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Ces images de "camps de quarantaine au Canada" viennent en réalité de Chine : voici l’endroit exact où elles ont été tournées

02 févr. 2022 à 15:22Temps de lecture4 min
Par Ambroise Carton

"Voici ce que les Canadiens pensent des camps de la mort Covid. C’est à une heure de route d’Ottawa", affirme un post visionné près de 60.000 fois depuis le 31 janvier sur Tik Tok (et supprimé depuis la rédaction de cet article).

"Les Canadiens ont détruit le 'camp de quarantaine' qui se trouve à environ une heure d’Ottawa", peut-on aussi lire dans un tweet qui a récolté plus de 2000 likes (tweet lui aussi effacé). Un message similaire a été partagé sur le réseau social Gab.

Autant de publications diffusées dans un contexte tendu au Canada où des camionneurs manifestent contre l’obligation vaccinale.

Sur ces images, on aperçoit une route jonchée de déchets. Le macadam est barré par un passage pour piétons. Des préfabriqués sont alignés de part et d’autre de la voie. Cette vidéo n’a pas été tournée au Canada, mais en Chine où des infrastructures de quarantaine telles que celles-là existent bel et bien.

En utilisant l’intelligence collective des réseaux sociaux et les ressources offertes par les outils de cartographie en ligne, nous avons retrouvé leur localisation exacte à Anyang (province du Henan, au sud de Pékin).

 

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Un compte Twitter, repéré par HoaxEye, a partagé cette même vidéo le 27 janvier avec une image de meilleure qualité. "Province de Henan, Anyang city. Ces déchets sur le sol sont des restes des matériaux de construction. Dans dix jours, ce camp de quarantaine devrait être complètement terminé", affirme cet internaute qui date la vidéo du 22 janvier dernier.

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En prenant des captures d’écran et en les assemblant avec un logiciel de montage photo, nous obtenons le panorama suivant qui offre une meilleure perspective de l’endroit en question.

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Le lieu semble correspondre à une autre vidéo filmée par drone et partagée par le même compte Twitter le 22 janvier. Ce centre de quarantaine aurait été construit sur une voie rapide parce que les besoins pour de telles infrastructures sont "urgents". Et les placer sur une route déjà existante évite de devoir mettre le sol à niveau au préalable.

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La vidéo que nous montrons en tête d’article et les images de drone présentent des similitudes : les déchets au sol, la végétation (encadrée ci-dessous en rouge)… et cette structure derrière les baraquements (encadrée ci-dessous en bleu).


►►► Cet article fait partie du projet de fact-checking "Faky". Pour en savoir plus sur Faky et le travail de fact-checking à la RTBF, cliquez ici.


 

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Alors très bien, la vidéo de drone et la vidéo au sol ont été prises au même endroit. Mais où exactement ? Grâce à la personne qui a partagé ces images sur Twitter – que nous avons contactée et qui dit se trouver en Chine – et avec l’aide de spécialistes de l’Open Source Intelligence (en cinq lettres l’OSINT, soit cette technique qui consiste à enquêter sur internet en utilisant des sources accessibles à tout un chacun), nous avons pu retrouver la localisation.

Ces vidéos ont bien été filmées dans la périphérie de la ville de Anyang. Un comparatif entre des images satellites disponibles sur Google Maps et le plan original de la vue aérienne ne laisse pas de doute. La preuve ci-dessous avec, les images de drone à gauche et une capture d’écran de Google Maps à droite.

 

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Les images de Google Maps datent d’avant la construction de ce lieu de quarantaine. Peut-on trouver des images plus récentes ? Oui, un des satellites du réseau européen Sentinel est passé au-dessus de la zone ce mardi 1er février. On aperçoit clairement une sorte de ligne blanche discontinue à l’endroit indiqué.

D’autres vues captées par les satellites de Planet présentent le même spectacle et permettent au passage d’évaluer que les baraquements s’étalent sur près de 2,5 km.


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Des milliers de "chambres" à terminer en quelques jours

Alors, que se passe-t-il sur cette route en périphérie de Anyang ? Des zones de quarantaine ont été mises en place dans différentes villes de Chine par les autorités dans le cadre de leur politique "zéro Covid". C’est ce qu’explique par exemple CNN dans un article à lire en cliquant ici. Anyang a d’ailleurs été placée en quarantaine début janvier. Comme l’écrivait l’Agence France-Presse le 11 janvier, cette ville située au sud de Pékin "a ordonné […] à ses habitants de rester chez eux et a interdit la circulation des véhicules particuliers".

Citant l’agence de presse officielle Chine nouvelle, l’AFP ajoute : "Les commerces non-essentiels ont été fermés et une campagne générale de dépistage a été lancée afin de 'prévenir la propagation de la souche Omicron'."

La construction de ce centre de quarantaine a fait l’objet d’un reportage de la chaîne d’information internationale CGTN le 20 janvier. "La ville construit un centre de quarantaine pour empêcher la diffusion du virus", rapporte CGTN sur son site internet.

Selon cette même source, l’endroit devrait compter "3000 chambres pour abriter les cas contact et les cas confirmés de la ville". La construction a commencé le 16 janvier avec un objectif : finir "en 5 jours" Selon un responsable des travaux interrogé le 20 janvier dernier, quelque "2000 travailleurs se relayent jour et nuit pour terminer le plus vite possible".

Dans le reportage de CGTN, un aperçoit clairement un bâtiment de forme pyramidale visible aussi sur les images satellites.

 

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Les Jeux olympiques dans quelques jours

Signalons que a Chine se prépare en ce moment à l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Pékin qui débuteront ce vendredi 4 février. Le Comité organisateur des JO a confirmé mercredi 32 nouveaux tests positifs supplémentaires au Covid-19. Cela porte le total à 232 cas depuis le 23 janvier. Parmi ces 32 cas, 15 ont été testés positifs mardi à leur arrivée en Chine. Les 17 autres cas concernent des personnes qui étaient déjà dans la bulle olympique. Il y a parmi ces 32 cas neuf athlètes ou membres de délégations.

Pour détecter les infections aussi rapidement que possible, tous les membres de la bulle doivent effectuer un test PCR chaque jour. Toute personne testée positive doit être placée en quarantaine dans un hôtel prévu à cet effet. Deux tests PCR négatifs à au moins 24 heures d'intervalle sont nécessaires pour quitter la quarantaine. Les JO de Pékin se termineront le 20 février.

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