Caroline Pauwels : "Au départ, on les applaudissait, maintenant, on n’a presque plus de respect pour le personnel soignant."

03 déc. 2021 à 08:02Temps de lecture3 min
Par A.T. sur base d'une interview menée par Thomas Gadisseux

Il y a deux ans et demi, la VUB annonçait que sa rectrice était atteinte d’un cancer de l’œsophage et de l’estomac. L’année passée, atteinte du coronavirus, Caroline Pauwels s’est retrouvée à l’hôpital. Elle explique son combat contre la maladie dans un contexte où les traitements non urgents sont reportés en raison d’une saturation dans les services de soins intensifs à cause du covid.

"La lutte continue, je progresse à petits pas. J’espère y arriver complètement, mais ce n’est pas garanti", lance optimiste, Caroline Pauwels lors de l’Invité de Matin Première.

Chaque semaine, elle se rend à l’hôpital pour son traitement et son travail et voit de ses yeux la situation : "On ne peut pas se rendre compte de ce qui se passe dans les hôpitaux quand on ne doit pas y être. On voit cette réorganisation perpétuelle, la fatigue des aides-soignants et leur ras-le-bol. Au départ, on applaudissait, maintenant, on n’a presque plus de respect pour le personnel soignant."

Report des soins

Alors que tout le monde se prépare à fêter les fêtes de fin d’année, le personnel hospitalier fait face à l’incertitude : ils seront peut-être au chevet des malades au lieu d’être avec leur famille. Depuis quelques jours, les hôpitaux du pays doivent reporter de deux semaines tous les soins non urgents car les soins intensifs saturent.

Cette situation a de fortes répercussions pour le personnel comme pour les patients, selon Caroline Pauwels : "Entendre un diagnostic aujourd’hui veut dire qu’on ne peut pas vous soigner tout de suite. On a l’habitude que les soins suivent très vite, entendre ça, en tant que malade, c’est terrible. Pour les aides-soignants, c’est très difficile aussi de porter ce message auprès de quelqu’un malade."

 

Science en progression

En tant que rectrice d’une université, elle croit en la science et se dit "rassurée par ce que la médecine arrive à faire". Mais, selon elle, la population s’attend à des réponses directes et précises concernant le coronavirus alors que ce n’est pas toujours possible : "Il faut accepter qu’on ne connaît pas encore tous les aspects du covid. C’est une science en progression. On ne résout pas un problème, mais un puzzle de chose à résoudre. C’est très difficile de mesurer la complexité d’un virus comme celui-là. En occident, on pensait toujours que les virus, c’était pour l’Afrique. Un système réputé pour sa solidité craque."

Il faut accepter que ça va prendre du temps

Caroline Pauwels explique qu’elle est "obnubilée" par la progression des sciences, mais que c’est un phénomène complexe "Les scientifiques ne font pas de la résolution de problème. Quand la lumière ne fonctionne pas chez moi, je sais que je dois remplacer l’ampoule. Quand je suis tombée malade d’un cancer, je savais que je devais me fier à plein d’experts spécialistes en la matière. Quand un problème aussi complexe qu’un virus pandémique et qui dépend de notre propre comportement, il faut accepter que ça va prendre du temps."

Scientifiques vs politiques

Depuis quelques semaines, les scientifiques tiraient la sonnette d’alarme quant à l’évolution du virus et appelaient le monde politique à prendre des mesures pour lutter contre le covid : "Politiques et scientifiques ont chacun un devoir différent. Les scientifiques disent que la science est en progression mais ne couvre pas toutes les questions. En tant que public, on n’entend parfois ce qu’on veut. On n’a jamais prétendu que les vaccins étaient sûrs à 100%."

En septembre, le Premier ministre Alexandre De Croo avait promis le "royaume des libertés". La rectrice justifie ce discours par le fait que la population était "en attente de perspective".

Elle prend son exemple personnel pour illustrer : "Personne ne m’a dit que j’avais des chances de guérir à 100%. Il faut faire un travail sur soi-même pour accepter ce genre de perspective. Il y a une perspective aussi que je ne guéris pas."

Alors, comment avancer si on ne sait pas quand la ligne d’arrivée arrive ou si elle existe ? Caroline Pauwels conclut : " Personnellement, je me concentre sur ce qui est possible. On est des privilégiés : on a un paiement à la fin du mois. D’autres personnes sont dans l’incertitude complète. Je comprends l’angoisse qui s’installe sur la perspective à long terme. Il ne faut vivre au jour le jour et voir ce qui est possible plutôt que de se concentrer sur ce qui n’est pas possible. C’est un exercice quotidien. "

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