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Chômeur en 2016, sur le toit de l’Europe cinq ans plus tard : l’incroyable ascension d’Edouard Mendy

Chômeur en 2016, sur le toit de l’Europe cinq ans plus tard : l’incroyable ascension d’Edouard Mendy

© AFP

30 mai 2021 à 15:17 - mise à jour 30 mai 2021 à 15:29Temps de lecture3 min
Par Antoine Hick

Samedi 29 mai 2021, Estadio do Dragao, 23h20. Les trois coups de sifflet de l’arbitre retentissent dans l’arène. Ils viennent rompre le silence assourdissant d'un stade qui retenait son souffle depuis de longues minutes.

Manchester City est au tapis. Chelsea champion d'Europe. 

Les Blues peuvent enfin exulter. Certains piquent le sprint de leur vie sans vraiment savoir où courir. D'autres se sautent dessus dans des exercices de gymnastique acrobatique que n'auraient pas reniés certains professeurs d'éducation physique.

A l'autre bout, seul dans sa surface, le gardien Edouard Mendy, lui, tombe à genoux. Il se tient la tête et réprime quelques larmes qui lui montent aux yeux. Sans doute sait-il qu’il revient de loin. De très loin. Et que cette victoire est une belle revanche pour oublier les obstacles qui ont émaillé sa carrière.


Parce qu’il y a six ans à peine, Edouard Mendy était au fond du trou, prêt à tout envoyer valser. Son expérience à Cherbourg, en D3 française, n’avait rien donné et, à 23 ans, il se retrouvait donc sans club et orphelin d’un agent qui avait pris ses cliques et ses claques. Un instant, l’idée de devenir vendeur dans un magasin de prêt à porter masculin lui avait même effleuré l’esprit.

Mais comme dans tout bon conte de fée, une lueur d’espoir surgit alors que Mendy ne l’attendait plus vraiment. Cet ange gardien se nomme Ted Lavie, son ancien coéquipier du côté de Cherbourg. Il le met en contact avec un certain Dominique Bernatowicz, alors coach des gardiens à l’OM.

Le savant de Marseille

Edouard Mendy remporte la Ligue des Champions avec Chelsea.

Et ça tombe bien, la Cité Phocéenne se cherche justement un 3e ou 4e portier pour venir concurrencer un secteur jugé trop léger. Le timing est parfait, Mendy saute sur la sémillante occasion.

Et sur la Cannebière, Mendy surprend. Parce que même s’il ne joue évidemment pas, son humilité, son intelligence et son professionnalisme plaisent aux observateurs. Certains confient même à demi-mots ne pas comprendre comment ce talentueux gardien s’était retrouvé sans club.

Remis sur de bon rails, le TGV Mendy est lancé et ne s’arrêtera plus. En 2016, il paraphe un contrat avec Reims. Et quand le titulaire habituel, Johan Carrasso, purge un match de suspension, Mendy en profite. La saison suivante, il devient un titulaire indiscutable.

De quoi susciter, déjà, l’intérêt d’une grosse cylindrée étrangère. Mais Mendy ne veut pas brûler les étapes et ne répond pas à l’appel du pied de Porto. Patient, il préconise un nouveau challenge en Ligue et pose ses quelques valises à Rennes.

A Chelsea pour remplacer un Kepa qui a le Blues

Edouard Mendy face à Raheem Sterling.

Un détour par la Bretagne qui n’enraie pas la trajectoire du TGV Mendy. L’escale est courte, ne dure qu’une petite saison, mais lui permet d’encore davantage s’affirmer comme l’une des références de Ligue 1. Et dans son sillage, Rennes écrit l’histoire en grattant, pour la 1e fois de son histoire, un ticket pour la Ligue des Champions.

Une Ligue des Champions à laquelle Mendy ne participera finalement pas. Du moins pas avec Rennes puisque dans un certain anonymat et dans l’ombre d'arrivées plus flashy(Havertz, Werner, Zyiech) il paraphe un contrat avec Chelsea. A Stamford Bridge, nombreux sont les sourcils sceptiques qui s’élèvent au moment de la signature du portier. Edouard qui ?

Des doutes, franchement concevables au vu du pedigree quasi vierge de Mendy, que le portier balaie d’un ferme coup de crampon dès le lever de rideau en Premier League. La grincheuse Kepa jetée aux oubliettes, le titulaire Mendy prend ses aises et surprend les observateurs.

Dans ce Chelsea qui se cherche une identité sous Frank Lampard, le portier s’érige comme l’une des rares certitudes d’un noyau boitillant. La preuve, quand l’ancien enfant de Stamford Bridge est démis de ses fonctions au profit de Thomas Tuchel, Mendy reste inamovible entre les perches. Calme, serein, discret et efficace. L'antistar parmi les stars.

Et quand l’armada de Manchester City s’est présentée devant lui samedi soir, Mendy n’a jamais paniqué. Secondé par une défense héroïque, il a tranquillement colmaté les timides tentatives mancuniennes. Tel un routinier, il a fait ce qu’il fallait, au moment où il le fallait. 

Rendez-vous compte, Mendy est le tout premier gardien africain à avoir remporté la Ligue des Champions. Un exploit colossal pour celui qui avait, il y a cinq ans à peine, timidement poussé les portes du Pôle Emploi de sa région. Aujourd'hui, le voilà sur le toit de l'Europe. Si on avait osé dire ça en 2016, pas grand monde nous aurait crus. Pas grand monde, sauf lui probablement.

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