Guerre en Ukraine

Centres d'accueil, afflux de dons, hôtels... comment la solidarité s'organise en Pologne pour venir en aide aux Ukrainiens

© Ghizlaine Kounda

02 mars 2022 à 14:46Temps de lecture4 min
Par A. Dulczewski sur base d'un reportage de Ghizlane Kounda

A Cracovie, deuxième ville de Pologne, les Ukrainiens arrivent chaque jour par milliers, que ce soit en train, en bus ou en voiture. La Pologne est le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés venus d’Ukraine, soit plus de 200.000 depuis 6 jours. A travers le pays, une immense solidarité s’est mise en œuvre pour leur venir en aide, tant de la part des autorités polonaises, que des bénévoles.

Ainsi, à la gare centrale de Cracovie, toute personne venue d’Ukraine peut s’adresser à un bureau d’orientation qui aide à trouver un foyer d’accueil temporaire ou à plus long terme. A quelques mètres de là, une grande salle aménagée avec des lits de camp accueille des hommes, des femmes, des enfants en bas âge.

"Ici, les gens peuvent rester 24h", explique Kamila, bénévole. "Pour des séjours plus longs, nous organisons leur voyage, par train, par bus, par avion. Vers d’autres pays ou même dans différentes villes en Pologne", ajoute-t-elle.

 

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Alexander, autre bénévole du centre, insiste sur le fait qu’ils s’occupent de tous ceux qui viennent d’Ukraine. "Nous nous occupons de toutes les nationalités, pas seulement des citoyens ukrainiens", explique-t-il. "Les gens qui viennent ici sont des femmes et des enfants qui cherchent un endroit où rester. Ils fuient la guerre et la plupart n’ont pas de plan pour l’instant… Ils ont besoin d’un endroit où rester pour les prochains jours.. Et ensuite, ils décideront ce qu’ils feront."

A la frontière, j’ai vraiment vu une catastrophe humanitaire

Ouvert 24h sur 24, le centre ne désemplit pas. De l’eau, de la nourriture est distribuée gratuitement en permanence. Parmi les réfugiés, il y a Nadia, originaire de Kiev. "J’ai fui Kiev il y a cinq jours, ça m’a pris autant de temps pour arriver à la frontière", explique-t-elle. "A la frontière, j’ai vraiment vu une catastrophe humanitaire. Sur des kilomètres, il y a des femmes qui marchent la nuit avec des enfants à – 4 degrés. Avec de jeunes enfants !"


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Elle ajoute : "Les Ukrainiens font ce qu’ils peuvent pour leur donner à manger à ces pauvres femmes et enfants, mais le problème c’est que je n’ai pas vu la Croix rouge ou des ONG nationales avant la frontière. Après la frontière, nos amis les Polonais, nos frères, nous aident, j’en suis vraiment très reconnaissante, ils nous aident tellement. Nous apprécions vraiment l’Europe, parce que sinon, nous serions morts… En 5 jours, nos vies ont basculé dans une vraie catastrophe."

Les dons affluent de toute part

Au-delà des solutions d’hébergement, des biens de première nécessité sont aussi disponibles pour les réfugiés ukrainiens. Ainsi, des tonnes de nourriture et de médicaments sont stockées dans une annexe de stade de foot. Les Ukrainiens peuvent se servir gratuitement, ils n’ont qu’à s’inscrire en indiquant la date de leur arrivée en Pologne. Ceci permet de les comptabiliser mais aussi de les différencier des Ukrainiens qui habitent depuis longtemps à Cracovie. On estime en effet que 20% des habitants de la ville sont ukrainiens.

A Cracovie, la solidarité peut ainsi se jouer entre concitoyens ukrainiens. Mais les dons affluent réellement de toute part. Ainsi, sur le terrain, nous avons vu de nombreux Polonais faire la file avec des valises pleines. Certains ont même dû repartir bredouille parce que le stock ou les besoins étaient déjà saturés. C’est le cas d’Eva, une Polonaise : "J’ai demandé où je pouvais me porter volontaire, mais il semble qu’ils n’aient plus besoin d’aide pour le moment. Je suis très fière d’être polonaise ! "

Afflux de dons pour les Ukrainiens
Afflux de dons pour les Ukrainiens Ghizlaine Kounda

Les hôtels ouvrent leurs portes

Le patron d’un hôtel Andrej Vitek a réquisitionné 35% de ses chambres pour recevoir des Ukrainiens. Le gouvernement polonais a promis une compensation financière. Ce sont surtout des femmes qui sont accueillies, sans leur mari, leurs frères. Rappelons-le, les hommes entre 18 et 60 ans sont retenus au combat.

"Nous sommes très fières d’eux", explique une femme. "Ils restent en Ukraine, et nous voulons aider. Il y a tellement de gens qui veulent prendre part au combat."

Le patron de l’hôtel a aménagé tout un étage pour recueillir une soixantaine d’orphelins, venus de l’Est de l’Ukraine. Ça fait des jours qu’ils auraient dû arriver. "Normalement, cela aurait dû prendre 10 à 12 heures pour venir, mais là ça prendra 3 à 4 jours parce que les Russes bombardent pendant la nuit", explique Andrej Vitek. "Ils doivent donc s’arrêter dans des refuges, les ponts sont détruits. Imaginez 60 enfants dans 3 bus, probablement qu’ils seront en mauvais état".

Tous les Polonais qu’on a rencontrés se sentent très engagés à l’égard de l’Ukraine. Le drapeau Ukrainien est omniprésent : sur les pins, épinglés sur les vestes, dans les halls d’hôtel. Il y a beaucoup d’émotion, on a vu souvent les larmes aux yeux. Quand on demande pourquoi ils sont si engagés aux côtés des Ukrainiens, voici ce que répond Piotr, agent de la Commune.

"Nous sommes plus que des frères et sœurs. On était un seul pays avant," explique Piotr. "Cela n’aurait jamais dû arriver. C’est un moment terrible pour nous tous. Maintenant, c’est l’Ukraine et personne ne sait ce que donnera la suite. Nous devons nous aider les uns les autres. Nous sommes tous un peuple, et nous devrions tous nous aider. Tant que nous avons la force de le faire… Mais nous l’avons et nous le faisons."

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