphone, moi aussi d’ailleurs je fais ça. Quand ça fonctionne sur les applis, ça attire vite des gens, on a de suite des followers, des commentaires, c’est beaucoup plus rapide que si par exemple, je postais un audio d’une instru".

Après, avoir une loop bien placée qui fait danser Tiktok, ça ne veut pas forcément dire percer tout court. "Je ne me verrais pas faire que ça […], j’aime aussi être en studio avec des artistes et prendre le temps, mais ça reste un moyen de se faire connaître".

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Pour BBL, l’un des beatmakers de la Miellerie, les réseaux sociaux permettent de plus grandes inspirations, "des inspi qui viennent d’ailleurs". Et ça permet une plus grande ouverture. "Il y a des beatmakers qui vont être bons pour faire une mélodie mais qui seront peut-être un peu moins bon pour la construction et les arrangements sur un morceau en entier ou avoir une vision entière sur une prod', alors quand ils font une loop, qu’ils l’envoient à d’autres beatmakers par exemple, ils peuvent faire des coproductions et ainsi être crédités", explique BBL.

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Jonathan Keto, guitariste et loopmaker qui a pu poser une loop de guitare sur un son de Fally Ipupa, en coproduction avec La Miellerie. Compositeur et loopmaker, Jonathan explique que c’est agréable de voir l’intérêt des gens pour son travail via les réseaux sociaux. Et il ajoute, "je dois m’adapter à la tendance actuelle […] "à la base je suis jazzman, mais ça c’est difficile sur Tiktok, c’est moins créatif mais j’essaye toujours d’ajouter ma sauce avec la musique africaine ajoutée à de la drill ou de la trap par exemple".

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Même si, de son côté, BBL ne sent pas une trend à proprement parler à propos des "artistes 15 secondes", au sens où il n’y aurait pas forcément une stratégie sciemment pensée, il constate néanmoins que de plus en plus d’artistes balancent des loops sur les réseaux et aussi que de plus en plus de loopmakers qui travaillent sur des tutos, montrent comment ils travaillent etc… Et ça amène de la visibilité, alors que, pourtant, le travaille de beatmakers est souvent dans l'ombre. Et "aujourd’hui, il y a des compositeurs, qui ne font que des loops qui peuvent se retrouver avec nous en studio".

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