Cancer de la peau: le déni, un obstacle à un traitement efficace

02 avr. 2019 à 09:00Temps de lecture4 min
Par Laura Vandormael avec Miguel Allo

En 2000, Marianne Bosman constate qu’un de ses grains de beauté a changé de couleur. Pourtant, elle ne s’en alarme pas et ne prend pas immédiatement un rendez-vous chez son médecin ou dermatologue. « J’aurais pourtant dû réagir dès que j’ai découvert ce changement de couleur. Mais, à l’époque, nous n’étions pas trop au courant que c’était potentiellement dangereux. En outre, j’étais en plein déménagement avec deux enfants en bas âge. Je n’avais donc pas le temps de m’occuper de moi. »

Ce n’est que 6 à 8 mois plus tard qu’elle a consulté une dermatologue. « Elle m’a retiré ce grain de beauté et l’a envoyé pour analyse au laboratoire. Les résultats ont détecté l’existence d’un mélanome. » Son mélanome est soigné rapidement, et suivie de manière régulière par le médecin. « Pendant 5 ans, je devais aller souvent chez le dermatologue et une fois par an, je recevais une échographie de tous les ganglions lymphatiques et une radio des poumons. Ensuite, il a été dit que les chances de le récupérer étaient devenues si faibles (5%) que l’échographie et la radio n’étaient plus nécessaires. »

Seize ans plus tard, elle fait pourtant une rechute, des métastases ont également fait leur apparition à différents endroits de son organisme. « L’assistante du chirurgien nous a dit qu’il s’agissait d’une métastase d’un cancer du mélanome et que c’était une maladie grave. Après avoir passé un scanner, le diagnostic est tombé : il y avait une métastase dans mon poumon, dans un muscle dans ma cuisse, et dans mes os. J’ai découvert deux autres dans mon cou une semaine plus tard. »

Aujourd’hui, Marianne va mieux, mais n’est pas encore complètement tirée d’affaire.

49% des Belges attendent 3 à 6 mois avant de consulter un médecin

Un cas de rechute comme celui de Marianne est peu fréquent, mais il illustre bien que si un mélanome n’est pas diagnostiqué à temps, il peut provoquer des dégâts plus graves chez l’être humain. Or, d’après une enquête réalisée par "Euromelanoma" et "Melanoma Research Foundation, le déni et la procrastination des personnes à l’apparition des premiers symptômes sont l’un des obstacles les plus fréquents à un traitement efficace du cancer de la peau.

Ainsi, 49% des patients attendent en moyenne 3 à 6 mois avant de consulter à l’apparition des premiers signes. Or, comme l’explique Véronique Del Marmol, chef du service dermatologie à l’hôpital Erasme de Bruxelles, attendre est aggraver son cas.

« Patienter autant de temps avant de consulter un dermatologue est vraiment dangereux et dommage, d’autant plus que c’est visible et qu’on peut en réaliser le diagnostic rapidement. L’idée de se faire diagnostiquer un cancer fait très peur aux gens, car ils assimilent cela à un arrêt de mort. Alors qu’en cas de diagnostic précoce, le cancer de la peau se soigne très bien. Certains patients ne se rendent pas compte que le fait de nier les symptômes augmente justement le risque que ce qu’ils craignent le plus ne se réalise. »

Si le patient attend trop longtemps, le risque est grand de développer une maladie incurable.

350% de cas supplémentaires en 12 ans

Par conséquent, on assiste aujourd’hui à une explosion du nombre de cas de cancer de la peau, en Belgique. Chaque année, 39.000 nouveaux cas de cancer de la peau sont diagnostiqués dans notre pays. Comment Véronique Del Marmol, explique-t-elle cette augmentation ? La première cause est l’exposition au soleil.

« Je pense que depuis 30 ans, on s’expose de plus en plus et de plus en plus facilement au soleil. Et quelque part, on paye les conséquences de cette trop grande exposition au soleil. » Là aussi, une majorité des Belges serait dans le déni du danger que représentent les rayons du soleil. Seul 6% des gens se protègent tout au long de l’année. « Les gens comprennent le lien entre exposition au soleil et cancer de la peau, mais ils ne font rien pour contrer ce risque accru. Le cancer de la peau peut être évité et se protéger du soleil doit devenir une seconde nature, comme se brosser les dents », déclare-t-elle.

Notre spécialiste rappelle donc quelques gestes importants comme ne pas s’exposer aux heures les plus chaudes, porter des manches longues et un chapeau, et aussi, bien sûr, appliquer une protection solaire sur sa peau. « Les bancs solaires ne sont pas utiles non plus. Ils représentent même un accélérateur de risque de contracter un mélanome », insiste Véronique Del Marmol.

Enfin, le dernier enseignement de cette étude est qu’un comportement de déni est aussi présent chez les personnes ayant déjà été victimes d’un cancer de la peau. 5% d’entre elles ne se rendent pas à leur rendez-vous de suivi chez le dermatologue. Pourtant, ils ont plus de chances de développer un nouveau cancer de la peau.

Quant à Marianne, elle dit aujourd’hui regretter de ne pas s’être fait examiner dès l’apparition de son grain de beauté. Et elle aimerait que ce qui lui est arrivé serve d’exemple. « Je considère que ma tâche est de prévenir les autres d’agir rapidement après l’apparition des symptômes et de mieux se soigner que moi je ne l’ai fait.» A noter que lors de la campagne de sensibilisation contre le cancer de la peau, qui aura lieu du 13 au 17 mai 2019, des journées de consultation gratuites seront, une nouvelle fois, organisées chez les dermatologues participant à la campagne. Inscriptions: http://www.euromelanoma.org

Journal télévisé 13/10/2017

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