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Chine : des centaines de milliers de Ouïghours seraient forcés de récolter le coton

La récolte du coton est réputée harassante et mal payée. Des centaines de milliers de Ouïghours seraient forcés d’y participer.

© STR / AFP

16 déc. 2020 à 11:58Temps de lecture1 min
Par Daniel Fontaine

Plus de 500.000 membres de la minorité Ouïghours seraient forcés chaque année de participer à la récolte du coton dans leur région. Ce sont les conclusions d’une enquête menée par l’anthropologue allemand Adrian Zenz pour le compte d’un centre de recherche américain, le Center for Global Policy (CGP).

La province du Xinjiang concentre l’essentiel du coton produit en Chine, et 20% de la production mondiale. Ce coton cueilli à la main, alors qu’ailleurs la récolte est largement mécanisée, est réputé de haute qualité. Le régime chinois a poussé ces dernières années la main-d’œuvre locale, essentiellement ouïghour, à participer massivement à cette récolte harassante.

Des camps de rééducation au travail forcé

La minorité ouïghoure, musulmane et turcophone, est la cible d’une féroce répression de la part des autorités communistes chinoises. Au moins un million de musulmans sont internés dans des "camps de rééducation", selon les enquêtes menées par des organisations de défense des droits humains. Les autorités chinoises disent lutter contre un mouvement islamiste et séparatiste qui commet des attentats meurtriers.

Une fois sortis de ces camps, de nombreux Ouighours sont envoyés dans des usines où ils fournissent une main-d’œuvre docile. Des Ouïghours produisent ainsi sous la contrainte des masques chirurgicaux vendus dans les pharmacies belges. Le rapport du CGP indique que le travail forcé ne serait pas pratiqué uniquement dans les usines chinoises, mais dès les champs de coton. Au moins 570.000 personnes ont été intégrées dans un programme obligatoire géré par l’Etat pour la cueillette.

Réduction de la pauvreté

Ce programme vise officiellement à réduire la pauvreté dans les zones rurales, même si la récolte du coton est réputée épuisante et mal payée. Les autorités locales doivent atteindre certains objectifs fixés par l’Etat. Dans ce cadre, depuis 2018, des centaines de milliers de Ouighours sont transférés de leurs villages vers les champs de coton lorsque la saison de la récolte arrive.

Les travailleurs sont encadrés par des agents de l’Etat, voire par la police. "Les équipes de supervision du gouvernement surveillent les cueilleurs, vérifient que leur état d’esprit est stable, et délivrent des séances d’endoctrinement. Dans certaines régions, les enfants et les personnes âgées ouïgours sont placés dans des centres d’hébergement, pendant que les adultes en âge de travailler sont envoyés en mission de récolte du coton pour l’État. Bien qu’ils ne soient pas directement liés à la campagne d’internement de masse, ces transferts peuvent inclure des personnes qui ont été libérées des camps d’internement."

Il est impossible de définir où s’arrête la coercition et où peut commencer le consentement local

"Les preuves disponibles suggèrent clairement que les transferts pour la récolte du coton se déroulent dans un environnement de plus en plus coercitif", peut-on lire dans le rapport. Il estime que le risque de travail forcé est très élevé, tout en ajoutant : "Certaines minorités peuvent manifester un certain degré de consentement par rapport à ce processus, et elles peuvent en tirer un avantage financier. Toutefois, dans un système où […] la menace d’un internement extrajudiciaire est importante, il est impossible de définir où s’arrête la coercition et où peut commencer le consentement local."

Le chercheur n’a pas pu se rendre sur place ni recueillir de témoignages directs : plus encore que le reste de la Chine, le Xinjiang est une province cadenassée par les autorités chinoises. Il s’est donc basé sur des documents publiés sur internet par les autorités elles-mêmes.

Interdiction d’importation aux Etats-Unis

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a réfuté le contenu du rapport. Wang Wenbin a assuré que les travailleurs étaient libres de signer leurs contrats de travail "selon leur propre volonté". Il a accusé Adrian Zenz, qui a déjà publié plusieurs rapports sur les Ouïghours, de "fabriquer des mensonges" et d’être "l’épine dorsale d’instituts de recherche anti-Chine, créés et pilotés par le renseignement américain".

Les Etats-Unis ont récemment interdit certaines importations de coton venant du Xinjiang, en raison de cette pratique du travail forcé. Le rapport du CGP encourage les autorités américaines à élargir cet embargo en interdisant aux Etats-Unis tous les produits qui contiennent du coton en provenance de cette province.

La Chine affirme qu'il n'y a pas de travail forcé dans la province du Xinjiang (images du 16/12/2020)

 

Déclaration de Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères : 
"Les travailleurs de toutes les ethnies du Xinjiang signent des contrats de travail avec des entreprises sur la base de leur propre choix de profession, sur une base volontaire et égale, conformément à la loi. Ils ne subissent aucune discrimination fondée sur l'appartenance ethnique, le sexe ou les différences religieuses."

 

La Chine affirme qu'il n'y a pas de travail forcé dans la province du Xinjiang

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