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Cascadeur : "Comment être visible quand on veut être invisible ?"

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04 nov. 2022 à 08:57Temps de lecture3 min
Par Rémy Nakhla

Il a remis son casque, il a rebranché ses synthés, l’auteur-compositeur Alexandre Longo sous son alias Cascadeur est de retour dix ans après son premier album. C’est avec le projet "Revenant" qui porte bien son nom que l’artiste… Revient cette année. Il joue d’ailleurs le 04 novembre au Botanique et Jam l’a rencontré à cette occasion.

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Salut Alexandre, peux-tu expliquer l’univers Cascadeur ?

C’est un projet né autour de la voix et du piano. Et peu à peu au fil des quatre albums, l’orchestration a été de plus en plus ample avec de plus en plus de registres de sons. J’ai voulu autant partir vers de grands espaces que vers de l’intimiste tout en partant du piano. Un travail autour du temps et de l’espace, une traversée.

Sur quasiment tout l’album "Revenant" on a une impression de bande originale de film, c’est voulu ? Quel est ton rapport à l’image ?

Je pense que si je suis venu à la musique sans doute par le biais de l’image. En ayant été marqué petit par certains films mis en relief par le son. C’est vrai que l’univers visuel l’a suivi que ce soit le cinéma ou la peinture, j’ai un diplôme de plasticien à la base. C’est vrai qu’on me parle de ce parallèle-là assez souvent, en tout cas que des images viennent à l’esprit. Bon, j’ai aussi travaillé pour l’image, ce sont des vases communicants. Il y a une proximité avec la composition de musiques de films. Ma musique sur "Revenant" est assez narrative donc il y a le côté scénarisé. Quand je construis l’album, il y a un fil narratif, on part d’un point, on arrive à un autre point et on y revient.

Que raconte cet album en parlant de narration ? On pense au thème des revenants forcément, peut-être un clin d’œil à "Ghost Surfer" ton précédent projet ?

Oui, cette forme d’auto-citation avec "Ghost Surfeur" m’amusait. Il y a un côté assez fantomatique dans ma musique, notamment par la voix. J’aime bien cet univers des esprits. Il y a aussi une part de mystère par le fait que je sois masqué. "Revenant" c’était d’une part un clin d’œil mais aussi la figure de Cascadeur qui revient, le code du retour, cette idée de disparaître et réapparaître. Qu’est-ce qui se passe quand on n’est pas éclairé ? C’est un peu ça la question. On est aussi un peu tous des revenants à l’heure actuelle, avec les crises actuelles.

 

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Pendant ces quatre ans d’absence, comment s’est passée la création ? Qu’est-ce qui s’est passé dans ta vie ?

Beaucoup de questionnements, sur le casque par exemple. Comment je reviens aussi, jusqu’à quelle langue j’emploie ? Ici il y a l’apparition du français, ma langue maternelle, comme si je revenais à la terre première. J’ai souvent voulu me démasquer de plus en plus, je livre beaucoup de choses. Sans arrêt essayer d’avancer vers une forme de métamorphose continue.

Qu’est-ce que représente ce casque d’ailleurs ?

C’est à la fois simple et complexe. Quand j’ai créé mes premiers morceaux, je n’avais pas encore de nom. Ce qui m’intéressait c’était l’ombre, un peu comme un producteur invisible mais présent. Ce qui m’ennuyait, c’était d’apparaître. Quand je faisais de la peinture c’était la même chose, je ne voulais pas exposer. C’est un travail qui m’anime énormément mais je refuse un truc. Je me suis penché vers l’enfance pour régler ce problème et enfant je me déguisais beaucoup. Pour arriver dans le monde adulte, j’avais besoin de me grimer. Il y avait ça et en fouillant dans mes vieux jouets, je suis tombé sur Cascadeur, un motard blanc qui vole avec lequel j’avais beaucoup joué et l’atterrissage m’a toujours intéressé. Il y a aussi la dimension de la prise de risque qui me plaisait. Et de là j’ai donné un nom à l’homme sans nom que j’étais. C’est une deuxième personne qui est plus moi-même, j’ai l’impression d’être plus moi-même sous Cascadeur que sous Alexandre qui laisse plus de place à l’improvisation. De la vient aussi le questionnement de comment être visible dans cette carrière musicale quand on veut être invisible.

A quoi peut-on s’attendre sur un concert de Cascadeur en parlant d’improvisation ?

Particulièrement chez vous, en Belgique, tout peut se passer. J’ai un rapport de proximité avec la scène et la Belgique c’est pour moi un état d’esprit. Il y a une fantaisie assumée, une souplesse d’esprit qu’on retrouve plus difficilement en France et ça m’a déjà beaucoup servi. Mais sur scène plus globalement, on peut dire que c’est jouer avec l’imprévue tout autour du show, c’est amusant.

On retrouvera aussi Cascadeur en concert chez nous le 19 novembre prochain du côté du Reflektor à Liège.

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