Week-end Première

"Chers grands-parents, abandonnez rapidos vos rêves de vie tranquillou, vos enfants comptent sur vous "

"Cher grands-parents, abandonnez rapidos vos rêves de vie tranquillou, vos enfants (et les société entière) comptent sur vous "

© Thanasis Zovoilis - Getty Images

07 août 2020 à 07:10 - mise à jour 07 août 2020 à 07:10Temps de lecture4 min
Par Olivier Marchal avec Garance Fitch Boribon

Depuis 2018 et d’après l’ONU, ils seraient plus nombreux sur terre que leurs petits-enfants.
Fameux Grand-pères, indispensables grands-mères, dont le rôle paradoxal (entre nouvel allié, sous-traitant, et parfois esclave) mérite qu’on s’y attarde un peu. Olivier Marchal vous propose d’explorer la vie de grand-parent, et de casser les mythes qui l’entourent.

 

Oubliez le mythe de la retraite dorée

Grands-pères, grands-mères, moment idéal pour penser à soi et terminer ses vieux jours comme on le veut. Sauf que mythe, stéréotype, ou encore rêve absolu, la réalité est, elle, bien différente.

Car si vous attendiez avec courage l’heure de la retraite pour profiter des 10 années qui précèdent votre premier cancer, si vous chantiez joyeusement " tout tout est fini " en parlant des couches, des biberons, des nuits interminables, si vous pensiez avoir la paix en fichant dehors votre Tanguy d’amour de 32 ans pour qu’il vole de ses propres ailes, vous vous êtes trompés !

Vous voici à présent, grands-parents (ou le deviendrez un jour).
Alors :
Chers grands-parents abandonnez rapidos vos rêves de vie tranquillou.
Vos enfants (et les sociétés entières) comptent vraiment sur vous !

 

Grands-parents, babysitters préférés des Occidentaux

 

Si, dans les pays riches et industrialisés, les Grands-parents qui s’occupent de leurs petits enfants ne sont pas des exceptions (c’est même la norme aujourd’hui), il n’en a pas toujours été ainsi.

Jusqu’au 19e siècle, ni l’enfance, ni la vieillesse n’existent en tant que période de la vie " détachée " de la production domestique et laborieuse. Enfant, adulte, vieux : tout le monde travaille, tout le temps, et ce jusqu’à l’épuisement. Et quand vient la fin, lorsque les corps ne servent plus à rien, c’est aux tout jeunes de prendre soin des anciens.

Aujourd’hui, un bref coup d’œil aux bords des piscines, dans les bibliothèques, parcs d’attractions, zoos ou aux abords des terrains de foot, pour voir de fringants sexagénaires accompagner les bambins de leurs bambins avec un courage et une patience admirable, et comprendre que le monde a bien changé et que la modernité ne se fera pas sans Bon-Papa.

Les chiffres, d’ailleurs, le montrent clairement :

Avec 17 millions de Grands-parents en France, 6 sur 10 garderaient leurs petits enfants au moins un jour par semaine, nul doute que la tendance est massive et n’est pas près de s’atténuer.

 

Les grands-parents, de véritables couteaux suisses

Pour autant, réduire le rôle des grands-parents à celui, par ailleurs indispensable, de garde d’enfants est réducteur, car ils apportent de multiples aides telles qu’un soutien affectif, des coups de main, de l’aide matérielle ou bien encore (et quitte à écorner un peu au passage et bien involontairement le mythe de la méritocratie) pour l’achat d’un logement avec près de 20.000 euros de don en moyenne pour 2 jeunes sur 10.

Help-Desk familial, SOS Dépannage, BriCall Center, Refuge et couteau Suisse, la liste est longue et variée de tout ce que sont appelés à être des Grands-Parents Post-moderne.

Sur le marché du travail, la réalité est aussi que les Grands-Parents (dont certains bossent encore, et connaissent des difficultés liées à la fin de carrière) sont souvent la variable d’ajustement gratuite et flexible qui permet aux jeunes parents (et surtout aux femmes) de ne pas souffrir de disqualification dans l’emploi à cause de la maternité. Le rôle discret et silencieux des Grands-Parents (et principalement des Grands-Mères) dans l’intégration des femmes sur le marché du travail est donc de ce point de vue, au moins aussi important qu’invisible et mériterait plus de considération à la fois de l’opinion publique, mais aussi de monde politique.

 

Un nouveau modèle de transmission

Et puis il y a toutes ces choses immatérielles qui font la beauté des relations humaines.

Car garder les fameux " chicoufs " pendant que leurs parents travaillent (" Chic " : c’est ce que disent Grands Parents quand leurs petits enfants arrivent et " Ouf " : ce qu’ils disent lorsqu’ils s’en vont), c’est épouser un nouveau modèle de transmission.
 

Avant ils donnaient la leçon. Maintenant ils donnent la main.

 


Là où jadis il fallait transmettre les traditions, la religion, une vision politique du monde, aujourd’hui ils transmettent passions, compétences, centres d’intérêt et la continuité de la mémoire familiale.


Entre Papy- Bricolage et Mamy Gateau-Mamy Gaté (les clivages de genre étant ici d’autant plus persistants qu’ils sont portés par une génération qui a baigné dedans sans jamais vraiment les remettre en question) c’est surtout d’offrir des bons moments, d’être des créateurs de souvenirs positifs qu’il est question.

Préserver les grands-parents


Si les côtés positifs sont nombreux, surtout pour les parents et les petits enfants, ce phénomène comporte aussi des risques et des dangers.

Même s’il est toujours hasardeux de juger les situations, les histoires personnelles et les enjeux biographiques qui s’y jouent, des études confirment que si garder un chicouf un jour par semaine est bon pour les Grands-Parents, les garder plus souvent et plus longtemps, aggraverait et accélérerait la dégradation de leur santé.

Car ils sont fatigués. Ils ont déjà vécu, parfois des carrières longues et dures, parfois des métiers qui les condamnent statistiquement à vivre 10 ans de moins que d’autres professions.

Il semblerait donc opportun de faire un usage raisonnable des Grands-Parents.


Car après avoir fait de nous des enfants rois, les voici nos esclaves, pour un restau, des vacances entre adultes, un petit cinéma.

Ce n’est pas parce qu’une chose devient normale qu’on doit oublier la base qui dit que " quand on achète un vélo : on pédale ".


Et l’on donnera toutes les excuses qu’on veut aux jeunes qui débutent, la vie est dure de sacrifices et de galères. Mais ce n’est pas une raison pour réclamer le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de nos Grands-Mères.

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