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Charles Michel reconduit pour un second mandat à la tête du Conseil européen

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24 mars 2022 à 18:12 - mise à jour 24 mars 2022 à 19:25Temps de lecture5 min
Par Belga

L'ancien Premier ministre belge Charles Michel a été reconduit à l'unanimité, jeudi au sommet européen de Bruxelles, pour un second mandat de deux ans et demi à la présidence du Conseil européen, le cercle des chefs d'État et de gouvernement de l'UE, a indiqué son porte-parole.

Ce mandat court du 1er juin prochain au 30 novembre 2024. Charles Michel, qui était entré en fonction le 1er décembre 2019, a aussi été reconduit comme président du sommet de la zone euro pour le même terme.

Ses deux prédécesseurs, le Belge Herman Van Rompuy (2010-2014) et le Polonais Donald Tusk (2014-2019) avaient eux aussi été reconduits pour un second mandat, le dernier autorisé par les traités.

Il revenait au président français Emmanuel Macron, dont le pays assure la présidence semestrielle du Conseil de l'UE, et qui fait partie du même groupe politique que Charles Michel (Renew Europe, libéraux), de formuler la proposition. Aucune autre manifestation d'intérêt ne s'était fait connaître. Cette réélection s'apparentait donc à une formalité.

Un premier mandat marqué par des avancées européennes de crise en crise

De la crise du covid à celle de l'invasion russe en Ukraine, en passant par la crise climatique, le premier mandat de Charles Michel à la tête du Conseil européen aura été marqué par des séquences dont il a tenté de tirer parti pour renforcer l'unité malmenée des Vingt-sept, avec à la clé des avancées d'ampleur pour l'intégration européenne, mais aussi des impasses persistantes, et des critiques pour manque de stature. 

Entré en fonction le 1er décembre 2019, le libéral francophone devenait le troisième président du cercle des chefs d'État et de gouvernement de l'UE, après un autre Belge, Herman Van Rompuy (2010-2014), et le Polonais Donald Tusk (2014-2019).

Poulain du président français Emmanuel Macron (Renew Europe), Charles Michel avait vu son nom émerger du marchandage des plus hautes fonctions européennes, après les élections de mai 2019. Mais quelques semaines à peine après son entrée en fonction, les priorités de sa présidence (la lutte contre le changement climatique, pour laquelle il décrocha rapidement un accord sur la neutralité climatique en 2050 ; une économie solide et équitable ; une Europe plus assertive) avaient été bousculées par l'irruption du nouveau coronavirus.

Face à un premier mouvement de panique et de repli sur soi des États membres, Charles Michel a dû adapter la méthode du Conseil en multipliant les sommets par des visioconférences inédites, favorisant ainsi la prise de conscience de la nécessité d'une réponse commune à cette crise globale. 

Avancées majeurs pour le projet européen

Avec une présidente de la Commission, Ursula von der Leyen omniprésente, l'appui du couple franco-allemand Macron-Merkel, et la pression des pays les plus touchés par la pandémie, il aide les Vingt-sept à s'entendre en quelques semaines sur des avancées majeures pour le projet européen : des centaines de millions d'euros du budget de l'UE sont réorientés vers de nouvelles politiques européennes de santé (une compétence pourtant largement nationale) et le soutien à l'emploi et aux entreprises ; les pays "frugaux" - les plus orthodoxes en finances publiques - se laissent convaincre de mettre au frigo les règles budgétaires européennes et celles sur les aides d'État afin de soutenir les gouvernements nationaux ; leur opposition historique à contracter un grand emprunt commun est surmontée ; et un gigantesque plan de relance est approuvé, adossé au nouveau budget 2021-2027 de l'UE, non sans que Charles Michel n'y sue quatre jours et quatre nuits pour accorder les violons, lors d'un sommet d'une rare longueur qui aboutit le 21 juillet 2020.

Sa méthode se distingue de celle de ses prédécesseurs: "diviser pour unir", comme la qualifie le service d'étude du Parlement européen (EPRS). En plus de nombreux contacts préparatoires, le Belge organise des réunions avec de petits groupes de quatre à six chefs d'État ou de gouvernement. La composition des différents groupes est constamment remaniée, ce qui génère une géométrie variable des chefs d'État ou de gouvernement, mais une attention particulière est accordée à l'équilibre géographique et à la représentation d'une variété de points de vue.

"Ces discussions en petits groupes donnent à M. Michel l'occasion d'exprimer ses intentions quant au résultat qu'il cherche à obtenir et de se faire une idée de l'opinion des membres sur certains points de l'ordre du jour, ce qui réduit les surprises lors de la réunion du Conseil européen. Un autre avantage de cette méthode est que les solutions potentielles peuvent être testées et les réactions reçues avant le Conseil européen, de sorte que les compromis peuvent être ajustés si nécessaire pour atteindre l'unité", selon l'EPRS.

Langue de bois

Mais elle ne fonctionne pas toujours, et le président Michel est souvent pris en flagrant délit de langue de bois pour masquer les différends qui persistent entre les Vingt-sept, que ce soit sur la politique migratoire ou les atteintes aux valeurs fondamentales dans certains États membres (Pologne et Hongrie en particulier). La politique des sanctions à l'égard de grandes puissances reste aussi un sujet de tension pour des États membres différemment exposés à ces puissances.

À cet égard, le président du Conseil tente de donner à son institution une nouvelle dimension extérieure. Adepte de l'autonomie stratégique de l'UE dans le monde et au sein de l'OTAN, il a donné de sa personne pour tenter de résoudre la crise politique en Géorgie, ou dans le Haut-Karabach (Arménie et Azerbaïdjan). Il adopte aussi un ton plus critique, pour un président du Conseil, vis-à-vis des États-Unis, même si l'élection du démocrate Joe Biden a adouci ce ton par rapport à l'ère Donald Trump. 

Mais son rôle de bons offices et de jeteur de ponts le condamne à rester en retrait de la plus médiatique Ursula von der Leyen. Signe de frustration ? Charles Michel s'est maladroitement pris les pieds dans le "Sofagate" en avril 2021, lors d'une réunion en Turquie où l'Allemande n'a pas caché son insatisfaction d'être placée dans son ombre et celle du président Erdogan, révélant des tensions persistantes entre les deux dirigeants européens. Des critiques sont aussi dirigées contre son anglais, jugé poussif, ou contre un manque de charisme, une caractéristique qui ne doit toutefois pas déplaire à des chefs d'État et de gouvernement jaloux de leur égo ou de leur souveraineté nationale.

Dans la guerre d'Ukraine sur laquelle s'ouvre son second mandat, Charles Michel a rarement l'oreille de Vladimir Poutine, qui méprise et veut la fin du projet européen. Mais il s'entretient très régulièrement avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et cherche, au-delà des enjeux différents pour chaque État membre, à maintenir l'unité des Vingt-sept mis sous pression par le Kremlin.

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Archives : JT du 29/11/2019

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