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Ce qu'il restera de l'épopée de l'Union : à la théorie avec Swann Borsellino

Ce qu'il restera de l'épopée de l'Union : à la théorie avec Swann Borsellino

Comme des tournesols, ils préfèrent la partie ensoleillée de la pelouse parfaite du Lotto Park. Répartis par petits groupes pour cette humer l’air d’un terrain qu’ils ont déjà respiré en août dernier, les joueurs de l’Union Saint-Gilloise ont plutôt le sourire lors de cette traditionnelle reconnaissance. Loïc Lapoussin foule le gazon pied nu comme pour rappeler sa technique de Brésilien de Copacabana tandis que ses partenaires discutent tranquillement. L’instant semble paisible pourtant, quelques minutes avant ce moment de printemps, Bruges venait d’être sacré champion sur la pelouse de l’Antwerp, après avoir été mené 1-0 à la pause.

Un titre qui rendait ce derby aussi curieux que les observateurs. Tous voulaient savoir si les joueurs de Felice Mazzu auraient le coeur, mais surtout la tête à se battre pour officialiser ce statut dont ils ne voulaient pas vraiment : celui de vice-champion. D’autres se demandaient si, en cas de quatrième succès de la saison face à Anderlecht, les joueurs et le staff de l’USG auraient le recul nécessaire pour se laisser aller à célébrer comme il se doit la qualification européenne d’un promu. La réponse ne s’est pas faite attendre.

Comme les buts de Mitoma et d’Undav, elle est arrivée quelques instants après un coup de sifflet. Le match terminé, les coéquipiers de Teddy Teuma se sont empressés d’aller célébrer une saison plus qu’une victoire, devant un parcage visiteur qui n’en demandait pas moins. Photos de groupe, crampons lancés en tribunes, accolades, chants, danse de Felice Mazzu, puis quelques bières. Soit tous les ingrédients de la salade de fête saint-gilloise qui continuera plus tard dans la soirée, du côté de Forest, pour les plus téméraires. Une célébration comme pour rappeler qu’en dépit d’être " passé à côté de la montre en or " comme l’exprimait Mazzu, il y avait bien quelque chose à fêter, en l’occurrence une saison d’exception. Mais que garde t’on d’un exercice historique quand il n’y a ni titre, ni ligne " champion " sur la page WikiPedia, ni-même une simple photo avec le trophée à montrer à ses petits enfants à ses vieux joueurs ? Que restera t’il de la saison 2021-2022 de l’Union Saint-Gilloise ? On note ça pour plus tard, un jour où la mémoire flancherait un peu. 

Il restera...

Il restera un dispositif. Celui mis en place par Felice Mazzu qui a réussi le tour de magie que beaucoup d’entraîneurs souhaitent sortir de leur chapeau : transformer le football en ballet. Cette saison, chaque match de l’Union, dans la victoire comme dans les rares défaites, étaient rythmés par une connaissance parfaite du dispositif tactique par les joueurs. Pas une maitrise de leur rôle, mais une maitrise du rôle de l’autre. Pour pouvoir prendre sa place, savoir ce qu’il va faire, savoir quoi faire s’il failli. Une saison de switchs défensifs parfaits et de circuits de sortie de balle bien dessinés, qui auront notamment fait du trio Lapoussin-Teuma-Undav un des plus joli triangle de la saison. 

Il restera un duo. Dans une équipe dépourvue de " star " et dont on aura loué la force collective tout au long de la saison, Denis Undav et Dante Vanzeir auront validé le travail du groupe grâce à leur présence devant le but. Parce que l’histoire a parfois la mémoire sélective, il faudra se souvenir de leur quasi-quarantaine de buts sur la saison autant que des matchs du déplacement à l’Antwerp et de l’aller-retour face à Bruges en playoffs. 

Il restera un gardien. Qui a rappelé ce dimanche au micro d’Eleven Sport qu’il " y a quatre ans, il jouait en D1 amateurs ". Exceptionnel tout au long de la saison, Anthony Moris a autant brillé au pied que sur sa ligne, footballistiqûement qu’humainement.

Il restera l’empire du milieu. Un milieu à trois qui a donné l’impression d’être un milieu à douze, grâce à Casper Nielsen et Teddy Teuma, épaulés par Damien Marcq puis rejoint par un excellent Lazare. Fascinant à regarder jouer dans sa manière de combler les espaces, dans ses courses et dans son impact, le Danois a permis à l’Union de pratiquer ce football. Un football dont la langue a été celle de Teddy Teuma, capitaine qui a su faire rimer travail et talent, tampons et crochets, coups de gueule et belles vannes. 

Il restera des ailes pour voler. Un Loïc Lapoussin dont je me veux de ne pas l’avoir vu au Red Star en tant que Français, dont la qualité de dribble n’a eu d’égal que l’abattage de Bart Nieuwkoop tout au long de la saison. Hommes de bases dans l’idée offensive de Mazzu grâce à leur capacité à percuter, mais aussi à s’infiltrer de manière plus axiales, ils auront bien été épaulés par Kaoru Mitoma et Guillaume François. 

Il restera un esprit. Que le trois arrière n’aura cessé d’insuffler tout au long de la saison. Un esprit qui ressemble beaucoup à celui de Christian Burgess. 30 balais, mort de faim comme un gamin de 20 ans et qui est venu rappeler qu’en Championship, on maitrisait l’art du duel. Dans cette mission pour tenir la baraque, l’Anglais aura eu besoin de Siebe Van der Heyden, Neo-international, Jonas Bager, Ismaël Kandouss et Koki Machida. 

Il restera un groupe. Je cite des noms de joueurs mais dans une épopée, ce n’est pas les individus dont on se souvient. On se souvient de couleurs, en l’occurrence bleue et jaune. On se souvient d’un staff. On se souvient d’humains. On se souvient de moments. Des moments que l’Union Saint-Gilloise aura partagé toute l’année avec des supporters qui sont allés bosser le lundi avec la voix cassée. 

Il restera un vide. Car il faut l’admettre : rien ne remplacera un trophée. Encore plus quand vous le touchez d’aussi près. Marqués à vie par une aventure humaine et sportive hors du commun, ce groupe est aussi lié éternellement par une cicatrice.

On se souviendra de tout ça. Et on pense déjà à la saison prochaine, car d’autres équipes ont envie d’écrire une toute autre histoire. 

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