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"Ceux qui ont soutenu la guerre ne sont plus les bienvenus" : la Finlande gardera sa frontière avec la Russie fermée pour longtemps

Finlande / des Russes plus les bienvenus

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Par Mathieu Van Winckel

Une voiture familiale s’approche doucement du poste frontière finlandais d’Imatra. Derrière elle, la ville russe de Svetogorsk et loin à l’horizon, Saint-Pétersbourg. Les gardes-frontières entament la fouille minutieuse du coffre, du bas de caisse et de la carrosserie. Les occupants sont invités à montrer leurs papiers et à expliquer la raison de leur visite. Le chauffeur, le visage fermé, explique qu’ils viennent voir leurs enfants et petits-enfants en Finlande. Il semble réfléchir à chaque mot avant de les prononcer "Nous n’avons plus vu nos enfants depuis 6 ans. Il y a d’abord eu la pandémie et puis… d’autres raisons. Sur le site du consulat il est écrit que c’est dû à des questions de sécurité." Il n’en dira pas plus.

La Finlande a fermé sa frontière avec la Russie en septembre dernier. Huit millions de Russes passaient les postes frontière chaque année dans la région sud. Depuis presque un an, le chiffre a baissé de 90% et les postes frontières semblent bien vides. Pour entrer en Finlande, il faut désormais un contrat de travail dans le pays, y être étudiant ou y avoir des proches. Les demandes d’asile sont aussi enregistrées et analysées. Les touristes par contre, ne sont plus du tout acceptés.

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Le capitaine Ilkka Tuomikko garde un œil sur les quelques voitures qui se présentent pendant qu’il nous explique que "cette frontière était presque une autoroute avant la guerre et avant le Covid. Aujourd’hui c’est devenu très calme. On a dû gérer quelques centaines de cas de refus d’accès depuis un an. On a aussi accueilli plusieurs milliers d’Ukrainiens qui ont fui la guerre en passant par la Russie. Et puis on doit tenter d’intercepter ceux qui essayent de rentrer illégalement. Mais ils ne sont pas nombreux." À côté du poste frontière, la voie ferrée est fermée depuis des mois. Un train de marchandises semble avoir été stationné là pour empêcher les trains d’entrer ou sortir de Finlande. "À cause des sanctions européennes, nous ne pouvons plus laisser passer les trains qui permettaient d’importer du bois depuis la Russie", explique le capitaine.

© Mathieu Van Winckel – RTBF

Une fermeture qui ne fait non plus pas les affaires du secteur du tourisme frontalier. Toni Kainulainen est le responsable d’un centre de vacances à deux kilomètres de la frontière. Les Russes avaient l’habitude d’y venir pêcher, randonner ou faire du camping. Bon vivant et enjoué, Toni reste positif. Il a déjà adapté sa clientèle en attirant des clients venus d’ailleurs. Mais ce sera compliqué. "Pour le moment on tient le coup mais qu’en sera-t-il dans un an, trois ans ou cinq ans ? Si les Russes ne reviennent pas, là ce sera un problème parce que les gens de Saint-Petersbourg sont importants pour nous et nous espérons retrouver ces touristes."

Ceux qui pensent comme Poutine ne doivent pas revenir

Un optimisme qui tranche avec une méfiance grandissante des Finlandais envers leurs voisins. Des Russes vivent en Finlande, y travaillent, y ont des amis. Mais la question de la réouverture de la frontière est plus délicate. Minttu Mertanen prépare une fête privée prévue ce soir dans le camp de vacances. La jeune femme préfère dans un premier temps éviter la question. Mais elle veut tout de même nous confier une réflexion. "La situation est très difficile", dit-elle. "Et beaucoup d’innocents ont été pris dans cette guerre sans le vouloir. Mais s’ils ne sont pas en faveur de cette guerre, je pense qu’ils sont les bienvenues. S’ils soutiennent la guerre, ils ne doivent pas revenir."

L’économie finlandaise à la frontière s’adapte doucement et se trouve d’autres clients et d’autres fournisseurs. Le fossé entre Finlandais et Russes se creuse. Et personne ne sait quand la frontière sera rouverte.

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