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Cécile De Gernier sur l’absence des Red Flames à la Coupe du Monde : "On a un an pour insuffler une nouvelle dynamique, il faut en profiter"

Cécile De Gernier sur l’absence des Red Flames à la Coupe du Monde : "On a un an pour insuffler une nouvelle dynamique, il faut en profiter"

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Un Euro, deux Euros, un quart de finale européen et puis… la sortie de route. Alors qu’elles visaient en toute logique une première participation à la Coupe du Monde, les Red Flames se sont éteintes au bord de la rivière Vizela qui coule en contrebas du stade où elles se sont inclinées 2-1 face au Portugal. Des Portugaises sérieuses et engagées qui ont à peu près tout mieux fait que les Belges, au premier tour des barrages vers la Coupe du Monde 2023. Un match décevant de la part des Flames, après un été plus qu’encourageant.

La belle dynamique est-elle brisée ? Le feu étouffé ? Notre consultante Cécile De Gernier tempère : "C’est vrai qu’il y avait pas mal d’effervescence autour de l’équipe et une progression assez constante qui suivait une belle courbe ascendante. Mais il ne faut pas oublier qu’on a grandi assez vite ces dernières années. Participer aux deux derniers Euros, ce n’est pas rien, avec une équipe qui joue bien et qui est passée en quart de finale. On a aussi vu un gros gros match des Flames contre la Norvège en septembre, même si elles l’avaient perdu. On fait clairement partie du paysage européen du foot féminin, on est sur la carte. Donc oui c’est une déception et un coup d’arrêt de devoir faire une croix sur la Coupe du Monde, mais n’oublions pas que le Portugal est dans la même dynamique que nous. Le coach l’avait dit : c’était du 50/50, mais je pense surtout que le match n’était pas bon. Elles n’ont pas bien joué, surtout en première mi-temps, elles ont eu du mal à rentrer dans leur match. C’est surtout là que se situe la déception.

Les points à travailler, on les connaît maintenant : plus d’efficacité offensive et des progrès à faire sur les phases arrêtées défensives. Parce qu'après la Suède à l'Euro, voilà le Portugal qui crucifie les Flames sur un coup de coin de fin de match...

Il y a clairement des choses à travailler mais ça ne se travaille pas en équipe nationale. Bien sûr il faut un coach qui vous met en confiance mais je pense que nos attaquantes sont en confiance avec Ives Serneels, et les coups de coin ça se joue beaucoup dans la tête… Ce n’est pas "juste" du positionnement, c’est aussi de la lucidité à ce moment-là du match. Il y avait de la fatigue, ça a joué. Et ça nous arrive deux fois effectivement en peu de temps sur des matches importants.
Il faut travailler ça individuellement, chacune dans son club, pour pouvoir ramener quelque chose de meilleur en équipe nationale.

Mais comment prolonger alors cette dynamique qui semblait installée ces derniers mois ? Comment faire dans l’année à venir sans réels matches à enjeu (les prochains auront lieu dans un an, pour la qualification pour le prochain Euro) ?

Je pense qu’il faut apporter quelque chose de nouveau. On est clairement à la fin d’un cycle. Peut-être aussi par rapport au coach ? Ça, c’est quelque chose qui doit se discuter en interne, est-il encore capable d’amener une nouvelle dynamique ou bien faut-il amener quelqu’un de nouveau ? Tout en n’oubliant pas ce qu’Ives Serneels a fait pour cette équipe nationale et pour l’évolution du football féminin en Belgique depuis qu’il est à la Fédération… Mais il faut un souffle nouveau. Il faut se poser et réfléchir aux choses à mettre en place. L’équipe continuera à fonctionner, on a pas mal de jeunes joueuses, je ne suis pas inquiète par rapport à l’avenir de notre équipe nationale. Mais il faut redynamiser. On a senti hier des Flames essoufflées. L’Euro a été une grosse charge, physique et mentale, elles n’ont pas eu beaucoup de repos. Ça aussi c’est une question : comment enchaîner les échéances avec de gros enjeux ? Donc je pense qu’il va falloir insuffler une nouvelle dynamique, quelque chose de nouveau au sein de cette équipe. C’est un coup d’arrêt mais il ne faut pas tout changer non plus, loin de là ! La Fédération travaille bien pour l’instant, sur de bons rails, il ne faut pas tout révolutionner.

Est-ce qu’on peut dire peut-être que "ça ronronnait" un petit peu ? Que tout allait "trop bien" et qu’il va falloir remettre en route une machine qui s’était un peu endormie ?

Je ne sais pas si la machine s’était endormie… Mais moi j’estime qu’on est à la fin d’un cycle. L’objectif du cycle qui s’arrête, c’était l’Euro, et de passer en quart de finale. Et ça a été fait. Maintenant il faut se fixer de nouveaux objectifs. OK, il y avait la Coupe du Monde, c’est raté. Donc quels sont maintenant les nouveaux objectifs ? Il faut partir vers ces objectifs et se servir de cette année qui vient devant nous. C’est une chance, quelque part, d’avoir une année pour renouveler quelque chose, pour progresser, pour faire avancer. La Fédération, l’équipe nationale, les joueuses vont pouvoir se concentrer là-dessus, mais il va aussi falloir faire quelque chose pour le championnat. Parce que la plupart de nos Flames sont issues de ce championnat et là il y a un coup de fouet à donner. Sans échéance pour l’équipe nationale on a le temps de se pencher là-dessus.

Une année de travail pour tout le monde donc ?

Tout à fait, et une année où il faudra un peu mettre le focus sur autre chose que juste les Red Flames. Ça fait une dizaine d’années maintenant qu’on est juste focalisé sur les Flames et sur les générations qui arrivent, c’est-à-dire juste sur les meilleures, le sommet de la pyramide. Les ailes francophones et néerlandophones travaillent très bien aussi, mais je trouve que le fer de lance qu’est l’équipe nationale doit servir aussi à développer le championnat. C’est par là que passeront les futures qualifications, si on veut continuer à se qualifier pour des coupes du monde ou des Euros.

Un bon réveil, alors, cette élimination ?

Autant qu’elle serve à quelque chose en tout cas ! C’est dommage d’être éliminées comme ça alors qu’on a une belle équipe. Mais peut-être qu’on était simplement encore trop justes pour se qualifier pour une Coupe du monde pour l’instant. Il faut travailler pour encore passer ce palier.

Un mot sur le public aussi… On a l’impression que quelque chose s’était créé avec l’Euro, avec de belles audiences et des spectateurs plus nombreux contre la Norvège par exemple… Comment garder le fil désormais avec cette équipe nationale ?

C’est presque ça qui m’inquiète le plus. C’est compliqué en Belgique de faire venir le public au stade, chez les dames. Mais effectivement on a constaté un réel intérêt autour des Flames ces derniers mois, on a vu l’affluence à Louvain contre la Norvège, beaucoup de monde et une bonne ambiance, c’était agréable à voir. Donc comment garder les gens concernés… je n’ai pas de réponse. Mais j’ai l’impression une nouvelle fois que ça passera aussi par le championnat. Par des matches amicaux peut-être de prestige aussi, contre des équipes qui vont à la Coupe du Monde et qui vont devoir se préparer. On pourrait très bien affronter la France, l’Allemagne ou l’Angleterre en match amical, on a quand même écrit notre nom sur une carte. On est un bon "sparring-partner". Ça, c’est une piste. C’est la Fédération qui va devoir gérer ça, et toute la stratégie marketing aussi. La communication autour des Red Flames fonctionne assez bien, mais je trouve que les médias auront aussi un rôle à jouer. Il faut continuer à s’intéresser individuellement à nos Flames, à notre championnat, à ce qui va pouvoir être fait, ce qui a peut-être été mal fait… Tout ça doit vraiment continuer.

Le voyage vers la Coupe du Monde en Australie et Nouvelle-Zélande se fera sans les Red Flames
Le voyage vers la Coupe du Monde en Australie et Nouvelle-Zélande se fera sans les Red Flames © Tous droits réservés

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