Le mug

Ces détails mode qui oscillent entre grâce et faute de goût

Le Mug d'ouverture

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Le diable se cache dans les détails, et particulièrement en matière de style. Une coupe, une matière, un accessoire peuvent créer votre légende ou vous propulser dans l'abîme du fashion faux pas. Par conviction ou accident, des personnalités du monde artistique l'ont bien compris. De Frank Sinatra à Pharrell Williams, de Greta Garbo à Charlotte Gainsbourg, une véritable bible parcourt l'allure d'un siècle, nichée dans les détails.

Les journalistes François Armanet et Elisabeth Quin publient Le détail qui tue - Petit précis de style de Marcel Proust à Rihanna, paru chez Flammarion.

En couverture du livre, on voit Liz Taylor et son petit garçon, tous deux en maillot panthère. Avec le détail qui tue et cristallise le projet du livre : la couche-culotte qui dépasse du maillot du bébé.

"C'est l'enfant trophée, c'est le 'Brangelina' bien avant l'heure", souligne François Armanet. On est en 1954, Liz Taylor met en scène son enfant d'1 an ou 2. A l'époque, elle sort de Lassie et d'Ivanhoé. Elle se met en scène comme une pin-up, en panthère, avec des stilettos, et elle montre qu'après l'accouchement, elle garde la ligne.

« Le Détail qui tue », de François Armanet, Elisabeth Quin
« Le Détail qui tue », de François Armanet, Elisabeth Quin © Editions Flammarion. (DR)

Pourquoi ce livre ?

François Armanet a été interpellé par une photo de la chanteuse de country Dolly Parton, souveraine devant une voiture rutilante, chromée, qui pose dans une robe la boudinant légèrement, mais surtout avec un bas que l'on voit infimement plissé.

Cela lui a donné l'envie d'écrire un livre autour de ce que cela représente de liberté et d'émancipation par rapport au regard et au jugement qu'il pourrait y avoir sur cette femme, qui est une star et, en même temps, qui a les bas qui plissent, explique Elisabeth Quin.

Comme une sorte de symbole : oui une femme peut avoir les bas qui plissent, une femme peut vivre, vieillir. Et alors ? Elle est quand même souveraine. 

A partir de là, on a élaboré ce livre autour du vêtement, du statut des artistes, de ce que chaque détail qu'ils révèlent révèle d'eux, et de nous, société tout entière. 

Une cagoule qui reflète son époque

Le livre part du couvre-chef et va jusqu'aux pieds. "En fait, on a pelé la silhouette comme un oignon, c'est-à-dire le chapeau, puis le manteau, puis la veste, puis la chemise, puis le t-shirt,... puis le nu. Le nu, c'est Prince. Parce qu'on peut être parfaitement élégant et habillé, nu", souligne François Armanet.

Le premier chapitre s'ouvre sur les chapeaux. On découvre une photo de Sophia Loren qui porte une cagoule en maille. 

"La cagoule portée à cette époque, dans les années 60, symbolise cette espèce d'idéal futuriste : les formes rondes, les fusées... C'est tout ce truc qu'il y avait dans les années 60. On avait confiance dans le futur, dans le progrès. C'est la cagoule de cosmonaute adaptée d'une certaine façon à la mode et aux femmes."

Tout cela est terminé, mais il y a quelque chose à la fois qui nous fait rêver et qui rend infiniment nostalgique par rapport à l'époque qu'on vit aujourd'hui, poursuit Elisabeth Quin.

Mais c'est vrai que toutes les femmes ne peuvent pas porter la cagoule avec le naturel confondant qui est celui de Sophia Loren sur cette photo, qui est en plus très belle.

Révolutions vestimentaires

Tous ces artistes, acteurs, musiciens, peintres ou écrivains, incarnent ou révèlent une révolution de style vestimentaire - qui n'est pas la haute couture -, à travers 150 photos et 150 textes.

L'exemple le plus évident, ce sont les ballerines de Brigitte Bardot, explique François Armanet. "Elle aimait marcher pieds nus. Elle avait été petit rat, elle avait des chaussons Repetto, un jour elle les a mis dans la rue. Et voilà, c'est devenu un accessoire, la ballerine que chaque femme porte très naturellement."

Ce sont ces révolutions qui, en général, sont révélées ou incarnées par des personnalités artistiques et qui sont souvent saisies par un grand photographe.

Parce que peut-être que ce n'est pas eux exactement qui ont inventé ce moment-là, mais, en tout cas, c'est le moment où ça bascule.

Une dimension politique

Le vêtement raconte une époque, un style, avec une dimension symbolique, mais aussi politique. Comme l'illustre cette photo de Simone de Beauvoir par Gisèle Freund, le jour où elle reçoit le Prix Goncourt pour Les Mandarins, ce livre sur le milieu intellectuel et littéraire français. Elle prend une pose de demi-odalisque, et en même temps, elle porte une cravate. 

"Et donc, c'est une façon de dire : regardez-moi, j'arbore l'emblème vestimentaire de l'homme, en même temps, je suis une femme, je suis émancipée. (...) Elle a la cravate du mec, donc elle a tout. Elle a dérobé aux hommes leur trophée, phallique, si on peut dire, et en même temps, elle est tout à fait femme et tout à fait émancipée. Donc politiquement, elle gagne sur tous les tableaux. Et elle s'amuse à prendre cette pose un peu avachie, mais elle est loin d'être avachie", affirme Elisabeth Quin.

Le vêtement ou l’accessoire comme message

Le livre montre notamment une photo de Madonna, à l'époque de Like a Virgin, vêtue d'un crop top portant le mot Healthy. Il y a la croix, la multitude de colifichets, les bracelets, le nombril à l'air tout en priant la Vierge, la dichotomie entre puritanisme et affirmation transgressive de 'je m'habille comme je veux et je me fous à poil', analysent les auteurs.

"Il y a toute la panoplie symbolique d'afficher des accessoires de manière révolutionnaire ou anticonformiste, même si ça peut être contradictoire avec la personne. Par exemple, Georgia O'Keeffe avec un tablier de cuisine, c'est complètement contradictoire par rapport à sa personnalité extraordinairement émancipée."

Cela nous a beaucoup amusés de travailler sur toutes ces contradictions, ces dichotomies, dans le livre, autour de ces artistes, hommes et femmes. Et de faire l'histoire, chaque fois, du vêtement.

150 exemples à découvrir dans le livre Le détail qui tue - Petit précis de style de Marcel Proust à Rihanna, paru chez Flammarion.

Ecoutez ci-dessus la séquence complète du Mug

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