Coronavirus

Chiffres en hausse en Belgique, le Covid est-il vraiment derrière nous ? L’avenir de la gestion de l’épidémie en 7 questions

Le Parti pris sanitaire

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A peine le "code jaune" adopté dans notre pays, avec la levée de la plupart des mesures dont l’obligation de présenter un Covid Safe Ticket dans certains lieux et le port du masque dans la plupart des lieux publics, les indicateurs de l’épidémie de coronavirus en Belgique montrent que le virus est en train de connaître une nouvelle expansion.

Alors, était-il prudent de laisser tomber toutes les mesures ? Etait-ce légitime ? Ou a-t-on voulu aller trop vite ? L’épidémiologiste Marius Gilbert et le microbiologiste Emmanuel André répondaient à ces questions et faisaient le point sur l’évolution de la gestion de l’épidémie dans le "Parti Pris" de Matin Première ce mardi. Et ce alors que les différents ministres de la santé discutent justement aujourd’hui sur l’évolution de cette stratégie au niveau du testing, du tracing, des règles de quarantaine et de la vaccination.

1) Est-ce trop tôt pour laisser tomber les mesures ?

Non, pour les deux experts : l’évolution dans la stratégie est logique. "On peut se réjouir, se laisser respirer, estime Emmanuel André. On a le droit de se laisser un peu de liberté".

"On va devoir trouver de nouveaux repères, explique Marius Gilbert, dans une gestion différente de ce qu’on a connu jusqu’ici". L’idée serait d’abandonner les règles générales, qui s’appliquent à toute la population, pour aller vers une adaptation individuelle de la prévention, comme on la connaît pour d’autres maladies.

Mais passer d’une gestion centralisée à une autre implique aussi un changement de communication car "le virus est toujours bien là" et il faudra continuer à accompagner la prévention, car "une infection au Covid, ce n’est jamais gai", et surtout, elle peut continuer à être dangereuse pour certaines personnes.

2) L’épidémie, c’est fini ?

Pour les deux experts, la réponse est clairement non : "On va encore passer par des vagues, affirme Marius Gilbert, avec parfois beaucoup d’infections, mais avec un impact plus faible sur les hôpitaux et le nombre de décès"

"Ce virus va continuer à circuler, abonde Emmanuel André. L’allègement des mesures et la diminution de l’immunité (que ce soit via le vaccin ou l’infection) avec le temps va laisser plus de place pour que le virus circule à nouveau. Oui, il faut s’attendre à ce qu’il y ait de nouvelles vagues d’infections et avoir la réaction appropriée".

Ce qui est fini, pour les deux experts, c’est une certaine façon d’appréhender l’épidémie. "La dernière vague a eu moins d’impact et on va vers une situation où on sait de mieux en mieux contrôler l’impact qu’elle aura", explique Marius Gilbert.

3) Comme c’est un virus saisonnier, on peut se dire qu’on est tranquilles jusqu’à l’hiver ?

Pour Marius Gilbert, le risque d’une résurgence du virus est présent en permanence : "Le virus est toujours là et pas seulement en période hivernale mais plutôt en fonction de l’immunité."

On sait en effet que ce qui protège le mieux contre ce virus, c’est un certain nombre d’expositions, que ce soit via une dose de vaccin ou une infection, et c’est la combinaison de ces expositions qui protège le mieux. Plus que la météo.

"Il faut être nuancé, avance Marius Gilbert. Le fait d’être en condition estivale favorise la prévention, car on aère plus, on s’agglutine moins à l’intérieur, mais ce n’est pas le seul facteur, c’en est un parmi d’autres. Et c’est la combinaison de ces facteurs qui fait que l’épidémie est en hausse ou en baisse".

4) Faut-il craindre un nouveau variant ?

Oui et non. Oui, il y aura de nouveaux variants. Mais dont l’impact devrait être plus limité que les prédécesseurs d’Omicron.

"Il est inévitable que le virus va continuer à évoluer et ce sera pour aller vers un variant qui va continuer à trouver son chemin dans une population largement immunisée", explique Emmanuel André. "Et quand on allège les mesures, il a plus de place pour se développer. Il va donc falloir continuer à suivre ces évolutions du virus, alors que d’un point de vue technique, on aura moins d’échantillons à analyser".

Quant à la version BA.2. d’Omicron, même s’il y a un léger impact dans l’efficacité de certains traitements, elle ne suscite pas d’inquiétude particulière, selon le microbiologiste.

5) Faudra-t-il passer par un nouveau booster ?

"Pas nécessairement, assène Marius Gilbert : il n’y a à ma connaissance pas de consensus sur le bénéfice de vaccinations successives. Il va par contre falloir réfléchir à des options thérapeutiques pour les personnes mal protégées qui vont être exposées si les gestes barrières ne sont plus appliqués. L’objectif, ce ne sera désormais plus de limiter la transmission, mais de limiter l’impact de cette transmission dans notre société".

Pour Emmanuel André également, il faut séparer le gros de la population, pour qui l’impact du virus sera très limité, " et des groupes de personnes qui ont une immunité plus limitée. Pour eux, il n’y aura pas une seule solution : le vaccin ne les protège déjà pas beaucoup déjà maintenant, ce sont eux qu’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui en large majorité dans les soins intensifs. On leur proposera donc une dose booster mais ça ne va pas suffire. On va leur proposer différentes pistes thérapeutiques mais pour le moment le vaccin ne suffit pas".

6) Est-ce que le pire est derrière nous ?

Oui, c’est évident, pour les deux experts : on va encore être confrontés à différentes vagues, mais oui, le pire est derrière nous.

7) Est-ce que la guerre risque de relancer l’épidémie ?

En Ukraine, la crainte est réelle : le pays était encore en pleine vague Omicron avant l’invasion.

Pour les deux experts, il y a des craintes à avoir : "On sait par l’histoire que les situations de guerre ou de famine vont favoriser le développement des épidémies, rappelle Emmanuel André. Avec des familles entassées dans les centres de réfugiés ou les métros, ça va favoriser la résurgence pas seulement du Covid, mais aussi d’autres maladies infectieuses. Il va falloir tenir compte de ce risque pour les accueillir de la meilleure manière. Ce sont des pays où l’hésitation vaccinale était importante, il va falloir pouvoir leur proposer rapidement un accès aux soins de santé".

Marius Gilbert abonde dans ce sens : " On ne le mesure pas chez nous, mais ce qui permet de limiter l’impact du Covid, ce sont des structures de soins bien organisées, et quand tout ça se désarticule, oui, des personnes vont mourir d’un Covid qui aurait pu être soigné ou des personnes qui auraient pu être vaccinées vont en souffrir alors qu’elles auraient pu l’éviter".

 

 

 

 

 

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