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Politique

Caroline Désir à propos du salaire des enseignants : vu le contexte budgétaire, "on ne peut pas travailler sur tous les fronts"

Jeudi en Prime

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10 févr. 2022 à 21:04Temps de lecture4 min
Par Estelle De Houck

Entre 9000 et 10.000 enseignants se sont réunis dans les rues de Bruxelles ce midi. Entre crise sanitaire, conditions de travail et manque de reconnaissance, les manifestants ont crié leur ras-le-bol. Alors, que répond Caroline Désir, la ministre de l’enseignement (PS), à ces revendications ?

"Je pense qu’on ne doit pas être sourds quand plusieurs milliers d’enseignants viennent exprimer leur ras-le-bol dans la rue. Je crois qu’il faut se rendre compte à quel point les conditions de travail des enseignants ont été difficiles ces trois dernières années scolaires", commence par reconnaître Caroline Désir sur le plateau de Jeudi en Prime.

Je pense qu’on a vraiment été des partenaires dans la gestion de cette crise

Pourtant, nombreux sont les manifestants qui disaient ne pas avoir reçu d’aide pendant la crise. "On a essayé d’être un soutien permanent au secteur. On a débloqué 160 millions d’euros pour essayer de limiter les dégâts de la crise, que ce soit sur le plan de l’organisation sanitaire dans les écoles ou que ce soit pour remédier aux difficultés d’apprentissage", répond la ministre à cette première critique.

"Je reçois tous les acteurs du monde de l’enseignement plusieurs fois par mois", se défend Caroline Désir. "Je pense qu’on a vraiment été des partenaires dans la gestion de cette crise."

Les négociations sectorielles

Autre sujet de discorde : les négociations sectorielles.

"On a reçu les syndicats pendant près d’une heure pour leur exposer, d’une part, qu’on allait reporter un certain nombre de chantiers du pacte pour un peu alléger la charge administrative de la rentrée de septembre prochain. Et d’autre part aussi leur faire part de notre projet d’accord sectoriel sur lequel le gouvernement venait de s’accorder", relate la ministre.

Concernant les négociations sectorielles, il n’y aura pas un penny en plus

Un projet qui a fortement déçu les délégations syndicales. "Concernant les négociations sectorielles, il n’y aura pas un penny en plus", a dénoncé de son côté Joseph Thonon, de la CGSP-Enseignement.

Sur la table, 100€ répartis sur trois ans, versés dans le cadre de la prime de fin d’année, soit une dépense de 32 millions d’euros pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour les syndicats, il ne s’agit que de "bla-bla-bla" et de "cacahuètes".

"On va répondre d’une part à une série de demandes – qui sont des mesures coûtantes - comme l’augmentation de prime de fin d’année pour tous les membres du personnel. On va aussi répondre à la demande des directions du fondamental qui demandent un soutien…", se défend la ministre. "Ce ne sont donc pas des cacahuètes."

"Et j’ajoute que cela vient s’ajouter à 278 millions d’euros qui sont consacrés pour le Pacte d’enseignement d’excellence en 2022."

Alors, quid des salaires ? A ce propos, Caroline Désir reconnaît qu’elle fait face à une difficulté puisque la Fédération Wallonie-Bruxelles fonctionne à enveloppe fermée tandis que les dépenses ne font qu’augmenter. "Effectivement, le déficit se creuse et l’endettement augmente. Ce n’est pas une situation tenable à long terme", admet-elle.

On est dans le contexte budgétaire dans lequel on est, on ne peut pas non plus travailler sur tous les fronts en même temps

"Une des demandes des syndicats est qu’on puisse réfléchir à une revalorisation barémique qui soit liée à la nouvelle formation initiale des enseignants. Donc on a convenu avec eux que, vu les problèmes de soutenabilité budgétaire de la fédération, de se mettre autour de la table."

"On est dans le contexte budgétaire dans lequel on est, on ne peut pas non plus travailler sur tous les fronts en même temps."

Des protocoles à gogo

Lors de la manifestation, les enseignants ont également crié leur ras-le-bol face à la succession de protocoles sanitaires et à la difficulté de s’adapter. "Je comprends la difficulté de devoir s’adapter sans cesse, nous-même devons nous adapter sans cesse. Delta qui était plus grave et moins contagieux, Omicron qui était très virulent et qui a tout balayé sur son passage dans les écoles…", reconnaît la ministre.

Alors, ne faudrait-il pas changer les dernières mesures de quarantaine ? "Ce n’est pas moi qui suis à la barre pour les protocoles sanitaires. Ce sont des discussions qui ont lieu entre les ministres de la santé et parfois nous sommes impliqués là-dedans. Mais évidemment on ne peut pas faire revenir des enseignants malades."

Les réformes

La ministre ne renonce pas non plus aux réformes à venir. "Ces réformes, on doit les faire", insiste-t-elle. Selon elle, beaucoup d’enseignants et directeurs d’écoles sont d’ailleurs très conscients de cette nécessité. Le message est clair : pas de report à l’horizon.

"Vous savez qu’on a déjà reporté toute une série de réformes d’un an, voire deux ans. Or, l’année prochaine on doit commencer avec notre nouveau tronc commun pour les premières et deuxièmes primaires", ajoute-t-elle.

Par ailleurs, le Pacte pour un enseignement d’excellence a fait naître une nouvelle crainte au sein du monde de l’enseignement : une future évaluation des profs. "Ce chantier de l’évaluation n’est pas imaginé comme une sanction", rassure la ministre. Et ça non plus, pas question d’y renoncer.

Le retard dans l’apprentissage

Certains profs ont également expliqué leur désarroi face au retard d’apprentissage des élèves. A cela, Caroline Désir explique avoir mis beaucoup de moyens en personnel supplémentaire pour essayer de combler ces retards. "On les a prolongés pour le primaire déjà jusqu’à Pâques. Dans le cas du secondaire, il s’agit de moyens du Plan de relance européen qui vont venir soutenir tout cela."

On ne peut pas inventer des enseignants

Mais ce personnel encadrant a-t-il tous les diplômes requis ? "Il n’y a pas de formule magique pour lutter contre la pénurie", rétorque la ministre.

"On a pris des mesures de court terme pour procéder à des remplacements plus vite. Mais il y a aussi des chantiers de moyens et de long terme pour lutter contre la crise : améliorer les conditions de travail, revaloriser le métier pour que des étudiants s’engagent dans des filières pédagogiques… On ne peut pas inventer des enseignants", conclut Caroline Désir.

Le codeco

Enfin, la ministre s’est également prononcée sur le Comité de concertation de ce vendredi. Alors, est-elle favorable à la fin du port du masque dans les écoles ? "Quand on va pouvoir retourner en discothèque sans masque, il me semble logique que les enfants de six ans ne soient plus masqués", répond la ministre.

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