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"Ce qu'on vit en Belgique est pire qu'en Afghanistan" : des migrants témoignent sur la crise de l'accueil, 5 ans après la création du hub humanitaire

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Ils attendent par centaines que les portes s'ouvrent. Tous, ou presque, ont passé la nuit dehors. "C'est comme ça depuis plusieurs mois" lance Ahmad. "On dort tous sur la route. Est-ce que c'est une vie ça?". En l'espace d'une minute, le ton est donné. 

Ils viennent d'Afghanistan, de Palestine, d'Afrique de l'Est. Faute de place dans les centres Fedasil, ils se retrouvent sans solution d'hébergement. Condamnés à vivre à la rue, sous la pluie, la peau figée par les températures qui chutent. 

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"J'ai quitté l'Afghanistan parce que la situation là-bas est déplorable. Mais ici en Belgique, c'est pire qu'en Afghanistan!" dénonce Kamal, le visage las, les yeux cernés. 

On est venus en Belgique pour être en sécurité. Mais il n'y a aucune sécurité ici.

Autour de notre caméra, de plus en plus d'Afghans se pressent pour témoigner. Comme si c'était enfin l'occasion pour eux de faire entendre leur voix. "On est venus en Belgique pour être en sécurité. Mais il n'y a aucune sécurité ici" s'emporte Ahmad. "On dort dehors, on attrape des maladies, notre peau nous démange. C'est terrible."

Le témoignage de Paul, deux mois après son arrivée en Belgique

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Une crise de l'accueil aux conséquences en cascade

Aux portes du hub humanitaire, tous attendent patiemment que l'horloge affiche 11h30. L'heure où ils pourront se réchauffer, manger un repas, prendre une douche. "A Fedasil, ils n'ont pas de places pour nous. On ne nous donne rien à manger, rien. Le hub humanitaire, c'est la seule solution pour se nourrir et avoir des vêtements" décrit Kamal. Mais depuis un an, au fur et à mesure que la crise de l'accueil s'enlise, le hub humanitaire est de plus en plus débordé. 

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Machinalement, presque mécaniquement, tartines, fruits et boissons sont placés dans des centaines de sacs. Nous sommes un peu avant midi. A l'intérieur du hub, les bénévoles s'activent pour préparer les colis repas. "Il y a encore quelques semaines, on distribuait 750 repas par jour" explique le coordinateur du hub humanitaire, Lorenzo Durante Viola. "Aujourd'hui, on atteint un millier de repas distribués quotidiennement". 

Ces demandeurs de protection internationale doivent normalement être pris en charge par l'Etat!

Le manque de places dans les centres Fedasil a un impact direct sur la fréquentation du hub. "Normalement, notre centre est plutôt destiné aux migrants en transit, qui ne font pas de demande d'asile en Belgique. Mais désormais, on a de plus en plus de demandeurs de protection internationale, qui normalement doivent être pris en charge par l'Etat!" explique Lorenzo Durante Viola, de Médecins du Monde. 

"C'est la responsabilité de l'Etat que d'accueillir ces candidats à l'asile, et de leur offrir un accueil digne et sécurisé. C'est compliqué pour les équipes d'être confronté quotidiennement au manque de moyens et à la nécessité de pallier ces lacunes de l'Etat" ajoute Julie Pire, responsable communication de la Plateforme citoyenne BXLRefugees. 

Le témoignage de Julie, de la Plateforme citoyenne BXL Refugees

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Un anniversaire en demi-teinte 

Cinq ans jour pour jour après la création du hub humanitaire, l'heure n'est clairement pas à la fête. "C'est un anniversaire en demi-teinte" lâche Julie Pire. "Il n'y a rien à fêter!" renchérit Lorenzo Durante Viola. 

On a créé ce hub il y a cinq ans pour offrir des services de première ligne à une population qui était négligée... mais qui l'est toujours aujourd'hui! 

"C'est de plus en plus compliqué de faire face à cette détresse" ajoute Julie Pire. "On voudrait que toutes ces personnes n'aient pas besoin de faire appel à nous."

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Du côté du service juridique du hub, le sentiment d'impuissance est grandissant. "On doit parfois refuser 15 à 20 rendez-vous par jour tellement on est débordés" explique Océane Juchet, juriste à la Plateforme citoyenne BXL Refugees. "On doit refuser des gens de manière continue parce qu'on n'a pas les moyens d'accompagner tout le monde, de faire ce que l'Etat est censé faire!" 

"On est toujours dans un sentiment d'entre-deux. En même temps, on veut aider un maximum de personnes car on sait les conséquences qu'il y a derrière. Mais en même-temps, comment forcer l'Etat à répondre à ses obligations si comme d'habitude on le fait à sa place?" 

Le témoignage d'Océane Juchet, juriste au hub humanitaire

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Une crise aux allures d'impasse? 

Du côté du gouvernement, on se dit conscient du problème. "Nous travaillons dur pour créer de nouvelles places d'accueil. (...) Au cours des derniers mois, nous avons déjà créé 4.000 nouvelles places d'accueil et d'autres continueront à être créées" rappelle Nicole De Moor (CD&V), Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration. Et d'ajouter : "La création de places d'accueil supplémentaires ne suffira pas à résoudre la situation. Nous devons réduire l'afflux de demandeurs d'asile et accélérer le flux sortant". 

En attendant, derrière les bureaux des différents services d'aide, derrière les tables qui servent à préparer les repas, derrière les vestiaires où sont triés les vêtements, les travailleurs sociaux du hub sont à bout. "Les équipes sont fatiguées, stressées. On n'arrive plus à suivre la demande" admet Lorenzo Durante Viola, coordinateur de la structure. "C'est pourquoi on a décidé de fermer le centre de jour deux jours par semaine... Et ce n'est pas le cœur léger". 

A la veille de l'automne, les migrants accusent le coup. "C'est terrible. Mais où doit-on aller? Où?" Cette question restera, une fois de plus, sans réponse. 

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