Belgique

"Ce qui se passe à Anvers ne va pas s’arrêter au port d’Anvers" : les grandes villes belges face aux mafias de la drogue

Des douaniers belges et un chien recherchent de la drogue dans un conteneur au port d'Anvers, le 7 janvier 2022.

© Belga

22 août 2022 à 11:29 - mise à jour 22 août 2022 à 17:13Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

Explosions, coups de feu, meurtres, etc. , Anvers se réveille presque chaque matin en devant faire le constat des incidents de la nuit, le plus souvent liés à différents trafics de drogue et à la lutte entre les associations criminelles qui les organisent.

Le bourgmestre d’Anvers (à moins que ce ne soit le président de la N-VA ?), Bart De Wever en appelle une nouvelle fois au fédéral, reconnaissant son impuissance face à la gravité des faits.

 

Tensions dans la majorité anversoise

L’échevin socialiste anversois Tom Meeuws (Vooruit) s’en prend, dans une interview au Standaard, à son bourgmestre et l’accuse d’ouvrir un peu vite son "parapluie". Contrairement à la N-VA, il se dit partisan d’une dépénalisation de l’usage des drogues douces.

Mais par ailleurs, Vooruit espère que dans les semaines à venir une modification de la loi relative aux sanctions administratives communales puisse intervenir au niveau fédéral afin que les villes et les communes puissent prendre elles-mêmes des mesures préventives. Selon lui, les écologistes et les partis francophones de la Vivaldi freinent des quatre fers.

Tom Meeuws estime maintenant que les bourgmestres des cinq grandes villes (Anvers, Gand, Charleroi, Liège et Bruxelles) devraient s’asseoir autour de la table et expliquer à leur parti pourquoi la loi est nécessaire. Selon lui, les bourgmestres PS de Liège, Bruxelles ou Charleroi seraient demandeurs.

 

Concertation

Du côté francophone, on semble généralement ouvert à l’idée de voir les bourgmestres des grandes villes se retrouver autour d’une même table pour discuter de cette problématique particulière et des mesures à y apporter.

Mais souvent, là comme à Anvers, le débat bute sur la question des moyens. Dans toutes les grandes villes, le cadre policier est loin d’être complet, la Justice manque de moyens et les parquets se retrouvent également en profond sous-effectif.

À Bruxelles-ville, le bourgmestre Philippe Close (PS) demande lui aussi que l’on étende les pouvoirs du bourgmestre en termes de sanctions administratives : "comme bourgmestre de Bruxelles, je suis inquiet. Ce qui se passe à Anvers peut arriver à Bruxelles. Ce qui se passe à Anvers ne va s’arrêter au port d’Anvers. Une des pistes pourrait être de donner plus de pouvoir aux villes et aux bourgmestres pour leur permettre de faire mal aux trafiquants dans les commerces qui permettent le blanchiment", dit-il.

Les bourgmestres peuvent déjà faire fermer des établissements pour perturbation à l’ordre public, mais l’idée ici "serait de pouvoir invoquer d’autres motifs", poursuit Philippe Close, "c’est l’objet de la discussion".

Le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer (PS) envisage favorablement la réunion des bourgmestres des principales villes du pays.

Mais il s’interroge sur la constitutionnalité d’éventuelles nouvelles dispositions. Les bourgmestres risqueraient de sortir de leur rôle. De plus, il souhaite des garanties sur la sécurité des bourgmestres qui seraient ainsi directement confrontés aux mafias de la drogue. Willy Demeyer rappelle que l’on a déjà tenté d’incendier sa maison, suite à une sanction administrative qu’il aurait prise.

Plus globalement, il rappelle aussi que n’envisager la lutte contre la drogue uniquement par le volet répressif, cela ne fonctionne pas. Il faut une politique pragmatique, oser le débat sur la dépénalisation, comme au Québec.

Le débat est vaste et ne se réglera sans doute qu’avec une meilleure collaboration des différents niveaux de pouvoir. Ce qui en Belgique, peut parfois tenir de la gageure.

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